LIVRE I
xoftQt jusqu'à Philippe^ ils étaient deyénus c(m« quérants sous ce jurince. Leiir gouvernement était moiiftrchi^ue et représentatif^ comme tous les gouvernements qui sortent du paij^e^ et qui^ après, avoir abdiqué une partie de leur liberté^ dans rintérét de Tunité nationaiej, conservent encco'e dans leurs «ssemblées populaires quelque iqiage de leur antique individualité de tribus. Mais sous la main babile et belliqueuse de Phi^ lippe ce gouvernement était devenu siirtoi^t militaire. La phalange macédonienne^ première ébauche de la légion romaine^ avait donné aux MMédooiens une supériorité comparable à celle que k discipline^ la tactique et le maniement des. troupes sur le diamp de manœuvres donnéreat presque de nos jours aux Prussiens du grand Frédéric sur les armées encore mal cons* tietuées da rOccident*
Philippe avait une autre ressemblance encore avec le grand Frédéric. Prince éclairé, lettré, ambitieux, diplomate, il était très-supérieur à
soQ peuple^ et il se servait de la philosophie^ des lettres , des arts^ des peuples pins civilisés et plus corrompus que le sien , pour les iBatter et les asservir tour à tour. Sa vie eutière n'avait été qu'une lente et successive démcdttion delà Grèce. Tout ce qu'il n'avait pas pu réduire h sa domination sous le nom de protection^ il Favait dompté par les armes. La faiblesse^ la rivalité de ces différentes républiques, mal reliées entre elles par le lien trop lâche de la confédération générale , lui avaient fait trouver trop d'alliés là où il n'aurait dû trouver que des ennemis naturels. Son or^ dérobé à ses alliés, aussi puissant que ses armes, remplissait la Grèce de ses parti* sans. Des orateurs, des sophistes^ des philoso^ phes^ des aristocrates ou des démagogues, complices de la servitude de leur pays, fomentaient partout un parti de Philippe à côté d'un parti patriotique.
Le nom de Philippe retentissait de toutes parts dans lesassemblées publiques comme le nom du seul protecteur de la nationalité commune contre les perpétuels assauts des Perses. Une guerre éternelle existait entre l'Eure^ et TAsie, à peine séparées par le canal de Sestos et par la
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mer étroite de T Archipel. Philippe^ aux yeux de la moitié de la Grèce, représeotait l'Europe; aux yeux de l'autre moitié il représentait la servitude. Si Ton veut une image contemporaine de ce qu'était la Macédoine de Philippe pour la Grèce d'alors, on n'a qu'à se rappeler ce qu'était le nom de l'empereur de Russie Alexandre pour la Grèce moderne, à l'époque où elle cherchait un appui dans les Macédoniens ^n Nord contre la domination des Ottomans.
Mais Philippe avait sur Frédéric le Grand un caractère et des vues qui font du premier de ces princes une figure historique bien supérieur au second. Le grand Frédéric ne cherchait à faire de 8QQ peuple qu*une armée et de lui-même qu'un grand fondateur de puissance dans le monde . Ses vices le privaient de postérité, et cette absence de postérité le condamnait à un éclatant égoïsme. Philippe au contraire avait un fils; il rêvait pour ce fils une grandeur héréditaire et pour la likcédoine une domination permanente sur la Grèce qui perpétuerait sa maison et sa nation au premier rang des trônes et des peuples ; aussi toutes ses entreprises étaient-elles marquées du sceau de la politique la plus vaste et
de la prévoyance la plus lointaine. H se sacrifiait constamment lui-même à cette prévoyance. Il ne vivait^ il ne régnait , il ne négociait , il ne combattait quç pour son fils. Il ne se considérait qne comme le précarséur d'an plus ginind homme que lui. Il ne voulait être . que la pierre fondamentale^ et^ s'il le fallait^ cachée dans la terre ^ d'un édifice dont sa postérité serait kt couronnement.
C'est une chose curieuse à étudier dans le règne de Philippe que ce travail obstiné et souterrain d'un grand bornai et d'un homme habile pour préparer un héros à sa maison^ un maître à la Grèce^ un conquérant à FAsie. Plu* tarque^ Machiavel et Montesquieu n'ont pas suffisamment compris ni suffisamment admiré cette abnégation de gloire personnelle pour grandir la gloire d'un descendant. La politique toute paternelle de Philippe méritait d'être récompensée par la Providence des ambitieux: dans un fils digne de lui. Il eut ce bonheur dû à son génie.