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La nécessité de se tenir à portée de sa flotte , qui longeait la côte et qui doublait lentement le cap Sygée , et peut-être aussi sa passion pour Homère , qui le poussait à visiter le théâtre de V Iliade y lui fit suivre avec son armée le rivage de rHelleq>ont jusqu'à la plaine de Troie. Ce fut un pèlerinage à la gloire du héros qu'il aspirait à effacer.
Uion^ dès l'époque d'Alexandre^ n'était plus, comme elle est de nos jours, qu'une solitude peuplée de souvenirs, stérilisée par une de ces grandes catastrophes de la terre qui semblent changer le sol en cendres et accidentée çà et là par des tond>edux. Il se complut à visiter, Homère à la main, se9 vers dans la mémoire, la scène muette du plus sublime des poèmes. Un berger de la plaine de Troie lui ayant offert une lyre rustique semblable à celle sur laquelle Achille chantait au bord de la mer ses héroïques ennuis, il la rejeta avec dédain.
« J'estime peu, dit-il, un instrument des
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« doux loisirs et des molles voluptés ; mais vous <c me feriez plaisir si vous pouviez me retrouver c la lyre d'Achille^ sur laquelle ce héros célé- « brait les héros de la main même dont il sur- «c passait leurs exploits. ^
Quand ou l'eut conduit au tombeau d'Achille^ il 6ta ses vêtements et courut tout nu avec ses jeunes favoris autour du sépulcre de son ancêtre et de son modèle; puis il répandit de Thuile parfumée sur la tombe et il y déposa des couronnes funèbres. Le fidèle Éphestion^ le plus cher de ses amis , chercha à son tour )a tombe de Patrocle; il Thonora des mêmes courses^ des mêmes sacrifices et des mêmes couronnes. Ce jeune favori d'Alexandre voulait témoign^^ par ces démonstrations flatteuses pour son maître, que^ si Alexandre rivalisait dans son cœur avec Achille^ il rivalisait^ lui^ avecPatrocle^ Tami d'Achille^ laissant Témulation de la gloire à Alexandre^ se réservant à lui l'émulation de Tamitié. Alexandre, aussi tendre pour Éphestion qu'Achille l'avait été pourPatrocle, fut vivement ému de cette adulation de cœur de son favOTi. Il était un de ces rares héros dans Tàme desquels l'ambition de gloire n'affaiblit pas l'ambition
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pltts sainte d'aimer et d'être aimé. Les guerriers de sa race ne sont en général qoe des héros ; Alexandre était homme ^ et c'est {mr cette natare humaine qu'il est entré si avant dans le cœur des hommes.
ft Achille^ » s'écria- t-il en contemplant le sépulcre de Patrocle^ «c fut à deux titres le plus c hébreux des mortels qui ait vécu jusqu'ici : il <t eut un véritable et fid^ »mi pendant sa vie^ a et il eut un divin poète pour célébrer ses ex- «c ploits après sa mort ! p
^Mais il donna un témoignage plus touchant de son respect pour la vieillesse et pour le malheur en recherchant avec le même soin le tombeau du vieux Priam et en y faisant les mêmes sacrifiées. Quelques historiens prétendent que ce fut pour apaiser les mânes irrités du dernier roi d'Ilion^ tué par Pyrrhus, fils d'Achille; nous croyons qu'une telle superstition était au-dessous de son génie , et qu'il rendit simplement cet hommage à l'infortune et à la pitié pour montrer à ses soldats, en entrant en Asie, le respect qu'il voulait leur inspirer pour les vaincus, afin de faire de ces vaincus des sujets et non des victimes.
Il prit ensuite dans le temple de Minerve^ sa divinité favorite^ personnification des heureuses inspirations^ de vieilles armes qui y étaient déposées et consacrées depuis les temps héroïques. 11 les fit porter toujours devant lui
par un de ses écuyers^ et il s'en revêtit, comme pour se r^idre invincible^ au passage du Gra-
nique. Ce n'étaient pas cependant, disent Justin et Plutarque, ses armes habituelles. Il se distinguait au contraire de tous ses généraux et de ses compagnons par l'éclat d'armes exquises et par une splendeur militaire de costume qui accroissait sa beauté aux yeux de ses soldats, sa terreur aux yeux de ses ennemis.
Il portait un léger bouclier d'un métal poli qui réverbérait la lumière; son casque, de même métal, était orné de plumes blanches qui retombaient des deux côtés du cimier; ce casque était l'œuvre d' un ouvrier grec si célèbre que l'histoire en a conservé le nom ; il s'appelait Théophile; il avait l'art de donner au fer battu et aminci l'éclat de l'argent. Son hausse-col était aussi de fer damasquiné, mais incrusté de pierreries d'un grand prix. Sa veste, à l'épreuve du tranchant du glaive et de la pointe de la lance, élait un tissu d'étoffes
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de plusieurs doublures superposées. Son épée^ d'une trempe à Tépreuve de toutes lesautres^ était si lég^e qu'il la maniait sans en sentir le poids. Un sayon de Sicile^ vraisemblablement tissu en poil de cheyreau^ recouvrait contre la poussière ou contre le froid ce riche costume. Hélicon de Rhodes^ fameux entre tous les fourbisseurs de la Grèce , avait fabriqué d'anneaux serrés comme une Irame d'acier sa cuirasse flottante. 11 faut que Taspect du héros fét entré bien profondément dans l'imagination de l'Europe et de l'Asie pour que les historiens des deux pays se complaisent à peindre avec une si pittoresque exactitude les armes et le vêtement du jeune Macédonien . La vanité de sa beauté avait sans doute autant de part que sa politique dans cette parure guerrière d'Alexandre. Les femmes^ les armées et la postérité se prennent par les yeux. Alexandre ne dédaignait aucun des prestiges de la gloire.
En débarquant à Sestos il avait envoyé Par* ménion^ son général le plus consommé et presque
sonmaitreen tactiqu^^ pour éclairer les croqpes boisées du mont Ida qui regardent la mer et qui ferment les défilés de k Bythinie. Parméoion était campé avec les Macédoniens à Ârisbe. Alexandre^ en quittant les ruines d'Jlion^ suivit le cours des petites rivières qui descendent en serpentant du mont Ida . Il fit sa jonction avec Parménion à Ârisbe ^ sans s'inquiéter des villes et des populations plus ou moins importantes qu'il laissait à sa gaucbe derrière lui. Son instinct de ia grande guerre lui révélait assez qu^une fois ces villes coupées par sa marche 09 avant des armées des Perses tomberaient une à une sous ses lois. En effet il détacha à Ârisbe le second de ses généraux macédoniens^ Âmy nlhas^ avec quelques escadrons thessalieas poui; soumettre Lampsaque et quelques autres viUes libres des vallées du mont Olympe.
Amy nthas rejoignit peu de jours après le corps d'armée^ rapportant à Alexandre non-seulement la soumission^ mais les acclamations de ces colonies grecques. L'Asie n'avait point amorti en elles le vieux patriotisme^ et le joug humiliant des Perses se brisait de lui-même à l'approche 4u héros macédonien. »