‹ Vie de Alexandre le GrandChapitre 53 sur 233 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

resta seul de son avis^ comme le génie de la circonstance tirahi par i'égoïsme du temps. Les Perses eux-mêmes^ dit Ârrien^ raccnsèrent à Yoix basse de ne songer qu'à conserver ses commandements militaires et à accroître ses litres à la faveur de Darius en sacrifiant les plus belles contrées de TAsie.

Lia bataille fut résolue. Dans une telle anarchie de commandement et dans une telle mollesse de résistance la victoire ne pouvait guère hésiter, L^histoire^ toujours du parti des heureux^ a fait^ selon nous^ un trop grand retentissement à cette bataille du Granique.

Alexandre cependant^ convaincu que dans une guerre d'invasion la victoire est au plus rapide ^ parce qu'il surprend par sa rapidité autant qu'il intimide par son audace , marcha vers le Granique. Le Granique^ que nous appellerions en Europe un ruisseau , n'était un fleuve que parce quMl débouche dans la mer. Il coule dans un lit ifises encaisséy mais souvent tari^ des montagnes

de la Phrygie vers Adrastée^ non loin de la mer. I^s Perses s'étaient campés avec environ vingt mille combattants de diverses nations et sous divers généraux sur la rive orientale de ce petit fleuve.

Alexandre^ en approchant du Granique^ campa sur des terres patrimoine de Memnon. Ses compagnons lui proposèrent de les ravager et de brûler les maisons et les champs en représailles de Tavis de Memnon^ dont ils avaient déjà connaissance. Il rejeta avec dédain ce conseil comme indigne d'une guerre loyale. 11 ordonna au contraire de respecter les maisons^ les champs^ les récoltes du général ennemi, espérant, dit-il, ou détacher par de tels égards de la cause des Perses le plus habile des généraux de Darius, ou jeter la suspicion contre lui dans l'esprit des Perses en faisant croire par ce procédé à quelque secrète intelligence entre les Macédoniens et Memnon. On reconnaît à ce premier pas de cette campagne de dix ans la pensée du héros qui ne venait pas en Asie pour vaincre, mais pour fonder. Ce n'est là ni la cruauté de César à Munda , ni la férocité de Timour aux Indes, ni l'astuce sans lendemain

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de Napoléon à Madrid^ ni la violence de ses armées en Espagne^ ravageant le sol au lieu de s'approprier les âmes.

Cette magnanimité prévoyante ne subjugua pas Memnon^ mais elle empêcha les satrapes et les provinces de désespérer du vainqueur; elle leur fit comprendre qu'il y avait peut-être plus d'avantage à être vaincu par un ennemi si généreux qu'à lui résister jusqu'à la mort. Quant aux populations grecques ou indigènes de ces ré* publiques ou de ces royaumes de l'Asie Mineure^ elles ne combattaient qu'à regret et par convenance de situation une armée grecque; leurs gouvernements seuls étaient inféodés par intérêt à l'empire des Perses; les peuples^ qu'Alexandre promettait d'affranchir du joug des étrangers, des aristocraties et des tyrannies locales, faisaient en secret des vœux pour lui; il leur rapportait la patrie par les mains de ses soldats leurs compatriotes : on combat mal contre des libérateurs. L'opinion de ces provinces était d'intelligence avec le Macédonien. Cette connivence naturelle explique assez l'ébranlement des satrapes et la rapidité de la marche d'Alexandre. Il pouyait laisser impuné^

meut des défilés^ des places fortes^ deé villes grecques^ phrygiennes^ lydiennes^ ioniennes derrière lui; il y avait partout des complices. Les historiens de l'antiquité n'ont pas assez remarqué ces affinités et ces consanguinités secrètes entre la terre conquise et Tarmée conquérante. Elles transpercent dans la conduite d'Alexandre et dans les fragments de lettres à Olympias ou à Âristote qui nous restent de lui comme des commentaires tronqués de sa pensée.

Les Perses et leurs troupes auxiliaires ras* semblées par Memnon et opposées prématurément^ selon ce général^ aux Macédoniens^ étaient cette fois inférieures même en nombre aux troupes d'Alexandre . Cette armée de confédérés malgré eux sous la molle contrainte des satrapes n'était composée, selon le plus éclairé de ces historiens , que d'environ vingt mille hommes d'infanterie et vingt mille hommes de cavalerie, dont le plus grand nombre étaient des mercenaires combattant pour la solde et non pour la

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