LIVRE III. Iâ
firent ajourner la punition de la trahison et de la conjuration du général de la cavalerie grecque y les historiens aneiehs nous paraissent avoir omis un des plus vraisemblables. Alexandre ne se méfiait pais dé Parttténion eofiine général , mais il s'en défidt coetime sujet; Parménioa ayant été le premier et le seul dénonciateur du complot de son subordonné , et n'ayant produit en preuve du crime que le t^oignaged'uti vil espion persan venu dans son camp et peut-^tre appelé par lui pour perdro un rival y Alexandre craigûit sans doute au premier moment qae la dénonciation de Parménion ne fût une embtïche, et il suspendit aisément le supplice de peur de frapper un rival de Parménion au lieu de punir un vrai coupable. Des preuves lentement venues de Macédoine et de Perse justifièrent plus tard Parménion et convainquirrat Atexandre. Le fils d^Éi^ope fut exéeuté. kois ans après son crime ; maisce crime alors était si évident que les firees m^es ne murmurèrent pas contre le supplice.
158 VIE D'ALEXAlfttRE LE GRAND.
Josq^^av priittemps Atnandre borna ses opérâlions militaires à balayer le Pont , la Cappadoce^ la Lydie ^ la Catiè> tontes )es proTi&oQB ^n d«çl ou an delà du Tanras^ d^ eorps avancés on des places fortes des Penans. H marchait imrallètement a son aile gauebe , commandée par Parménion^ commoni<{nant avec ce général par les gorge» <étitntes<pii descendentdu Tanms vers la mer.
L^i-méme de temps en temps remontait avec des détachraients d'élite ces gorges et franchissait ies montagnes pour assaillir les postes innofl^ brables des Persans* C'est ainsi <]u'il rentra un moment en Phrygie en escatedant les dernière^ places , et nomtna son général Antigone satrape de Plirygie , avec quinze cents Argiens pour la tenir soumise derrière lui. Il fit sa jonction à Gordes avec Parménîon. Ce général, pendant Thiver, avait été renforcé par quelques milliers de fantassins grecs et par quelques centaines de cavaliers thessaliens ramenés de Macédoine par
IrvUE lit 15^
Plùlèmée, Go^ûustflMéléagre^ hurpaiieiftA denouyeaQx ^expMfa. Parmémbn nendtât «htsi à Alexarâdre infê ^niiéeplm fiombreusëèipiQs ardente è^ ta Victéii^ que deHe dont il avait nça le comikiàiidemêiit en attèMne. La jûnetion de« den X armées k Gordes fét signalée par deux drconataneès^ Totlé ptiéril^^ l^amtrè politiqae^ qui occtupent àMs le» liistoriens groed fïts de ptec^ qu'elles a'eii mériteûi eA réalité*
Arriea , pliia ^ve, a* ndutîmiiiè inéfùe pas fe première ; non Im laiavsroiis raconter par PlotarqM^ lâitorieii pqMaire^ pliii eatienx quelquefois d'anecdote» que de sens daM le réoit des évéïiMMBls.
• Bif là ^ dit Plnterqve^ Alexandre alla setimettre oeœL desfisidiens qni s'étaient réTottés^ subjugua la Pbrygie^ et, ayunt prb la ville de Gorditiai^ qui en était la capitale ^ et oà était le palais de Tancien Midas^ il Vit là le cbar si céièlire de Gordius^ dont le jDug élaH lié d'une éeoree de cormieir çtec un merveilleux artifice , et on lui dit une ancienne tradition^ qui courait depuia longtemps parmi ces Barbares^ et qu'ils cft^aient conMAe un point de religion^ que le» destins m^mettaient ^empire de la terre à
celui qiéi délierait c^ ncpuds VoilÀ d'abord Aleii^andre pecsuadé que. c'est lui que cette aventure regarde. Ce nœud était fait avec tant d V dresse > et le lien faîanit tant de teurs et de retours ^ qu'il était impassible de découvrir ai ou ilcominençait ui où il hissait, ni d'apeixïevoir les deux tètes de la courroie. Alexandre^ après plusieurs tenlatives , voyant qu'il ne pouvait le délier^ le coupa avec son épée ^ et au lieu de deux])Ottts il en fit voir plusieurs. Mais Arlstobuie écrit qu'il le délia facilenaent , après avoir ôté la cheville qui attachait le joug au timon et tiré ensuite à lui le joug.
<c Étant parti de Gordium il alla soumettre la Paphlagonie et la Cappadoce. Là il apprit la mort deMemnon^ qui^ detoiis les lieutenants que Darius avait du côté de la mer^ était le plus redoutable et celui qui pouvait lui donner le plus d'affaires et l'arrètw plus longtemps. Cette nouvelle le confirma dans la résolution de marcher sans délai vers les fautes provinces de l'Asie. »
L'admiration affectée par les historiens pour ce prétendu coup de génie du Macédonien nous a toujours paru pu une adulation^ ou uneniai^
LIYBE III. tôt
Mrie historique^ présentée alors aux enfants oomme on exemple de kaute sagesse. Le problème des Gordiens n'était pas de trancher ce nœud^ mais de le dénouer; en le tranchant Alexandre ne faisait qu'éluder le problème au lieu de le résoudre. Son coup d'épée sur le joug n-était donc qu'une brutalité ou un sophisme.
L'anecdote relative au médecin Philippe^ racontée avec une extase unanime par le même historien et par tous les autres^ à la suite du nœud gordien^ a le même caractère à nos yeux. La magnanimité n'est qu'apparente où le danger n'est qu'imaginaire. Laissons encore parler ici
Pltttarqve.
« I^ confiance et l'audace que ce songe avait inspirées à Darius s'accrurent considérablement SBT ce qu'il «e figura que le long séjour qu'Akxaiidre faisait dans la Cilicie était un effet de sa pettr* Mais ce long séjour était causé par une grande maladie qui, selon les uns, lui était venue de ses travaux et de ses grandes fatigues, et, selon les autres , de s'être baigné dans le Cydne, dont l'eau est froide comme la glace. Aucun de ses médecins n'osait entroprendre de le secourir;
f lE D*ALCZAnME LE GllAKD. — T. I. 11
car^ persuadés que le mal était plus fortqae tom
les remèdes, ils craignaient les reproches, et le
ressentiment des Macédoniens s'ils avaient le
malheur de ne pas le guérir. Mais Phflippe, son
premier médecin, Âcamanien de nation^ voyant
que le roi était en très-grand danger^ et ^e con*
fiant en l'amitié que ce prince lui témdgfiait, et
d'ailleurs faisant réflexion qu'il y avait de la
honte et de l'ingratitude à refuser, pour secourir
un si bon maître dans un extrême péril > de s'ex^
poser à quelque danger, en éprouvant les plus
extrêmes remèdes et en le secour^i jusqu'au
dernier moment de sa vie, au hasard m^e de se
perdre et de périr avec lui, il entreprit de lui
donner une médecine qui ferait un pfOAipt et
puissant effet. Il l'exhorta donc à attendre avec
patience, car il fallait trois jours pour la pré^m-
reretà la prendre quand elle serait prête. 11 n'eut
pas de pdne à le persuader, tant ce prince avait
d^impatience de guérir pour se rendre à la tête
de son armée.
« Sur ces entrefaites il reçoit une lettre de Parménion, qui lui écrivait du camp pour l'avertir de se donner bien garde de confier sa santé à Philippe, parce que, gagné et corrompt!
Livms UE tt$
parles gnads ptrésoBts de Dwîvs et pur te {m>* messe qu'il lui avait faite de lui ésmm&t ^ fille es nem^e^ il avait pioiui 4e TcopoisoMier. Àleisaxidre, atyaiit lu cette lettre^ ne la commmîqua à aucun de set «nie et la «it sons son ehetet*
« Le temps étest Tema> Plnliffe evrhne dens la c^utika^ eu prince avec lo«e k» entre» méde^ CMK^ peuriantle médecine dansdnegrenAeconpe. Alexandre tire le lettre de dessoea son chewt, la donne a lire àPhil^»pe^ et en même ttMfe il prenéia conpe etl'etalesans liéflîter^ et s«n té* meigner û k ineândre soQpçett > ni le plea légère itt^métnde. C'était véritehlement nn afMÉede adnftîraMe^ ta ause» lonciMuit fia'aneiin déiMie* mes! de tragédie^ de irait d'nn abàé AlaKadidre bûive le sftédecine^ et de Tautre Piailippe lin la lettre, elde les ¥eîr aere^pa^der tona deex^ mais d'un air bien diffkent^ Le roî^ a¥ec m vi* ^ge gai et «^nver 4» narguait à aen médenn Ter mitié dûni il VlMMoraii elk confianoe fn'il avait en lui^ et le médecin a'^evait coiMbre eette cet* lomnie atroce ^ tintèt appelant Ica dmiK è té*moin et tendant \m vemîm eu ciel, et tantdl aa jetant aer le lit de son maître et le conjurant
d'avoir bonne espérance et de s'abandonner à ses soins.
«c Le remède^ s'étant rendu d'abord le plus fort^ abattit à tel point les forces da malade qu'il perdit la parole et tomba dans de si grandes faiblesses qu'il n'avait presque plus ni pouls ni sentiment; mais il fut si proraptement et si efficacement secouru par son médecin qu'il reprit peu à peu 'ses forces^ de sorte qu'en trois jours il fut en état de se faire voir aux Macédoniens^ dont les frayeurs ne cessèrent que quand ils l'eurent vu de leurs propres yeux, b
Ce récit est dénué de véritable critique dans Plutarque comme dans tous ses prédécesseurs. Comment supposer qu'un jeune prince à qui sa mère a donné pour tuteur et pour second père de sa vie un vieux médecin^ consommé dans son art et accrédité par sa longue fidélité à lamaison royale de Macédoine , pût devenir Tempoisonneur du héros dont il est responsable à sa mère^ à lui-même et au monde ? Comment s'extasier d'admiration devant un malade qui, sur la foi d'une lettre anonyme^ ne fait pas supplicier son médecin et son ami ? Qu'Alexandre ait bu le breuvage avant ou après avoir regardé le visage de