LIVRE IV
si riche province ne fût pas tenté de se Tapproprier par une ambition trop fadle. U confia ces deux gouvernements à ces mêmes satrapes persans qui Ini avaient retais le royaume. Il est difficile de comprendre ses motife de si loin pour avoir préféré des Perses à des Ma cédoniens^ à des Grecs ou même à des Égyptiens de naissance^ dans ces importants gouvernements.
Peut-être pensa-t-il que les Égyptiens obéiraient plus naturellement à des gouverneurs du> grand roi dont ils avaient une longue habitude.
Peut-être eraî^it-ii de confier «ne si riche proie à des Grecs infidèles ou à des Maoédimieas belliqueux / qui pourraient saisir la couronne d'Egypte en son absence.
Peut-être réfléchit-il que des satrapes perses infidèles à leur roi lui seraient des serviteurs plus dévoués que tous les antres, précisément parce que leur défection an roi des rois ne leur laissait de salut que dans son parti.
Peut-être enfin voulut-il conamencer dès les bords du Nil à flatter Faristocratie des Perses, maîtres desi satrapies^ en leur m(mtrant par tant d'édatants exemples qu'il ne faisait point acception d'Asiatiques ou d'Européens dans sa
faveur, et que , Darius changé sur le trône ^ rien ne serait changé pour eux que Darius.
Toutes ces considérations nous paraissent paiement vraisemblables ; omises par les historiens dans leurs récits , elles ne sont pas de l'histoire^ mais elles sont le commentaire probable de la conduite d'Alexandre en Egypte.
Il reçut à Memphis les députés de la Grèce entière^ chargés de lui apporter les félicitations et de lui amener les renforts de ses alliés. Il était avide surtout de recruter des Macédoniens^ plus belliqueux et plus incorporés à sa cause ou à sa gloire que les Grecs. Antipater lui en envoya quatre cents^ commandés par Ménilas^ et cinq cents cavaliers thraces^ race gigantesque et martiale dont Taspect seul intimidait les Perses. Arrien donne avec sa minutieuse exactitude la distribution des garnisons et les noms des officiers qui les commandaient^ depuis la Libye ' jusqu'à Péluse. Ces noms et ces choses perdent ' de leur intérêt dans la distance. Nous ne les
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éaumérons pas. Noas remarquoas seulement que, sousles deux mtri^ies qui allaient gouverner civilement rÉgypte> tout le gouvernement militaire était macédonien. Cinq mille hommes laissés ainsi en Egypte^ sous d^excellents officiai ^ suffisaient à maintenir dans l'ordre et dans la fidélité cette terre docile^ grenier de rOrient.
Avant de quitter TÉgypte il la parcourut en
plusieurs sens^ comme pour y chercher la place
d'une nouvelle capitale : Memphis^ trop reculée
au fond de la vallée^ ne convenait plus enrôle
commercial et politique qu'il destinait àFÉgypte
dans son nouveau système d'un empire grec au
cœur de FAsie. La capitale du Nil^ selon céplan^
devait être à son embouchure. Il voulait qu'elle
fût tout à la fois la def militaire de la vallée du
Nil^ le lien maritime avec l'Afrique^ la porte
toD^ours ouverte de la Syrie^ le port de la Grèce
marchande, enfin Tentrepôt de l'Asie et de
l'Europe, à égale proximité de ces trois conti-
TIB d'ALUAKMB le GBAHD. — T. I. 18
Hantai* Cette pensée était si juste qne, si remliire de Mtcédome amt daté, ceUe capitale serait devenue en peu d'années la Babylone d'Àlescandro.
il tiHmva enfin ce site non loin de Canope et des Palus-MiBotides* Il donna à ses architectes Tordre de tracer dans le désert le plan de Tenceinte d'une grande ville future. Les ingénieurs appellent les ouvriers; les ouvriers, qui n'avaient rien préparé pour délimiter Fenceinte qu'on leur traça, prennent à poignées dans les sacs la farine destinée à la nourriture des soldats d'Alexandre. Ils la répandent derrière eux sur le sol^ en marquant ainsi les contours de la ville. Les oiseaux du ciel^ accourus le 9iîr sur leurs traces et reconnaissant à la blancheur de la trace la farine, effaeent en la becquetant la ligne des architectes. On s'émerveille d'un prodige si naturel ; on consulte l'orade sur le sort présagé ainsi à la ville future. L'orade répand que la farine fignre la futilité, et que les <H6eaux du ciel figurent les flottes ailées des nations qui viendront avec des navires sans nombre s'approvisionner en graim dans ce greni» du monde. Oracle vérifié encore au-