LIVRE liL na
ment ces déprailles et ce iréè&t à Aleiandre* U établit le ffmyerneÊoeni des Macédoniens à Damas ^ et ne poursuivait pas pios- loin le roi des Perses^ désormais abrité derrière ses déserts. Il se replia sur FAnti-Liban^ chaine de montagnes inférienre en hauteur, qui renferme d'un côté Toip^lente vallée de k Cœlo-Syrie ou Syrie Creuse^ tandis que le mont Liban La renferme de l'autre eâté. Cette vallée^ dont Héliopolis était la capitale et qui étonne les regards par les gi* gantesqœs m^onuments ^de Balbek^ court entre TArabie et la mer parallèlement; à la Pbénieîe. EMe aboutit à la Palestine et à Jérusalem^ que^ Parménion aperçut vraisembiablement avant Aieiiandre*
Pendant qiœ Parménion ^blissait ainsi la douMnalkm et les postes avancés des Macédoniens sur le revers du Liban^ jusqu'aux confins de la Méaopûtamie déserté^ Alexandre divisa eneeipe si propre araiée en deux corps. Il chargea sa c&valerie^ dont il n'avait auran besoin pour un aiége^ de s'étendre pour fourrager dans toujbes les râgioBS de la Syrie plane qui s^élenh dent d'AleMndrette à Antioche^ d'Antiocfae à ce qui forlne aujourd'hui la provinqe d'Alep.
L'Oronte fertilise ces vallées. Riches dès cette époque en chevaux d'une beautés d' Une rapidité et d^Qœ docilité classiques^ dles étaient pro[NnBB à lui remonter une cavalerie plus nombreuse qui allait lui devenir nécessaire en Egypte* C'est là sans doute une des raisons^ mal entrevue par les historiens de crtte campagne, qui engagea Alexandre à perdre tant de mois dans dHn^igpntîftantes conquêtes sur la c6te de Syrie. Sîdon, Tyr, Jérusalem n-étaknt en effet que de puériles satisfactions d'c^ueil pour, un homme qui s'était donné l'Orient téut entier à parcourir et à posséder. Noue allons vmrij^ndant qu'il y consuma plus de temp)» et plus d'rfforts que pour la conquête des Indes. Or la possession d^uue tribu de laboureurs de l^idon et d'une poignée de marchands de Tyr vilait-^Ue donc à ses yeux les conquêtes de trots cents mit* lions de sujets sur rEuphrate> l^Oxuset Tlndus? Les historiens qui le pensent font d'Alexandre un eofentau lieu d'en feire un grand homme. Quand OB rencontre un myst^e semUable dans les actions d'un Taste génie ^ il faut l'expliquer par une pensée digne de ce génie^ et non par un orgueil sans but^ sans motif^ sans intelligence.
uy^t M. «a
Les inottfejsérieux^ poitttf{ii€s^ militaires, qui déterminèrent Aleiandre, après la bataille d'Issus, à conquérir pied à pied l'étroit littoral de la Pbéûicie et la vallée d'Egypte, nous paraissent ayoir été plm profonds et plus fléchis.
Premièrement la Phénicie était la route de rÉgypte, et, bien que FÉgypte par elle-même n'eût poiiit d'armée et peu de gloire à lui offrir, l'Egypte était le pays des mystères; c'était une ^pèce de sanctuaire des nations, d'où avaient déccmlé sur la ^rèœ elle-même les premières théogonies et les premières lumières de la civi^ lijM^iou antique. La conquête de TËgypte, trèsfacile à accomplir, ne fortifiait pas, mais elle consacrait ]^ur ainsi dire un homme de gloire. Ce qui était vrai de nos jours, et ce qui engagea Gécar et Napoléon à tenter, au début de leur re^ nommée, leur expédition purement mémomble d'Egypte, était bien plus vrai du temps d^à- • lexandre. Les sages, tels que Pythagore, Homère, Aristote et Platon, allaient d'abord en Egypte
2I« VIE D'ALEXANDBE iE GRAND.
pour y sanctifier leur poésie ou leur sagesse. Les conquérants y allaient pour y faire retentir de plus loin et plus divinement leur nom dans le monde occidental. De plus^ Alexandre^ qui préméditait la fondation d'un empire nouveau et universel^ avait besoin d'y faire sacrer pour ainsi dire en sa perscmne ce nouvel empire par une sorte de généalogie divine dont il voulait recevoir le titre du Jupiter souverain des dieux au t^Bple mystérieux de Memnon. Son pèlerinage à cette oasis cadiée au fond des déserts de Libye n'avait certainement pas une autre signification dans son esprit.
Quand on rencontre ua acte d'insensé dans la vie d'un homme d'un grand sens , cet acte n'est jamais une folie ^ mais une sagesse cachée à la foule. Il faut se défier des prétendîtes démences des h(»nmesà grands desseins. Ces démence&sont d'autant plus sages qu'elles paraissent plus faUes à la postérité. La postérité n'est pas sous ce rap* port a« point de vue de l'^Atiquiié ; elle n'a pas les croyances et les préjugés des peuples auxquels ces actes inexplicables aujourd'hui correspondaient dans leur temps. Le besoin de se montrer en Egypte et d'aller se faire reeonnaiti^ fils d'un
LfirilEUL tl7
dien et hériti^ d'un monde par Alexandre^ au désert de hibye, est la même peasée qui pomsa plus tard Charlemagne à aller à Rome se faire re^ connaitreGbampiou du christianisme eu Ocddent et à se faire sacrer soldat et empereur du Dieu nouveau par un prêtre inspiré dans les mines de Rome.
Quant aux Phéniciens^ la pensée d'Alexandre n'était nullement religieuse^ Hsais toute militaire et toute politique* San» doute on ne p^t compreadre aujourd'hui comment un conquérant » pressé de marcher et de yaincre s'arrête capricieusemeut tout un^éié devant une petite ville mariUme^ dont les remparts eoceints par Id mer ne lui fermaient pas même ta route vers rjBgypte. Mais si l'on se reporte aux circoMr. tances et au temps ^ et si l'on réiéehit à Timportance d^ cette petite république maritime pour le eoBquéraut 4e l'Asie^ obligé de conserver ses communications avec l'Europe et obligé aussi de s'assurer un retour suret facile par. la Phéuicie vers I4 Gràce^ on eha»ge de point de vuo et on reconnaît une nécesiûté df situation dans ce prétendu cajurice de ivoire.
LesPh^icie&s, aum antiques et aussi eélèhre»
2iA VIE D'ALEXÀNDRfi LE GRAND.
dans \ab arts que les Égyptiens dans les loi» et dans l4s.€i}lte9y ^vqiient «ne refiomBiéo en Onent au9sî dûcieiuie que le monde. A ce titre leur sQumisaioQ exerçait sar Fesprit Aes peuples grées et des peuples asiatiques ou prestige qu'Alexandre J1& pouvait pas mégUger sans imprévoyance au commencement d'une campagne qui eiabrass4it dans sa coneeption runirers connu. Les Phénioîie&B avaient, de plus ks plus habiles Oftvriers dans tous les métiers e< dans tous les
arts qui pouvaient servir ou illu2SFtrer l'art de ia guerre ou le luxe 4u trône. Alexandre ne, voulait pasoqnquérir seulement^ il foulait éblouir l'Asie. Ces ouvriers et ces artistes do la Phénicie étaient utiles à ses desseins militaire» autant qu'à son cennMrce, a sra finances, à la décoration de sd&trène futur.
Les Pàéniciens possédaient la plus puissante marine militaire et la plus riebe marine marchande de la Méditerranée dans leur port. Alexandre n'avait qu'une misérable escadre de petits bâtiments grecs, enfouie dans la rade de Tkessalonique en Macédoine. Cette escadre y
malgré le ralHeih^nt <ie^ autres marines de la Gréée, ne sufisaît pas même ii tenir la ntor de-
LIVBE III ?19
vant la flotte du roi des roia. Elle suffisait ei peu que^ pendant que le Macédonien Tempor tait .les victoires du Gitiniqne et d'fesos siir le roi ^de Perse lui-méiBe, les amirauiL et les généraux de Darius^ assistés, des Lac édérnooiem^ qui atta*quaient Antipater^ son lieutenant en Macédoine, opéraient une dangereuse diversion mvale sur ses derrières.
On voit dan» Ârrien qqe des Grecs du parti opposé à Hiilippe^ et même d^s Athéniens transfuges ou proscrits^ s'unissaient aax ami^ nnx et aux satrapes pour enfermer le fils de Philippe dans ses propres conquêtes. Ainsi Amyntas^ Aristomède^ Bianor T Acarnanien ^ unib aux satrapes Pharnabase et Antophrodatèe^ s'emparaient de File de Chio, qui domine le oanal de Smyrne, y laissaient, des gai^iisoiis de Gr^oseC de Perses coalisés^ opéraient des débarquements à Halicarnasse et à Cos; Agis^ roi de Sparte^ se mettait à la soide tles satrapes et recevuiit lèuns troupesétirangèresau cap. Ténare^ boulevard dû Pélopottëse; enfin, pour comble d-audace^ Amyntas^ aveé une flotte combiné^ de.fireos et de Perses, pareouréit Rhodes^ Chypre^ et débar-* qaait à Tripoli de Syrie huit mille komrtkesi
no VIE D'ALEXANDRE LE GRAND.
bientôt fortifiés dans oe port pour fwmer k retraite à Alexandre.
Une situation si menacée par la mer commandait à ce général de s'assurer l'alliance des Phé« niciens ou de trouver dans leur port de Tyr une flotte tout équipée pour balayer la flotte des Perses et pour rallier la sienne dans les mers de Chypre et de Lesbos.
Mais le motif principal qui détermtna Alexandre à perdre une année^ s'il le fallait^ devant Tyr et Sidon, plutôt que de laisser derrière lui ces écueils de sa conquête^ fut sana aucun doute Tallianoe intime et pour ainsi dire la parenté de Tyr et de Carthage. Ces. deux républiques de même sang étaient ^lidaires de la domination desmers^Tune en Asie, l'autre en Afrique. L'une ne pouvait périr sans que l'autre fût amoindrie. Carthage était plus militaire, Tyr plus industrieuse. Alexandre ne se disai* mulait pas que, s'il n'cd^tenait pas l'alliance dea Phéniciens, il aurait pour ennemis non*-aeulement lesPhérici^M, mais encore les CarUiagi^ nois, plus aguerris encore sur la mer. Cette coalition navale des Perses, des Phéniciens^ des Carthaginois, des Lacédémoniens, et des pros-
Livac iri. 211
crits du Pélcpooèse réfugiés sar leurs vaisseaux^ aurait sapé par la base l'empire d'Alexandre en Asie pendant qu^il aurait élevé cet raipUre en Perse. 11 fallait ou s'assurer de la mer, ou renoncer à la terre. Nous sommes étonné que des GonsidératioBSBi frappantes aient échappé à tous les historiens^ même militaires et politiques, tels que Plutarque , Arrien et Polybe , dans le récit des pensées et de TexpédUion d'Alexandre. Elles expliquent, sékon nous, l'obstination d'une armée devant uu rocher du bord de la mer.
Alexandre ^'avança enfin avec son infanterie et ses machines de guerre par le littoral de ta Syrie. Cette côte était couverte de, villes libres, de petites royautés ou de républiques que Ton traversait dans l'espace d'un soleil à l'autre. Tout tomba ou tout s'inclina devant lui à son approche, même les princes et les petits Etats qui avaient d'abord joint leurs vaisseaux à la flotte des Perses.
Le fils du roi des Aradiens, Stratôn, pour
réparer les twts de son père Gérôstrtfe , apporta lai^méme a« général maoédonien ka jfnsignes de la roy anté^ pour tenir de lui seoi désormais la couronne. L'ile d'Aradoe^ semblable a Tyr^ qui servait de x»pitàle et de citadelle au royaume^ obscure aujourd'hui soos le nom de Latakié, lui fut remise. Ainsi qu'il avait fait en Phrf gie^ en Cilioie^ en Cappadoce^ il n'enïevà la souveraineté^ le gourernetnent où la liberté à aucun des princes ou des peuples qui lui en apportèrent Thommage. A la terreur de la conquête étrangère il se gardait bien d'ajouter la rupture des vieilles habitudes des peuples pour leurs gouvernements nationaux. Il ne conquérait que des alliances. Il n'imposait aucun tribut. On ne s'apercevait qu'il avait passé qu'à l'admiration laissée dans les âmes.
Ce fut à Latakié qu'il reçut^ si l'on en <sroit Arrien et Diodore, très^irconstanciés à cet égurd^ des maniiestes et des propositions de Darius pour entrer en négociations sur l'Asie.
Darius offrait dans ces lettres une magnifique rançon pour la liberté de sa mère Sysigambis, de sa femme Statira et de ses filles. Le style en était à la fois digne ^ plausible et pathétique.
LITM IIL m
Arrien> q«i les aviut lues; «n reproduit en ces torioes leseDs :
« Darinft ra|>pebtt les terme» du foaité qui avait ôsûsié entre Artaxerce et Philippe, il tocu* Sait ce der&ier de Tavottr roippu en attaquant^ sans aucun sttjet de plainte^ Arsès^ fils d'Àr^ taii^erce. Darius ajoutait que^ depuis scw avëne* meut a« trâne des Perses^ Alexandre n'avait point député pour renouveler leur ancienne alliage; qu'au crâtnatre il avait passé en Asie à la tête d^une armée et trtité les Perses eâ ennemia; que leur roi avait dà alors prendre lea armes pour défendre son pàf s et ThoiÉneur du trôœ; que la volonté des dieux avait décida de risaue du coïKibat^ maià que, roi, il rede^* mandait à un roi sa mère, sa femme et ses enfants captifs; qu'il implorait sou «mitié, et le priait d^ËUVoyer des députés 4]iii, réunis aux sieAs^ Ménisque et Arsima, ncevraient et don* neraient desgages réciproques d^alliance. »
La réponse d'Alexandre, irréprçdiabie dans les termes, respire cependant un désir mal caché de rendre la négociation illusoire en exagérant les griefs^ en y mêlant l'outrage et en renché*rissant laréparation. Les oonditions étaient d'un
22i VIE D'ALEXANMB LE GRAND.
vainqueur qui redoute la paix. Elles ne sont pas perfides^ mais elles sont injurieuses à la majesté du roi des rois; leur ton rappelle trop le toa des négoeiations pleines de sous-entendus et ^ d'embûches de Napoléon avec la maison royale d'Espagne^ quand il attirait à Bayoane le roi et les premiers de eette maison sous l'apparence d'une conciliation qui n'était dans son -ime qu'un détrônement et une captivité. On y reconnaît mal la magnanimité d'Alexandre. Elles semblent respirer plutôt le génie grec et avoir été dictées par le conseil des diplomates de Philippe. Alexandre, en effet, menait avec lui des orateurs grecs et des politiques macédoniens. On entrevoit leur rédaction dans ces lettres; on n'y sent plus le cœur jeune et franc d'un héros.
« Vos ancétf!^, y dit Alexandre à Darius, vos ancêtres entrèrent dans la Macédoine et dans la Grèce, et les ravagèrent; ils n avaient reçu de nous aucun outrage. Généralissime des Grecs^ j'ai passé dans l'Asie pour venger leur injure et la mienne. En effet, vous avez secouru les Périnthiens^ qui avaient offensé mon père. Ochus a envoyé une armée dans la Thrace, soumise à notre
LITRE Ilf. 125
empire. Mon père a péri sous le fer des meurtriers que vous avez soudoyés^ et partout dans vos lettres vous avez fait gloire de ce crime. Après avoir fait assaœiner Arsès et Bagoas^ vous avez usurpé le trône contre^ toutes les lois de la Perse. Coupable envers les Perses^ vous avez écrit ensuite des lettres ennemies dans la Grèce pour Texciter à prendre les armes contre moi ; vous avez tâché, de corrompre les Grecs à prix d'argent, qu'ils ont refusé, à Texception des Lacédémoniens ; et, cherchant à ébranler, par la séduction de vos émissaires, la foi de mes alliés et de mes amis^ vous avez voulu rompre la paix dont la Grèce m'est redevable. C'est pour venger ces injures, dont vous êtes l'auteur, que j'en ai appelé aux armes. J'ai d'abord vaincu vos satrapes et vos Ipénéraux, ensuite votre armée et vous-même. La faveur des dieux m'a rendu maître de votre empire; vos soldats, échappés du carnage et réunis auprès de moi, se louent de ma bienveillance ; ce n'est point la contrainte , mais leur volonté, qui les retient sous mes drapeaux. Je suis le maître de l'Asie; venez me trouver à ce titre. Si vous concevez quelque crainte de ma loyauté, envoyez vos amis recevoir ma foi.
TIC D*ALRXANDttE LE GMMD. — T. I. 15
Venex^ et je jure noD-seulanient de toqb rendre votre mère, votre femme et vo» enfants, mais encore de vons accorder tout ce que tons me demanderez* Du reste, lorsque vous m'adressercE vos lettres, souvenes^vous que vous écrivez au souverain de rAae , que vous n'êtes plus mon égal, que l'empire est k moi. Autrement, si votre intention est d'en appeler à une 'autre bataille qui décidera entre vous et moi des titres de maître et de roi de l'Asie, cessez donc de fuir^ car je voiis atteindrai partout! »
Il fit suivre cette réponse et ce manifeste d'une mesure politique à double portée, qui le popularisait en Grëce et qui préparait la défection dans l'armée de Darius. Il fit comparaître devant lui tous les Grecs du parti de Laeédémone ou de Démosthènes qui étaient allés avant la guerre négocier avec le roi de Perse contre lui , ainsi que les nombreux prisonniers des corps grecs à la solde de la Perse qu'il avait faits prisonniers à Issus. II leur pardonna ; il enrôla ou
LITRB III. ^27
renvoya dan» leur patrie^ ou retint dans son camp, toQS ceux qui oonsentireiit à se rallier au parti de la victoire. De ce nombre étaient des négoeiateurs et des orateurs très-importants dans rÉtat de Lacédémone^ dans FÉtat deHièbes^ même dans la république d'Athènes^ tels qu'Eutyclès de Sparte, Iphicrate, fils du célèbre général athénien, Thessalicus et Dyonisadore, tous deux illustres par leurs victoires olympiques : c Allez > dii-û, à Thessalicus, je vous pardonne en considération de votre haute naissance; et vous, dit^il a Dyonisadore, à cause de vos victoireB aux jeux Olympiques; et vous, en s'adressant à Iphicrate, à cause de l'affection particulière que je porte aux Athéniens et à cause de la gloire de votre père! » Iphicrate, touché et âatté, resta avec Alexandre, pour servif sous loi la cause d'Athènes en Asie. Il mourut pendant Texpédition , et Alexandre fit reporter ses cendres à Athènes.
On retrouve ici avec satisfaction la conduite et les pannes de Napoléon dans sa première campagne ditalie, quand il rencontra à Milan ou à Valise d^illustres proscrits de k révolution française et qu'il leur rend une patrie dans soii
Jô.
armée ou les biens confisqués dans leur pa* trie. La générorîté ou la politique inspirent de même les deux généraux dans la même circonstance. L'un et l'autre se préparent des partisans personnels dans des ennemis de leur pays.
XYII
Après ces négociations rompues avec Darius^ Alexandre continua sa route triomphale vers BibloSj Sidon et Tyr. Biblos ne lui donna qu'un triomphe facile^ et Sidon un trône vacant à décerner, léh récit que fait Quinte-Guree , d'après Diodore^ du passage d'Alexandre à Sidon ^ ressemble plus au poème pastoral qu'à l'histoire. Il est néanmoins^si authentique et si conforme aux mœurs et au site de ce petit jardin de l'Asie Mineure^ ombragé par les cèdres du Liban et borné par la mer azurée de la Phénicie^ que nous ne pouvons nous refuser à le transcrire^ dans la vie d'Alexandre^ comme une halte de la guerre et de la politique^ sous un figuier de la route ^ ou comme une page de Théocrite dans un volume de Thucydide.
LlYJtE IIL 229
Écoutons rhistarien romain : son génie excelle à ces contrastes, les repos de l'histoire :
a De là passant dans la Pfaénicie , il reçut la ville de Biblos en son obéissance^ puis vint à Sidon, ville fameuse pour son antiquité et pour la renommée de ses fondateurs. Le roi qu'elle avait alors^ nommé aussi Straton^ étant attaché aux intérêts de Darius^ ne se rendit pas tant de son bon gré que forcé par les habitants; de sorte qu'il lui en coûta le royaume^ et il fut permis à Éphestion d'établir en sa place celui d'entre les Sidoniens qui serait le plus digne d'une si grande fortune. Ce favori^ qui était logé chez deux jeunes &ères des plus qualifiés du pays^ leur offrit la couronne; mais ils la refusèrent^ alléguant « que^ parles lois de l'État, nul ne pouvait monter à la souveraine puissance qui ne fût de sang royal. » Éphestion, admirant cette grandeur de courage qui méprisait ce que les autres poursuivent à travers le fer et les flammes, s'écria : « 0 &mes héroïques ! qui avez su comprendre les premiers combien c'est une chose plus glorieuse de refuser un royaume que de le recevoir, les dieux vous veuillent combler de toutes sortes de biens.
et à jamais poimez*von9 jcrair de la gloire que mérite une si haute vertu! Mais au moins^ ' Iwr dit-il^ doDue^moi quelqu'un de votre main^ qui se souvienne^ quand il sera roi^ que c'est TMis qui lui avez mis la couronne sur la tète. ^ « Ces ^éreux frères^ voyant les brigues qui s'échauffaient^ et que^ par une trop grande avîdite de régner, plusieurs faisaient servilement la cour aux favoris d'Alexandre^ déclarèrent quMls ne connaissaient personne plus capable de cette dignité qu'nn certain Abdalonyme^ descendu de la tige royale, quoique d'une branche un peu éloignée, mais qui était tombé dans une si excessive pauvreté qu'il était contraint pour vivre de travailler à la journée en un jardin des faubourgs. Sa grande probité l'avait réduit, comme plusieurs autres, à cette extrême misère, dans laquelle ce bon homme, attentif à son travail^ n'avait point -entendu le bruit des armes qui avait alors ébranlé toute l'Asie. Voici donc venir avec les ornements royaux les deux frères dont nous ayonsparlé, qui trouvent Abdalonyme arrachant les mauvaises herbes de son jardin . D'abord l'ayant salué roi : « Il faut, lui dit l'un des deux, que tu quittes tout à cette heure, ces
LIVRB III. 231
vieux haillons , pour prendre ces riehes habits que je t'apporte. Oie cette crasse et lave cette poussî^ amassée depuis si longtemps sut ton visage^ et prends un ccrar de roi;, mets en Tut ta Tertu^ et porte-la à ce haut degré de fortune dont elle t'a rendu digne ; mais, après que tu seras assis sur le trône royal et devenu souverain arbitre de la vie et de la mort de tous tes citoyeûs^ garde bien d'oublier Tétat où nous te trouvons; car sache que c'est la vertueuse pauvreté que l'on couronne aujourd'hui. »
c II semblait à Abdalonyme que c'était im songe^ et 4e fois à autre il leur demandait s^ils étaient bien sages de se moquer ainsi de lui. Mais , comme il tardait trop à leur gré , ils le lavent^ ils le nettoient^ et lui jettent sur les épaules une robe de pourpre brochée d'or^ et^ après lui avoir fait mille serments qu'ils ne se moquaient points ils le conduisent au palais comme roi en cet équipage.
<c Aussitôt la renommée porta cette nouvelle partout. Les uns en témoignaient de la joie el les autres du dépit. Les riches ne cessaient à ravaler ce prince dans la cour d'Alexandre^ à cause de sa bassesse et de sa pauvreté. Le roi
commanda incontinent qu'on le fit venir; et, après ravoir longtemps considéré : « Je regarde, ditril^ que ta mine ne dément point le lieu d'où j'apprends que tu es sorti ; mais je te denianderais volontiers avec quelle patience tu as supporté ta misère. »
— a Je prie les dieux, lui répondit*il, que je puisse aussi bien supporter la grandeur on je me vois élevé. Ces bras ont fourni à tous mes désirs^ et^ tant que je n'ai rien eu, rien ne m'a manqué. » — Cette réponse fit concevoir au roi une grande opinion de la vertu de cet homme ; si bien qu'il lui fit donner non*seulement les précieux meubles que possédait Straton, mais encore une partk du butin qu'il avait fait sur les Perses, ajoutant même k son État une des contrées voisines. i>
Après cette restauration toute pastorale et toute poétique d'un trône agreste dans une petite capitale de bergers et de pécheurs, Alexandre fit traverser à son armée le cap de
LITRE tir. • 233
rochers taillés en gradins qui termine le mont Carmel sur la mer et qui sépare la plage de Sidon de la plaine de Tyr. L'armée macédo* nienne sétait recrutée à Sidon de quelques jeunes volontaires des montagnes du Liban et de la Palestine^ éblouis par la gloire des armes qu^ Alexandre faisait briller pour la première fois devant lui. Les Sidoniens étaient alliés des Tyriens^ mais ils ne croyaient pas fausser Tamitié en se joignant à l'armée grecque^ car les Tyriens eux-mêmes avaient envoyé des ambassadeurs portant une couronne et des tributs au conquérant.
Tyr^ construite aujourd'hui sur une presqu'île de rochers qui tient au continent^ en était séparée alors^ selon tous les récits du siège ^ par un bras de mer de quelques stades de largeur. Une plaine longue^ l^rge^ fertile^ arrosée par les ruisseaux qui descendaient des collines et par des puits jaillissants , appelés puits de Salomon, servait de jardins et de séjour d'été aux habitants de Tyr^ enrichis par le commerce de l'Orient. Les Tyriens ne songeaient pas^ dans leur faiblesse militaire sur le continent^ à disputer le passai de cette plaine à Farmée victo-
rieuse de Darius. S'ils avaient eu cette audace^ ils auraient commencé par construire une citadélie dont la nature a disposé merveilleusemeat le piédestal sur le cap du Carmel^ Thermopyles infranchissables de la Pkénicie. Mais^ soit par le eonseil des Carthaginois leurs alliés^ dont trente des principaux citoyens étaient acconms avec des vaisseaux pour les soutenir, soit par orgueil d'une république qui n'avait jamais subi le joug d'un roi, soit par pressentiment des desseins d'Alexandre contre leur marine> rivale de celle des Grecs, les Tyriens avaient résolu d'interdire à l'armée grecque l'entrée de leur capitale.
Alexandre n'avait aucun prétexte spécieux pour violer cette juste susceptibilité des Tyriens. On lui livrait le passage, on lui offrait des couronnes, on lui payait des subsides ; son insistance pour occuper la capitale devenait légalement suspecte aux Phéniciens. La futilité même du prétexte qu'il donnait pour entrer dans la ville
LITRE m. 235
était de nature à accrottre les suspicions des habitants. Il prétendait vouleir faire nn sacrifice qu'il aTait voué à Hercule^ dans nn temple de cedieu^ construit dans Tenceinte de ses murs. Le conseil lui r^ondait avec raison qu'il y avait un autre temple d'Hercule construit dans l'ancienne ville de Tyr, appelée P«léo-Tyr, et qu'il pouvait sacrifier sans olnstaele dans cç sanctuaire . L>a négociation s'envenima de ces exigences et de ce refus. Alexandre^ qui n'avait pas avoué aux Tyriens ses vrais motifs> fut plus ft*anc dans le conseil de guerre de ses soldats^ auxquels^ selon l'usage des Lacédémoniens, il était obligé de rendre compte de ses dessins ; car^ même sous l'omuipotence d'un général et sous l'autorité absolue d'un rôi^ une certaine délibération républicaine était imposée^ dans les grandes occasions^ par les lois et par las mœurs, an chef de la confédération grecque.
Arrien, plus sobre de détails et plus authentique que Qointe^urce, nous a conservé le discours littéral d'Alexandre au conseil de guerre pour décider son armée à l'assaut périlleux de Tyr; ou verra dans cette harangue militaire Alexandre, quelque brève qu'elle soit, que les
motifs politiques que nous lui avons prêtés paur cette conquête et pour la conquête d'Egypte étaient fondés sur la vérité de la situation et sur le sens de ses propres pensées. Chacune de ses paroles laisse percer une de ses arrière-pen-
tt Amis et camarades^ dit-il à ses généraux et à ses soldats^ nous ne pouvons tenter sûrement une expédition en Egypte tant que la flotte ennemie tiendra la mer^ ni poursuivre Darius tant que nous ne serons pas assurés de Tyr et que les Berses seront maîtres de TÉgypte et de Cypros. Plusieurs considérations^ mais^ entre autres, Tétat de la Grèce^ font craindre que y l'ennemi reprenant les villes maritimes^ tandis que nous marcherions vers Babylone et contre Darius^ ne trans^ porte la guerre dans nos foyers avec une flottç formidable, au moment où les Lacédémoniens se montrent nos ennemis déclarés^ et où la fidélité des Athéniens est moins l'ouvrage de l'affection que de la crainte. Au contraire , la prise de Tyr et de toute la Phénicie enlève aux Persans l'avantage de la marine phénicienne et nous en rend maîtres; car il n'est pas à présumer que les Phéniciens^ nous voyant dans