LIVRE IV
nuel du chemin , était tombée évanouie entre les bras delà reine sa belle^mère et de ses filles^ et bientôt après avait rendu l'esprit. Il en reçut la nouvelle en même temps , dont le roi , vivement touché^ ne témoigna pas moins de sentiment que si on lui eût annoncé la mort de sa mère^ et^ versant des larmes autant qu'aurait pu faire Darius , s'en alla au pavillon où était Sisygambis^ assise auprès du corps. Ce fut là que sa douleur se renouvela quand il vit cette vénérable princesse couchée par terre , en qui ce dernier malheur rappelait le souvenir de tous ses malheurs passés. Elle avait auprès d'elle ses petites-filles , * qui lui étaient à la vérité d'un grand soulagement dans leur affection extrême^ mais qui attendaient aussi d'elle réciproquement toute leur consolation. Elle voyait devant ses yeux son petit-fils^ jeune enfant^ d'autant plus misérable qu'il ne sentait pas encore la misère dont le plus grand faix retombait sur lui.
ce On eût dit qu'Alexandre pleurait au milieu des fi^ens , et qu'il était là plutôt pour se consoler lui^-mêmeque pour consoler les autres. Eu effet il s'abstint tout ce jour-là de manger^ et fit faire à cette princesse des funérailles où
toutes les cérémonies des Perses furent observées avec une magnificence vraiment royale ; en qnoi , certes , il a mérité qu'encore aujourd'hui on rende à sa mémoire rhonneur qui lui art dû, et qu^on lui fasse recueillir le fruit de sa |[rande continence et de son extraordinaîte bonté. Il ne Tavait vue eh tout qu'une seule fois^ qui ftet le jour qu'elle fut Êiite prisonnière ; et encore ne fut-ce pas elle qu'il alla voir, mais la mère de Darius : tellement qu'on peut dire que cette beauté si excellente et si rare ne fut pas un at* trait de volupté pour ce prince , mais plutôt une matière de gloire et un sujet de faire éclater davantage sa vertu.
Dans le trouble et l'affliction où cette p^te avait plongé tout le monde , un des eunuques de la reine, nommé Tyristès, trouva moyen de se dérober par une porte qui ^ pour n'être pas du côté des ennemis, était gardée avec moins de soins que les autres , et se rendit au camp de Darius* Là, étant recueilli par les gardes, il fut mené tout en pleurs et ses habits déchirés à la tente de roî , qui ne l'eut pas si iài aperçu que , frappé de plusieurs appréhensions à la fois, sans savoir ce qu'il devait plutôt craindre : c Ton vi-