‹ Vie de Alexandre le GrandChapitre 44 sur 233 · LIVRE II. 1M · texte numérisé non relu

LIVRE II. 1M

pour déboucher en le frandiissant dans les Indes; Alexandre^ disons-nous^ comprit avec une sagacité stoïque qu'une grande armée né serait pour lui qu'un grand obstacle^ et quUl en laisserait partout d^immenses lambeaux s'il ne la réduisait pas à une caravane concentrée, compacte et héroïque, aussi armée contre les distances que contre les ennemis.

Quant à ces ennemis il ne s'étonnait pas de leur multitude; il ne calculait que leur incohérence , leur mollesse et leur pusillanimité. Les Thermopyles, Salamine et les victoires d'une poignée de Grecs sur les multitudes de Xerxcs lui révélaient assez le secret de la fausse tactique desPeTses. Cette fausse tactique tenait à la nature de lenr gouvernement. Les Perses n'étaient plus une nation; à force de s'être agrandis, ils étaient devenus une confédération asservie , non par un patriotisme commun, mais par une servitude universelle. La guerre pour eux n'était qu'un subside de sang payé à regret par des esclaves à an maître. Les différentes satrapies ou gouver* nements dont se composait l'empire fournissaient lentement au roi des contingents commandés par les satrapes, mais formés de troupes

désintéressées dans la gloire comme dans les avantages de la guerre. À l'exception des parents, des satrapes 9 des nobles, des courtisans^ des eunuques^ des esclaves du grand roi et de quelques corps de cavalerie de luxe ou de conducteurs d'éléphants^ seule machine de guerre des Perses^ le reste de leurs arm^s n'était qu'une horde innombrable^ dévorant la terre, ae traînant avec peine à la suite du roi y couvrant des provinces entières de leurs chariots et de leurs tentes, armées plus propres à l'invasion et à la déroute qu'à la résistance. Quel que fût le nombre d'une pareille armée, Alexandre savait bien qu'un corps de trente-cinq mille hommes aguerris, dont chacun était un combattant à la fois dispos et inébranlable, serait ou un coin irrésistible qui pénétrerait jusqu'au cœur de ces multitudes de parade, ou un écueil imincible contre lequel cette folle écume d'hommes viendrait se briser. 11 savait déplus, par une expérience souvent faite avant lui par les poignées de Grecs débarqués en lonie, que chacun de ces satrapes ou gouverneurs militaires des Perses, était aussi prêt à la défection que les villes ou que les provinces sur lesquelles ils exerçaient une

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•vice-royauté. Il ne doutait pas de trouver, dans ces satrapies échelonnées sur sa route , d'abord des ennemis peu redoutables, puis des alliés re- <^on naissants de leur délivrance. Sa base d'opérations^ en langage militaire, marcherait ainsi avec lui à mesure qu'il s'avancerait vers le cœur de la Perse. Enfin ses renforts macédoniens ou grecs avanceraient sans obstacle aux différentes haltes qu'il leur avait d'avance assignées, et par un recrutement constant maintiendraient toujours son armée de combattants au même nombre ou plutôt à un nombre croissant de soldats, à mesure qu'il aurait plus d'espace à occuper en Asie.

Ce n'est pas tout; la conquête successive des provinces, des capitales, des royaumes de l'Asie, indifférents au joug des Perses ou des Macédoniens, lui fournirait bientôt des dépouilles, des subsides et des hommes capables de porter cette petite armée au nombre des armées du grand roi. Ses soldats s'accroîtraient avec son empire, et l'Asie servirait sous sa main à la conquête et à la domination de l'Asie.

Telles sont les réalités de la guerre d'Asie justement et profondément préméditées par Alexa n-

dre^ et discutées en partie dans son conseil de généraux pendant Thiver passé en Macédoine . Ces réalités historiques enlèvent sans doute à cette expédition le caractère fabuleux et prodigieux que lui ont attribué les écrivains^ adulateurs ignorants ou déclamatoires , du vieux monde ^ mais elles restituent à cette expéditioa le caractère de réflexion^ de raison et de génie militaire et politique sans lequel le génie même n^enfante, comme nous Tavons vu de nos jours en Russie , que des démences et des désastres de géants.

Quoique Alexandre préméditât certainement de Pella de transporter Tempire dont il rêvait la conquête dlBurope en Asie ^ car il se sentait trop grand pour la Macédoine^ il n'avoua pas sa pensée tout, entière à Olympias^ à Antipater^ à Parménion^ ses confidents macédoniens. Il aurait craint de livrer son royaume héréditaire à Fumbition de ceux qui devaient rester derrière lui en Macédoine s'il leur avait enlevé ainsi

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