‹ Vie de Bernardin de S.-PierreChapitre 10 sur 16 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

La Révolution. — Bernardin de Saint-Pierre publie les faux ttun Solitaire. — Il est nommé intendant du Jardin des Plantes , pifis professeur de morale à l'Ecole normale. — Il épouse Mlle Didot et travaille à mettre en ordre ses Hmmonies de la Nature, — Appelé à rinsiitut en i/QÔ, il t'ait sur un concours un rapport qui escile une scène violente au sein de rassemblée. —La Moît de Socrate. — Travaux de Bernardin de Saint-Pierre i l'Inilitut; sa polémique avec les journaux.

Pendant que Bernardin de Saint-Pierre se li- Trait à ses études chéries, au fond du faubourg Saint-Marcel, la société se transformait ou plulot se renouvelait brusquement. Au moment où Paul et Virginie îul publié, la monarchie était encore intacte ; lorsque apparut la Chaumière indienne, il y avait un an que le peuple avait constaté son triomphe par la prise de la Bastille, A

la première de ces dates, avec de Ténergie et de sages concessions, peut-être était-il temps encore de sauver l'œuvre de Louis XIV; à la seconde, Louis XVI était encore roi, mais roi sans puissance et sans sujets; il avait, lui aussi, reçu un roseau pour sceptre, et une guirlande d'épines pour couronne rovale. Dans les circonstances extrêmes, le faible, quelles que soient ses intentions, est fatalement condamné à périr. Les animaux féroces fuient devant Ihomme qui les regarde en face; ils poursuivent celui qui fuit, mais ils mettent indubitablement en pièces celui qui hésite entre la fuite et la résistance. Ce fut le sort de Louis XVI. Il fit des concessions qu'il tenta de retirer; il se laissa conseiller, tantôt par les novateurs , tantôt par ce qu'on appelait le parti de la cour; les hommes sages et modérés surent l'approuver , mais ce ne sont pas ceux-là qui font les révolutions, il fut victime des deux partis qui Tentouraient, et expia, par une mort violente, son amour de la conciliation.

Bernardin de Saint-Pierre avait aussi demandé des réformes, mais des réformes paciliques; il sourit d'abord à la révolution comme presque tout le siècle, même ceux qui devaient avoir le plus à en souffrir; mais Tauteur des Etudes ne tarda pas à se voir dépassé; il éprouva alors un certain sentiment d'inquiétude, qui se changea bientôt en indignation, en présence des crimes dont se souillait une cause qu'il regardait comme

sacrée. Ou Toit la preuve de cette impression dans les fragmens de son roman de V Amazone, qui ont été publiés après sa mort.

Il venait de faire restaurer sa maison, et il avait à peine encore pu jouir de son parterre , lorsque le flot populaire , dont il avait imprudemment contribuée lâclier les digues, vint le chercher dans sa solitude : « Tu as proclamé, lui dit-on , que rhomme de bien se doit à ses semblables ; tu as montré une noble intelligence ; tu as annoncé des idées d'organisation; à Tœuvre ! » — 11 y avait de si belles fleurs dans son jardin, il avait encore tant de belles histoires à raconter, tant de nouvelles harmonies à découvrir dans la nature, qu'il hésita, bien qu'il n'eût encore que des svmpathies pour le mouvement qui sopérait dans l'ordre politique de la France.

Il Unit par céder cependant. Voici comme il raconte lui-même cette circonstance de sa vie:

€ Sollicité, dit-il, avec instance par le peuple de mon quartier, qui avait de moi une grande opinion parce que j'avais fait un livre, je fis un effort sur ma santé pour assister à la première assemblée de mon district. J'v éprouvai que mes études n'avaient pas diminué mes infirmités , ni la révolution assagi les citovens. Ils parlaient tous à la fois. Je leur présentai trois propositions. La première , qu'on ne délibérerait sur aucun objet que trois jours après qu'il aurait été proposé, afin de conserver la liberté de son juge-

bfc BER^AfiDl^ DE S.-PlKRKt. o!29

ment. La seconde, que les votes se feraient non de vive voix, mais au scrutin, afin de conserver la liberté de son suffrage. La troisième, que l'assemblée nationale serait permanente , et ses membres amovibles tous les trois ans, en les renouvelant par tiers chaque année. On ne se donna pas seulement la peine de discuter mes propositions, excepté un maître de pension qui combattit la permanence de l'assemblée, et qui fut ensuite nommé électeur. On m avait déjà fait le même honneur, mais j'en donnai ma démission le lendemain à cause de ma santé, physique et morale. Je venais d'éprouver ce que je savais déjà, que le peuple désirait le bien public, mais que les corps ne voulaient que leur bien particulier. D'ailleurs, quand mes indispositions me l'auraient permis, il m'aurait été bien difficile de prendre un parti. J'étais lié au peuple par devoir, et par reconnaissance au roi dont les bienfaits me soutenaient depuis douze ans. J'avais combattu le despotisme aristocratique, je ne voulais pas flatter l'anarchie populaire. Je voyais parmi les chefs du peuple les hommes qui avaient le plus profité des faveurs de la cour, et dans le parti de la cour ceux qui avaient le plus flatté le peuple. Je les connaissais les uns et les autres pour des ambitieux, c'est-à-dire pour des hommes de la plus dangereuse espèce, selon moi. Ils ne connaissent ni l'amitié, ni l'égalité, quoiqu'ils en parlent sans cesse : quand on marche à

coté d'eux, on devient leur ennemi, et derrière eux, leur esclave. On est forcé d'être dans leur société hvpocrite ou méchant. Je ne voulais pas m'empirer en travaillant à améliorer les autres, 11 y avait aussi, à la vérité, à la tête de la révolution, des hommes vertueux, désintéressés , sages, éclairés, qui, dans tous les temps de leur vie, n'avaient jamais changé de principes : mais, il était difficile de deviner oîi ce nouvel ordre de choses, dont le plan n'existait pas encore, les conduirait eux-mêmes (i). )>

Cependant , s'il se retira de l'action , il ne se tint pas en dehors du mouvement moral. Il rappela ses souvenirs et fixa ses aspirations; il lut Mably, Thouret et la République de Platon, et couvrant de son coloris les idées que ses lectures lui inspiraient, et y semant à profusion ces images champêtres qui lui revenaient d'autant plus vivement à la pensée que son travail le sevrait d'en jouir en réalité , il écrivit les Vœux d\ui Solitaire , ouvrage qui atteste un vif amour de l'humanité, une grande droiture d'intentions, des idées élevées même, mais aussi une grande inexpérience de Ihistoirc et des nécessités d'une société politique.

La couleur et la portée de louvrage ^ont au reste parfaitement indiquées dès le début.

< Le !*'■ mai de cette année 17S9, je descendis

{})Suite des Vihux (fun Solitaire, OEuvres , p. 721.

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au lever du soleil dans mon jardin, pour voir l'état où il se trouvait, après ce terrible hiver, où le thermomètre a baissé, le 3i décembre, de dix-neuf degrés au-dessous de la glace. Chemin faisant, je pensais à la grêle désastreuse du i3 juillet, qui avait traversé tout le royaume, mais qui, par la grâce de Dieu, avait passé sur le faubourg où je demeure sans y faire de mal. Je me disais : Pour cette fois, rien ne sera échappé, dans mon petit jardin , à un hiver de Pétersbourg.

« En y entrant, je ne vis plus ni choux , ni artichauts, ni jasmins blancs, ni narcisses ; presque tous mes œillets et mes hyacinthes avaient péri; mes figuiers étaient morts, ainsi que mes lauriers-thyms, qui avaient coutume de fleurir au mois de janvier. Pour mes jeunes lierres , ils avaient, pour la plupart, leurs branches sèches, et leur feuillage couleur de rouille.

« Cependant le reste de mes plantes se portait bien , quoique leur végétation fut retardée de plus de trois semaines. Mes bordures de fraisiers, de violettes, de thyms et de primevères, étaient toujours diaprées de vert, de blanc, de bleuet de cramoisi; et mes haiesde chèvrefeuilles, de framboisiers, de groseillers , de rosiers et de lilas , étaient toutes verdoyantes de feuilles et de boutons de fleurs. Pour mes allées de; vignes, de pommiers, de poiriers, de pêchers, de prunier.-, de cerisiers et d'abricotiers, elles étaient toutes

HL^rOlRE

fleuries. A la vérité, les vignes ne commençaient qu'à entrouvrir leurs bourgeons; mais les abricotiers avaient déjà des fruits noués.

c A cette vue, je me dis : A quelque cbose malheur est bon. Les calamités d'un pays peuvent servir aux prospérités d'un autre. Si toutes les plantes du midi de TEurope ne peuvent supporter les hivers de la France, il est évident que plusieurs arbres à fruit de la France peuvent résister aux hivers du nord. On peut cultiver dans les jardins de Pétersbourg, des cerises, des pêches précoces, des prunes de reine-ciaude , des abricots, des abricots-péches, et de tous les fruits qui peuvent mûrir dans le cours d'un été; car Tété y est encore plus chaud quà Paris. Cette réflexion me fit d'autant plus de plaisir, que je n'avais vu en 1765, à Pétersbourg, d'autres arbres que des pins, des sorbiers, des érables et des bouleaux.

< Quoique je n'aie sur le globe d'autre propriété foncière qu'une petite maison et son petit jardin d'un quart d'arpent, que j'habite dans le faubourg Saint-Marceau, j'aime à m'y occuper des intérêts du genre humain; car il s*est occupé des miens dans tous les temps et dans tous les lieux. 11 est certain que mes cerisiers viennent originairement du royaume de Pont, d'où Lucullus les apporta à Rome . après avoir défait Mithridate. Je ne doute pas que mes abricotiers , dont le fruit s'appelle en latin malum armeniacum , ne

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desceudent , de gretle en greffe , d'un arbre de leur espèce, apporté d'Arménie par les Romains. Suivant le témoignage de Pline, mes vignes tirent leur origine de FArchipel, mes poiriers du mont Ida, et mes pêchers de la Perse, après que ces contrées eurent été subjuguées par les Piomains, qui avaient coutume d'amener dans leur pays, non seulement les rois, mais les arbres de leurs ennemis en triomphe. Quant aux choses qui sont à mon usage habituel, je dois certainement mon tabac, mon sucre et mon café , aux pauvres nègres d'Afrique qui les cultivent en Amérique sous les fouets des Européens. Mes manchettes de mousseline viennent des bords du Gange, si souvent désolés par nos guerres. Pour mes livres, ma plus douce jouissance, j'en ai obligation à des hommes de tous les pavs , et sans doute aussi à leurs infortunes. Je dois donc m'intéresser à tous les hommes, puisqu'ils travaillent pour moi par toute la terre , et que j'ai lieu d'espérer, que ceux qui m'v ont devancé, avant principalement contribué à mon bonheur par leurs maux, je peux aussi concourir parles miens au bonheur de ceux qui doivent m'y survivre.

« 11 n'est pas douteux que je ne doive les premiers témoignages de ma reconnaissance aux hommes auxquels je suis redevable des premiers besoins delà vie, tels qu'à ceux qui me préparent mon pain et mon vin , qui filent mon linge

et mes habits, qui défendent mes possessions, etc., c'est-à-dire aux hommes de ma nation.

a En pensant donc aux révolutions de ia nature qui avaient désolé la France Tannée dernière, je songeai à celles de FEtat qui les avaient accompagnées, comme si tous les malheurs s'entresuivaient. Je me rappelai ledit imprudent qui avait permis l'exportation des grains lorsque nous n'en avions pas notre provision assurée; cette banqueroute publique qui avait plané sur nos fortunes, dans le même temps que ce nuage affreux de grêle traversait nos campagnes ; Tépuisèment total de nos finances, qui avait fait périr plusieurs branches de notre commerce, commece terrible hiver plusieurs de nos arbres fruitiers; enfin ce nombre infini de pauvres ouvriers, que le concours de tant de fléaux aurait fait mourir de misère, de froid et de faim, sans les secours de leurs compatriotes.

t Je pensai alors au ministre des finances , dont le retour a rétabli le crédit public, et a été pour nous comme celui de l'étoile du matin après une nuit orageuse; aux états-généraux, qui allaient, avec le printemps , faire renaître de plus beaux jours, et je me dis : Les royaumes ont leurs saisons comme les campagnes; ils ont leur hiver et leur été , leurs grêles et leurs rosées : l'hiver de la France est passé; son printemps va revenir. Alors, plein d'espérance, je m'assis au bout de

mon jardifi , sur un petit banc de gazon et de trèfle , à l'ombre d'un pommier en fleurs, vis-àvis une ruche dont les abeilles voltigeaient en bourdonnant de tous côtés.

< A la vue de ces abeilles si actives, dont la ruche n'avait eu d'autre abri pendant l'hiver que le creux d'un rocher, je me rappelai qu'elles n'avaient point essaimé au mois de juin, et qu'il en était arrivé de même à la plupart de celles du royaume, comme si elles avaient prévu qu'elles auraient besoin d'être rassemblées en grand nombre pour se tenir chaudement pendant la rigueur d'un hiver extraordinaire. Dun autre côté, comme je n'ai enlevé aux miennes aucune portion de leur miel, et que jamais elles n'en exportent, elles ont passé dans l'abondance des vivres une saison où quantité de mes compatriotes en ont manqué. En voyant que l'instinct de ces petits animaux avait surpassé l'intelligence humaine, je me dis : O heureuses les sociétés'des hommes si elles avaient autant de sagesse que celles des abeilles! et je me mis à faire des vœux pour ma patrie (i). »

Tout l'ouvrage a le même caractère ; c est une sorte d'églogue de Virgile, où la politique et la morale se mêlent aux tableaux de la campagne; il y a dans le stvle des aperçus historiques une certaine désinvolture qui n'est pas commune chez l'auteur; on y trouve aussi sur l'abdication de

(i) roeuxtCun SolUoirr, Œuvres, p. 609.

Sylla un jugement plus juste que celui de Montes* quieu, et que la postérité a accepté. Les principes sont au reste ceux du système anglais que Fauteur ne dépasse pas; il veut comme son maître Fénelon que tout se rapporte au peuple. L'Etat , dit-il , est une balance romaine dont le peuple forme le bras le plus long, la noblesse et le clergé le plus court , mais le plus considérable par son poids; la royauté est le poids qui court le long de ces bras pour soulever les fardeaux. En conséquence il demande le vote par tête, l'augmentation des députés du tiers-état, et au-dessus de ces deux pouvoirs le pouvoir modérateur, le roi, non pas réduit comme on le voulait à un veto négatif, mais ayant voix prépondérante, idée qui a été mise en pratique dans un état de l'Amérique méridionale et dont un publiciste célèbre s'est paré sans dire où il l'avait prise.

Bernardin demandait en outre que les difficultés des deux ordres fussent tranchées par un comité de confiance choisi réciproquement dans Tordre opposé, comme Annibal et les Gaulois avaient décidé que les leurs le seraient. En d'autres termes il voulait, et du reste cette pensée était aussi celle de presque tous les hommes d'Etat de l'époque , organiser cette guerre d'intérêts qui nous dévore et qui durera tant qu'on n'aura pas trouvé moyen de les rapprocher par leurs points de contact et de ne les mettre en présence qu'après avoir tout disposé pour les harmoniser.

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il était encore d'avis qu'il fallait une assemblée permanente renouvelée par tiers seulement pour qu'il y eût continuité d'impulsion, et tous les trois ou cinq ans, pour qu elle ne pût devenir une aristocratie comme les parlemens. Au reste, en présence delà mobilité de toutes cboses, une constitution mobile lui paraissait seule acceptable.

Lescouvens, suivant lui, n'étaient plus que des sortes de maisons de correction oi^i les grandes familles faisaient entrer ceux de leurs membres dont elles étaient mécontentes; il propose donc de les supprimer et d'en emplover le revenu en distributions aux pauvres, à l'efficacité desquelles on crovait encore; il sirrite aussi que le clergé bénisse les bâtimens négriers; au reste, il rend justice à la sagesse et à la bienfaisance de cet ordre. C'est sincèrement qu'il veut la réforme des abus, et il ne va pas au-delà : il avait pris à la lettre les assertions des pbilosopbes.

Quant à la noblesse , il voudrait la voir se recruter non par le cboix du souverain, comme notre chambre des pairs , mais par l'élection d'en haut et l'adoption, par la noblesse, de familles plébéiennes; il voudrait aussi la formation d'un corps intermédiaire entre la noblesse et le peuple, afin qu'il y eût une gradation insensible de l'échelon le plus élevé du monde social à l'échelon le plus bas, et il rappelle à ce sujet la fable

d'A grippa et une fable indienne qui lui paraît encore plus exacte.

Il demande aussi la suppression de la milice, non pour la voir remplacer par une autre institution à peu près semblable, au nom près , mais par une sorte de garde nationale exercée avec soin et dans laquelle on ne serait admis que par récompense : le ressort de cette institution serait la passion d'Eve. Il réclame d'ailleurs toutes les libertés, excepté celle du commerce des grains, liberté pour tous darriver à tous les postes, de se livrer à toutes les professions, liberté individuelle , liberté de conscience, liberté limitée de la presse , 1 abolition graduelle de Tesclavage , rétablissement du jury, la déportation substituée à l'emprisonnement perpétuel.

Le morcellement des propriétés lui semble aussi nécessaire à la prospérité de Tagriculture , et il propose , pour v parvenir, qu'un impôt territorial , progressif suivant les proportions arithmétique et géométrique, soit établi sur les terres. On reconnaît peu dans cette théorie Ihomme qui, à douze ans, jugeait indispensable de donner à Robinson des compagnons pour multiplier sa force , mais on retrouve le philanthrope éclairé quand il proclame le droit de tout citoyen au travail et demande que le gouvernement se charge lui-même d'occuper les ouvriers, soit à l'exécution des travaux d'utilité publique, soit à la for-

mation de colonies en France ou à l'étranger. On doit signaler aussi comme une heureuse prévision sa prédiction que tout Fargent passera fatalement aux mains des agioteurs, si l'on n'y met obstacle.

Mais la réforme sur laquelle il appuie surtout, c'est celle de Téducation. Il condamne Témulation comme dangereuse ; il ne condamne pas avec moins d'énergie les châtimens et la contrainte qui rend les enfans cruels, comme Témulacion les rend ambitieux : il voudrait qu'on instruisît les enfans par Fattrait du plaisir; que dans Féducation une large part fut faite à la gymnastique , car c'est bien souvent la maladie du corps qui rend Famé malade. Il propose de faire surveiller les instituteurs par un conseil composé des pères qui auraient les enfans les plus beaux et les plus intelligens, et il insiste sur la nécessité d'inspirer au jeune âge la tolérance universelle, et Famour du genre humain ou plutôt de toute la création (i).

(i) Ces idées sur IVducation ne sont que le complément de ce que Bernardin en avait dit dans les Etudes. 11 ne prescrit rien dans l'un ni dans l'autre ouvrage sur l'éducation des femmes ; il s'en était cependant occupé à l'occasion d'un prix proposé en 1777 par l'Académie de Besançon pour le meilleur mémoire sur cette question : Comment l'éducation des femmes pourrait-elle rendre les hommes meilleurs? Saint-Pierre qui n'avait encore publié alors que son royaije, entra rnlicc, mais le prix ne fut pas décerné. H y a dans son discours, dont une copie informe a été retrouvée dans ses papiers, des tableaux d'une douceur qui rappelle Féuelou , et d'un éclat qui fait souvenir

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Ces aspirations vers, une association universelle; cet appel à la paix, à Tunion adressée à tous les peuples , il les avait déjà formulées dans les Etudes; il avait proposé d'ouvrir un asile aux infortunés de tous les pays, de réunir les familles exilées autour de Tarbre qui ombragea leurs premiers jeux , et de consacrer ce rapprocbemeut par un temple commun , où tous ces hommes viendraient invoquer tour à tour le Dieu créateur et bienfaiteur du monde. Il y a tant de charmes dans la peinture de ces fêtes, quon se prend à regretter que la réalisation en soit si éloignée, sinon toui-i-fait impossible.

Sur la question du droit au travail , de Tattrait substitué à la contrainte dans l'éducation, de l'abolition progressive de la guerre, de l'association des peuples, Bernardin de Saint-Pierre avait devancé Fourier, comme il l'avait devancé dans son svstéme des harmonies; seulement dans un cas comme dans Tautre , il a laissé dans le vague ce que Fourier a précisé et soumis aux lois de la logique.

Ainsi, mélange dïdées, échos du siècle ou des convictions de l'auteur, les unes vraies , les

de Rousseau; raais ses idées sont toutes néçalives : il critique beaucoup, ne propose rien , et c'est k peine s'il effleure la question.

Devenu père , Bernardin de Saint-Pierre s'occupa encore beaucoup de 1 éducation des enfans; les pages qu'il avait écrites sur ce sujet contiennent de joli» tableaux et d'heureuses indications, mais aucua système complet u'y est formulé. Voyez les Harmonies de la i\ature.

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autres fausses ou insut'H.santes , naïves quelquefois, et quelquefois aussi funestes dans leurs conséquences, les Fœux d'un Solitaire ne peuvent jjuère être pour nous qu'un ouvrage de polémique d'un intérêt secondaire; mais, à l'époque, ils obtinrent un grand succès. Le Moniteur les loua sans restriction et leur donna place à coté de la fameuse brochure de Sièyes sur le tiers-état , et de V Essai sur les Privilèges. La quatrième édition, publiée en 1791, reçut, dans le même journal, un éloge encore plus complet. On louait la philosophie consolante de ces méditations d'un sage, les charmes de ce style pittoresque, facile et abondant, qui égalait celui de Buffon par la majesté, celui de J.-J. Rousseau par la sensibilité, Féclat et Ténergie, et celui de Fénelon par Fonction et la facilité (i).

Cette seconde édition était accompagnée d'une Suite , oh fauteur, sacrihant de plus en plus au dieu du jour, conseillait le mariage des prêtres, et demandait que les prières fussent faites en français. Au reste, ces propositions purent être le résultat de l'ivresse révolutionnaire, mais elles ne furent de la part de Bernardin le fruit d'aucune suggestion. Il avait refusé l'appui de sa plume à INecker et au duc d'Orléans; il le refusa de même à tous les partis , à tous les ambitieux , aussi bien à Bonaparte qui voulait le charger de

fi) Moniteur du ! y novembre 1789 et du 17 septembre 1791.

raconter ses campagnes d'Italie , qu'à Robespierre qui lui fit proposer de représenter sa conduite comme le résultat d'un système philosophique. Il paraît cependant qu'il ne tint pas autant rigueur aux Théophilanthropes , qu'il se laissa aller à assister à leurs assemblées , et qu'il consentit à être parrain d'un enfant baptisé avec les cérémonies du culte primitifs à Saint-Thomas-d'Aquin. Au reste , il ne prit jamais la parole dans ces réunions (i).

Tant qu'il fut obscur, Bernardin de Saint- Pierre aspira après la gloire; mais quand la gloire fut venue, il aspira plus d'une fois après le repos, sinon après l'obscurité. Il était, écrivait-il plus tard à sa femme (2), comme le scarabée du blé , vivant heureux au sein de sa famille à l'ombre des moissons; si un rayon de soleil levant vient faire briller l'émeraude et l'or de ses élytres , alors les enfans qui l'aperçoivent s'en emparent, renferment dans un petite cage, l'étouffent de gâteaux et de fleurs, croyant le rendre plus heureux par leurs caresses qu'il ne l'était au sein de la naturel En 1791 , il avait été mis, avec Berquin, Sièyes, Gondorcet et Saint- Martin , le philosophe inconnu, sur la liste des gens de lettres entre lesquels le roi devait choisir un précepteur au dauphin , ou prince royal comme

(i) Grégoire. Histoire des sectes religieuses , elc,, t, II, p. lOf, (2) Correspoodauce , t, 111, p. 296.

DE lîERNARDIN DE S.-PIERRE. 345

on disait alors. Bernardin dut peu regretter de n'avoir pas obtenu cet honneur qui eût peu ajouté à sa gloire et nui grandement à son bonheur, sans compensation pour personne. Il reçut, Tannée suivante, une faveur plus en rapport avec ses goûts. Le botaniste La Billardière venait d'émigrer; la place d'intendant du Jardin des Plantes devenue vacante, fut offerte à Fauteur des Etu^ des, qui, le 21 juillet 1-92 , prêta serment en cette qualité devant rassemblée législative. — Jai lu vos ouvrages, lui dit Louis XVI en cette occasion; ils sont d'un honnête homme , et jai cru nommer en vous un digne successeur à Buffon.

Il y avait un cabinet d'histoire naturelle au Jardin des Plantes, mais pas de ménagerie : le premier soin de Bernardin de Saint-Pierre fut de demander qu'on y transférât celle de Versailles. Il ne s'en tint pas là; il voulait dans les Vœux que les étrangers malheureux auxquels la France donnerait asile, pussent se reposer sous l'ombrage des arbres de leur pays ; il étendit la même sollicitude aux animaux, et il mit d'autant plus d'ardeur dans sa demande , qu'il savait par expérience que les animaux ne s'acclimatent guère qu'autant qu'ils retrouvent le végétal, ou au moins les analogues des végétaux avec lesquels ils ont été ordonnés. Il proposait donc d'établir dans le jardin des volières, plantées de tous les végétaux aimés des oiseaux qui les habiteraient, des viviers d'eaux courantes pour les poissons ,

des étables, et jusquà des cavernes pour les bêtes féroces qui se plaisent à s'v enfoncer (i). Il demandait en outre l'établissement d'une bibliothèque pour les étudians et d'un journal pour les professeurs.

Quelques unes de ces idées ont été mises à profit, mais alors on ne put faire que les dépenses urgentes; Bernardin économisa tant la première année de son administration , que des fonds qui lui restaient , il put faire construire deux serres, dont Tune porte encore son nom, et deux bassins d'arrosage. Sa simplicité , dit dans son Histoire du Muséum Deleuze, qui lui est très peu favorable, sa vie retirée, son caractère mélancolique contribuèrent à le garantir des persécutions , et sa sagesse fut très utile (2).

Son ermitage cependant ne fut pas toujours respecté ; le peuple , sous prétexte que le Jardin des Plantes était une propriété nationale, s'amusait à le dévaster ; d'un autre côté , sa théorie des marées était menacée , et ce ne fut j)as la faute de Condorcet si le système de Newton sur la formation du flux et du reflux de la mer ne devint pas une loi de la nation française, ni plus ni moins que Texistence de Dieu. Au moment où il commençait à espérer de vivre en paix , sa place fut supprimée. 11 n'était pas commun alors de

(>) Mémoires sur la nccessiié de joiuclre une nicnagcrie au Jurdia desPlautesde l'aris. OhÀurcs, p. jdj.

(2], Parlic ' » p- 7 » •

DE Btlt.NAHDiN DE S.-IMhllUE.

voir un fonctionnaire sortir pauvre d'une place où il avait eu de l'argent à manier ; aussi regarda-t-on comme une chose insolite de voir Saint-Pierre quitter ses fonctions aussi peu ricîie que lorsqu'il les avait prises, et la Convention lui vota le prix de deux arpens de terrain qu il venait d'acheter à Essonne, et dont la suppression de son traitement lui rendait le pavement impossible.

En se vovant intendant du Jardin national, lauteur des Etudes ^\di'\l cru son avenir assuré. Dans ses rapports avec son imprimeur, Didot, il avait souvent rencontré une de ses filles, Félicité, jeune personne de vingt-deux ans, douce, aimable, avant beaucoup d'esprit naturel et peu d'instruction. Bernardin avait souvent répété dans ses livres qu'il trouverait un plaisir infini à instruire sa femme. Il avait cinquante-cinq ans, mais il était entouré d'une auréole de gloire. Mademoiselle Didot lui avoua naïvement son admiration , qui aurait aussi bien pu s'appeler d'un nom plus doux, et il en résulta un mariage, dont bientôt deux enfans, Virginie et Paul , vinrent resserrer les nœuds.

Son beau-père avait une campagne à Essonne, auprès de sa papeterie. Bernardin joignant ses économies à la dot de sa femme , acheta une petite île du voisinage et y fit bâtir une jolie maison, en prenant lui-même une part active à l'ouvrage ; car il paraît par les détails dans lesquels il entre à plusieurs reprises daiis sa correspou»

dance, qu'il éprouvait un grand délassement à s'occuper de ce genre de travail. Dans son île de l'Essonne, il avait une vache, une basse-cour, une bonne, et en outre de jolis jardins, dont la culture le préoccupait fort lorsque , retenu à Paris, il ne pouvait aller la diriger. Sa femme demeurait ordinairement dans cette retraite pour éviter des frais de représentation que sa fortune ne lui permettait pas de supporter, et c'était là qu il s'échappait toutes les fois qu'il pouvait se dérober aux devoirs de sa place. Il s"y réfugia aussi pendant la Terreur; mais arrivé à Essonne, dit M. Aimé-Martin, il fut accueilli par des hommes armés de piques qui lui demandèrent un certificat de civisme : il fallut écrire , solliciter, et en attendant, il fut obligé d'aller avec sa femme, enceinte de plusieurs mois, demander l'hospitalité à des paysans qui n'osaient Taccueillir. Conduit dans rassemblée du lieu : c Je suis sans fortune , > dit-il avec bonhomie , « ma santé est altérée , je ne puis vous servir comme capitaliste, laboureur, commerçant, .fonctionnaire; mais je tacherai de vous être utile comme homme de lettres : lorsque vous aurez des pétitions à rédiger pour le bien de votre canton, j'y emploierai l'affection que j'ai vouée à des hommes avec lesquels j'ai désiré de vivre et de mourir. > Il n'obtint qu'après un mois de sollicitations la permission de vivre chez lui, et voici dans quels termes : < Tu trouveras ci-joint, lui écrivait le

chef de bureau , le ceriificat que tu me demandes. Te voilà donc avec un motif de plus pour reconnaître la Providence et pour la bénir. » On demandait à l'agneau de la reconnaissance pour n'avoir pas été tué par le boucher !

La Convention le tira peu de temps après de sa retraite. L'École Normale avant été créée en 1794, Lakanal, rapporteur de la commission, proposa à l'assemblée, dans la séance du 19 brumaire an m , de nommer professeurs de cette école Lagrange, Bonnet, Berthollet, Garât, Bernardin de Saint-Pierre , Daubenton , Haûy, Volnev, Sicard , Monge , ïhouin et Halle. L'auteur de Paul fut chargé du cours de morale.

Il s occupait depuis plusieurs années d'un ouvrage complémentaire des Etudes, les Harmonies; ce furent des fragmens de ce livre qu'il lut dans sa chaire. On lui avait même imposé de tirer de cet ouvrage un cours de morale auquel il renonça bientôt après quelques essais infructueux. On a remarqué que , par cette sorte de besoin qu'éprouvent \ei> hommes d'échapper à une triste réalité, les pièces les plus applaudies à Tépoque révolutionnaire, sont celles où il y avait le plus de sensiblerie et de naïvetés pastorales ; les leçons de Bernardin de Saint-Pierre avec plus de force et de naturel éveillaient également des idées de vertu, de paix et de bonheur; il avait annoncé dans sa première leçon qu'il était père de famille et qu'il habitait la campagne; une jeu-

liesse sympathique se pressait autour de sa chaire^ prête, malgré le peu de charmes de son déhit, et le désavantage quil v a à lire au lieu d'improviser, à recueillir avidement ses paroles ; il recevait une foule de lettres anonvmes contenant des félicitations sur la tendance de son cours : 1 un voulait lui donner son fils pour secrétaire; la plupart se proclamaient ses disciples : < Noiis étions cannibalùcs , lui disait-on, vous nous avez humanisés, etc. > Un jour surtout il ohtint un triomphe hien flatteur, ce fut celui où, dans uue phrase très simple, il prononça le nom de Dieu. Ce mot qu'on n'entendait plus dans aucune assemblée publique , ce nom qui avait été implicitement proscrit, excita un enthousiasme que le professeur n'avait pas prévu, et qui lui arracha à lui-même des larmes d'attendrissement et de bonheur.

La préparation de ces leçons lui demandait beaucoup de temps, et il se fût trouvé, il l'avoue dans sa Correspondance, fort empêché s'il lui eût fallu poursuivre, son ouvrage n étant pas encore à moitié, mais l'Ecole fut supprimée après sa quatrième ou cinquième leçon.

Bernardin profita de cette clôture pour continuer son travail plus à Taise; deux ans après il était fort avancé , et Ton trouve dans le Moniteur du 4 vendémiaire an v (25 septembre 1796), un extrait de prospectus annonçant la prochaine publication des fiannoturs de la Nature. L'ouvrage

DE liERNAFtTîîN DK S. -PI FF: RE. 0^9

devait avoir trois vi>Iumes, dont les deux premiers entièrement terminés. A en juger par le plan, ce livre devait être beaufoup pin- logique que les Etudes, et il v aurait à regretter que dans ses dernières année?, Fauteur v ait ajoute une suite de morceaux qui, en détruisant 1 ensemble, l'ont forcé de laisser son travail incomplet.

Les deux premiers volumes devaient être consacrés aux harmonies du monde pbvsique. Le svstèine de la création apparaissait dans cet ouvrage comme composé de douze harmonies terrestres, six harmonies phvsiques, dont trois élémentaires et trois organisée-, et six harmonies morales, divisées également en îiarmonies élémentaires et harmonie- organisées. Ces dernières devaient c oniprendre le- lois de la politique.

C'était toujoiu-s , comme on le voit, la donnée fondamentale des Etudes, mais plus précise et débarrassée de -^es formes polémiques, un sy>tème intermédiaire entre la doctrine de Pvthagore et celle de Fourier, mais moins complexe à la fois et plus développé que la première, plus vague mais plus poétiquement conçu que la seconde.

La partie morale de louvrage que Bernardin de Saint-Pierre annonçait, n'a jamais été écrite par lui; c'était en effet la plus difficile; il ne suffisait plus ici détre poète, il fallait être législateur, et sa nature s y refusait. Les llannonies , dans Télat où elle- ^ont, à part quelques conjec-

lares sur la destination des planètes, et des études ravissantes d'un père sur ses enfans, ne sont autre cbose que les Etudes ; c'est de même une suite de tableaux, et comme il v a moins d'idées, il en résulte une certaine monotonie à laquelle contribuent d'ailleurs d'assez nombreuses répétitions (l'auteur ne pouvait écrire sans se répéter), et des invocations très poétiques mais déplacées, et qu on sent trop avoir été faites à froid. C'est donc plutôt un recueil de fragmens, qu'un ouvrage qui doive être lu de suite. Au reste, les Etudes ont le même défaut, mais elles se distinguent par plus de force, de fraîcbeur et d inspiration, et moins de limpidité dans le style.

Des cbagrins divers et des tracasseries de famille interrompirent Bernardin dans la composition des Harmonies, et c'est à ces cbagrins qu'il faut s'en prendre, s'il ne fut pas donné suite à la publication qu'il avait annoncée.

Ce n'était pas sans plaisir, avons-nous dit, que Saint-Pierre avait vu la suppression de sa place à 1 École Normale. Il n'aspirait quà aller aux cbamps s'occuper de ce qu il y avait de plus doux dans la nature auprès d une compagne cbérie. La verdure de la prairie, la gaîté des oiseaux, les moutons qui paissent l'berbe nouvelle au baut de la colline , les doux contours de la vallée de i Essonne, dont les saules fleurissent, la présence de sa femme allaitant le fruit de leur

amour (i), voilà ce qu'il lui fallait pour vivre heureux, mais il ne put Fobtenir. Il n'y a que deux sentimens qui puissent rendre agréable en tout temps le séjour de la campagne : l'amour de la nature ou les goûts des travaux de la ferme. Madame de Saint-Pierre n'éprouvait ni l'un ni l'autre de ces sentimens. Vainement Bernardin l'entoura de tout ce qu'il crut pouvoir lui plaire, vainement essava-t-il par des descriptions ravissantes de lui donner le goût de la nature , vainement chercha-t-il à lui faire admirer les poètes champêtres, Thompson, Virgile, vainement essava-t-il de lui enseigner la botanique; le séjour de cette île où il eût été, lui, si heureux, s'il avait pu y vivre toujours, les occupations qu il traçait pour elle et pour lui , cette distribution du temps de tous deux entre la promenade et l'étude la fatiguèrent bientôt; son état maladif augmenta l'ennui qu'elle éprouvait. La famille Didot était d'ailleurs agitée par des querelles intestines que Bernardin essaya vainement de concilier; la mort du père de madame de Saint-Pierre , qui donna lieu à une foule de créanciers d'apparaître, ajouta encore à cette désunion; il s'ensuivit des procès, des pertes d'argent qui irritèrent vivement la susceptibilité des époux, et le mariage se brisa par la mort, sans que ni l'un ni l'autre y eussent trouvé le bonheur durable qu'ils s'en étaient promis.

(t) Correspondance , t. II , p. 1 16, 1 19.

002 HISTOUîE

Cette perte rendit odieuse ii Bernardin sa campa-ji^ne d'Essonne; il la quitta pour venir habiter le logement qu'il avait an Louvre en sa qualité de membre de T Institut .

11 avait été admis dans la section des sciences morales et politiques de cette société dès sa fondation en 1795. Là il se trouvait en contact de tous les jours, avec ceux quil avait combattus et quii appelait ses ennemis , car il avait ce travers de croire ses ennemis tous ceux qui n adoptaient pas aveuglément ^es opinions, et il lavait tant répété, que la plu{)art létaient devenus en etfet: d'ailleurs les uns lui en voulaient davance de croire en Dieu , et de s'être tait 1 apologiste de la Providence , les autres d'avoir attaqué le système de ]Se\vton, la plupart d être blessant et ennuveux en parlant perpétuellement de son svstènie de la fonte des glaces, et de cacher sous une hgure douce et pleine de candeur, sous les dehors de la bienveillance et des nobles sentimens , un esprit tracassier qui n avait tait que s aigrir avec Tàge et les contrariétés. Ses rapports avec eux furent presque toujours une lutte dont il ne faut accuser ses adversaires qu'en disant qu'ils devaient des égards à ces cheveux blanc», à cette vieillesse d'un grand écrivain, dans lequel on retrouvait à la fois la naïveté et les petits empor- •temensde leniance, à cet homme qui avait passé sa vie à chercher le bien de 1 humanité, et qui presque toujour? ii'^n avait reçu que des déboi-

l)h liJ.K.NAKDlX DE 5.-PIE15IIE. 353

res. lis ne le Hrent pas , ils eurent tort. Ce qui se passa surtout dans la séance du i 3 messidor an vi (3 juillet 1798) est un acte de violence qu'il est impossible d'excuser.

Une des classes de Tlnstitut avait mis au concours cette question : Quelles sont les institutions les plus propres ti former la morale d'un peuple ? Les représentans du peuple avaient proclamé l'existence de Dieu et l'immortalité de Tâme; mais les sa van s membres de la section de morale à l'Institut étaient allés plus loin; ils avaient refusé toute sanction à la science dont ils étaient les représentans les plus élevés; ils avaient proclamé l'athéisme, et une commission avait été chargée, par leurs conseils, de retrancher des poètes latins , afin qu'ils pussent rester classiques, tout ce qui a trait à l'idée de la divinité. Les concurrens le savaient, et dès lors la question devenait conq^létement insoluble : il est évident que sans 1î^ sanction il n'y a pas de loi; que sans un Dieu vengeur et rémunérateur il n'y a pas de morale; il n'y a plus que des intérêts, et ces intérêts divergeant, chacun agira dans son but particulier, de manière à produire la plus épouvantable anarchie. Aussi est-il curieux, de voir à quelles inimaginables rêveries les concurrens avaient eu recours pour trouver une solution. L'un voulait que l'on conservât dans les iamilles un livre ou seraient inscrites à jamais les fautes des enl'ants, un autre, quon établit sui

les places des colonnes pour y inscrire le nom des criminels ; d'autres proposaient de créer un journal chargé de proclamer les actes de vertu, ou bien de faire prononcer publiquement dans chaque village Téloge des hommes vertueux ; il V en avait qui demandaient que les jours de fête on fît cultiver aux enfans le champ de la veuve et de Torphelin; d'autres préféraient des tribunaux de censure établis dans chaque village; celui-ci demandait que, pour mieux inspirer la fraternité, les mères échangeassent leurs enfans tous les ans ; celui-là proposait l'application aux écoles publiques des idées de XEmile, avec des fêtes à la manière des Grecs pour distribuer des récompenses, et des jugemens des morts comme en Egypte; le plus logique de tous, Destutt de Tracv, disait sérieusement qu il fallait placer dans chaque village des gendarmes qui retiendraient, la baïonnette en arrêt, ceux qui s'écarteraient du sentier de la vertu, comme le chien du berger retient les brebis qui s'écartent de leur voie.

Chargé de rendre compte de ces mémoires. Bernardin de Saint-Pierre crut ne pouvoir terminer son rapport sans indiquer brièvement la base de toute morale, Texistence de Dieu; mais à peine eut-il prononcé les premiers mots de cette conclusion , qu'un cri s éleva du sein de l'assemblée; il veut continuer sa lecture; les plus violentes interpellations, les railleries les plus piquantes l'arrêtent; il veut résister à Torage ;

il répond aux provocations par quelques paroles vives et énergiques ; un membre se dit insulté et l'appelle en duel. Cabanis, au sein du tumulte, s écrie : c Je jure qu'il n'v a pas de Dieu, et je propose que jamais son nom ne soit répété dans cette enceinte : — Votre maître , Mirabeau , eût rougi des paroles que vous venez de prononcer, » dit Bernardin en prenant son manuscrit pour sortir.

Il se retira dans la bibliothèque où il jeta sur le papier, non les impressions que cette scène lui faisait éprouver, mais ce qu'il crut le plus propre à rappeler ses collègues aux idées qu'il avait défendues toute sa vie : un moment après, il rentra dans la salle où l'on délibérait encore, et ayant obtenu un moment de silence, il lut les pages suivantes qu'il venait d improviser.

i Après avoir porté votre jugement sur les mémoires qui ont concouru pour le prix de morale, vous examinerez sans doute la fin de mon rapport, qui a excité de si étranges réclamations. On vous a proposé de ne jamais prononcer le nom de Dieu à l'Institut, je ne vous rappellerai point ce qu'on a dit personnellement d'injurieux à cette occasion; je ne désire ici que de rapprocher tous les esprits de leur intérêt commun , mais en qualité de rapporteur de votre commission, de membre de votre section de morale, et de citoyen, je suis obligé de vous dire que, dans un rapport public sur les institutions qui peu-

vent tonder la morale d'un peuple, il v va de notre devoir de manifester le principe d'où dérive tout, morale privée ou publique. Je ne vous citerai point, à ce sujet, le consentement universel des nations, lautorité des hommes de génie dans tous les temps, et notamment celle des législateurs. Je ne vous dirai point qu'il faut nécessairement une cause ordonnatrice et intelligente à tant de créatures organisées et intelligentes qui ne se sont rien donné. Si je voulais vous prouver Texistence de l'auteur de la nature, je croirais manquera vous et à moi-même, je me croirais aussi insensé que si je voulais vous démontrer en plein midi Texistence du soleil. Il s'agit seulement de décider si, pour quelques ménagemens particuliers, vous rejetterez de mon rapport sur la morale, dans une séance publique, ridée d'un Etre suprême, rémunérateur et vengeur. Pour rnoi, je rougirais de voiler cette vérité pour complaire à une faction qui flatte les puissans en tâchant de leur persuader qu'ils n'ont pomt d autres juges de leur conscience que les hommes, c'est-à-dire qu'ils n'en ont point. Je n'ai point été coupable d'une si criminelle complaisance sous le régime même de la terreur. Robespierre, qui cherchait à couvrir le sang qu il versait du manteau de la philosophie, sachant que je demandais à son comité la restitution d une pension, mon unique revenu, me lit dire qu'il n'y avait point de fortune ou je ne pusse

DL liElîNARDIN DE S.-PIEIU; 1£. 357

prétendre, si je voulais représenter sa conduite comme le résultat d'une mesure philosophique. Je répondis à son agent que j'avais étudié les lois de la nature, mais que j'ignorais celles de la politique. Mon refus d écrire en sa faveur pouvait être suivi de ma mort, mais j'étais décidé à perdre la tête plutôt que ma conscience ; et si le pouvoir et les bienfaits de ce despote, qui vovait à ses pieds la république consternée le combler d adulations, et qui avait entre ses mains ma fortune et ma vie, nont pu me faire parler pour manquer à rhum.anité, il n'est aucune puissance qui pût me faire taire pour manquer à la Divinité , qui ma donné le courage de ne pas fléchir le genou devant un tyran.

€ Si je lis donc à la tribune de l'institut mon rapport sur les mémoires du concours, j'v serai sans doute l'interprète de vos jugemens , mais je ne changerai rien à la péroraison. C'est ma profession de foi en morale, et ce doit être la vôtre. Elle est celle du genre humain; elle est celle des honmies que vous avez honorés par des fêtes publiques; de Jean-.Tacques, qu'une faction vindicative a persécuté pendant sa vie, et poursuit encore aujourd'hui après sa mort jusque dans ses amis. Si vous redoutez son crédit , chargez quelque autre que moi de faire un discours qui lui convienne : je ne puis dissimuler sur de si grands intérêts. Ma morale est toute d'une pièce: je ne saurais ni contrefaire l'aihec à Tlnniiut, ni le

bigot dans un village. Rendez-moi à mes propres travaux, à ma solitude, à la nature; en rejetant le travail dont vous m'avez cliarpfé, il y va non de mon honneur, mais du vôtre. Vous devez être certains que si vous flattez cette secte insensée , elle vous subjuguera, elle vous ôtera jusqu'à la liberté de vos élections, de vos choix, de vos opinions, comme elie a déjà tenté de le faire. Elle forcei^ chacun de vous à professer l'erreur sur laquelle elle fonde son ambition. Mais pourquoi la craindriez -vous ? La république vous donne à tous la liberté de parler; Taccorderairelle aux uns pour nier publiquement la Divinité, et la refuserait elle aux autres pour en faire lavœu? î^os gouvernans ne propagent-ils pas euxmêmes la théophilanthropie? La déclaration de 1 existence d'un Etre-Supréme n'est-elle pas inscrite sur tous les anciens monumens religieux de la France? On nous a dit qu'elle était Touvrage du régime de Robespierre, et qu'elle avait été abrogée avec lui. Voyez comme l'esprit de parti aveugle les hommes et leur fait méconnaître jusqu'aux faits qui sont sous leurs yeux : non seulement cet hommage rendu à la Divinité existe au frontispice des anciennes églises qui servent aujourd'hui à rassembler les citoyens, mais il est à la tête même de notre constitution ; il en est le début, le témoignage, la sanction sacrée; c'est sous ces auspices qu'elle est faite. € Le peuple français, y est-il dit, proclame, en

DE BERNARDIN DK S.-IMERRE. 359

présence de V Etre-Suprême , la déclaration des droits et des devoirs de Thomme et du citoyen. » La classe des sciences morales et politiques rougirait-elle de terminer un rapport sur ces mêmes droits et ces mêmes devoirs par ua liommap^e dontrAssemblée nationale s'e>t honorée à la tête de la constitution ?

« Mais j ai honte moi-même de vous excitera votre devoir, chers confrères, vous, dont les lumières m'éclairent et dont les vertus m'animent; décidez-vous donc à 1 exemple des représentans du peuple, vous qui êtes les représentans permanens des lois et des mœurs. Il v va de la vérité fondamentale de toute société humaine, du frein à imposer aux niéchans , qui se feraient une autorité de votre silence, et du repos des gens de bien, qui en frémiraient. Vous rappellerez par vos aveux des frères égarés , mais estimables même dans leur misanthropie, au centre commun de toutes les lumières et de tous les sentimens. C'est la méchanceté des hommes qui leur fait méconnaître une Providence dans la nature : ils sont connue les enfans qui repoussent leur mère, parce qu'ils ont été blessés par leurs compagnons; mais ils ne se débattent quentre ^es bras. Votre confiance ranimera leur confiance. Déclarez donc à l'Institut que vous regardez l'existence de Dieu comme la base de toute morale : si quelques inirigans en murmurent, le genre humain vous applaudira. »

Toute l"éloqaenc:e de Bernardin fut dépensée en pure perte, comme il pouvait s'y attendre, et il ne lui fut pas permis d'achever sa lecture; il demanda donc subsidiairement « que lorsqu'un des membres s'oublierait assez pour dire des personnalités , il fut rappelé, non à l'ordre, parce qu'un commandement subit irrite quelquefois la colère , mais à la fraternité d abord par le président , et à son défaut par la classe , et si ces sommations fraternelles ne servaient de rien, que la séance fût levée ; » proposition dont il désirait , disait-il en terminant, qu il ne fût pas fait mention au procès-verbal (i). Quant à la fin de son rapport, il la fit imprimer et distribuer à la porte de rinstitut, sans dire pour quelle raison il agissait ainsi ; il lui suffisait de faire savoir à tous que ses opinions n'avaient pas changé avec les circonstances; il ne voulait pas d'une censure pour les autres, il ne demandait quinie jubtificaiion pour lui.

Les expressions d'une lettre insérée dans sa correspondance témoignent de la fréquence de ces disputes et du ton daigreur qui y régnait. Cette fois le sujet n'était pas grave; il s'agissait d'un exemple cité dans le Dictionnaire de l\4cadémie. Au mot Appartenir^ on avait inséré cette phrase : Il appartient à un père de châtier ses en-

(i) Pièces ja$tificaii\f= iur Bernardia de Saint-Pierre, OEuvres p-'sthuraes . p. ^09

DF BEHNAFOIN DK S.-PimRK. 561

fans; je leur ai dit, écrit- il , qu il était étrange que sur cent devoirs qui liaient un pore à ses enfans, ils eussent choisi celui qui pouvait le leur rendre odieux. Là-dessus, Moreliet, le dur; Suard, le pâle; Parny, Térotique; Naigeon , Tathée, et autres, tous citant FÉcriture et criant à la fois, m ont assailli de passages et se sont réunis contre moi, suivant leur coutume. Alors m'animant à mon tour, je leur ai dit que leurs citations étaient de pédans et de gens de collège, et que quand je serais seul de mon opinion , je la maintiendrais contre tous. Ils ont été aux voix, levant tous la main au ciel; et comme ils s'applaudissaient d'avoir une majorité très grande, je leur ai dit que je récusais leur témoignage , parce qu'ils étaient tous célibataires (i).

Ce n'était pas simplement de l'opposition, comme on le voit, c'était de l'animosité , c'était de la haine.

Quelques mois après la scène scandaleuse que nous venons de rapporter, Bernardin de Saint- Pierre lut à la même assemblée son dialogue intitulé la Mort de Socratc.

Voltaire avait fait un pamphlet sur la mort du plus sage des Grecs; c'est sous le même point de vue que Bernardin a considéré son sujet. Dans la première scène, les accusateurs de Socrate ont pénétré dans sa prison et cherchent ù l'amener à

(i) Corrcjpùiiilaixc , t. UI , p. 269,

une rétractation. Il faut (Vabord qu'il avoue avoir eu tort de ne pas admettre des systèmes auxquels ils croient, disent-ils, Tun parce que d'anciens livres, Tautre parce que Démocrite les ont préconisés. L'un d'eux voudrait, comme l'avait demandé Gondorcet, une loi qui constatât les opinions reçues en phvsique, et défendit de s'en écarter sous peine de punition , la science devant être réservée aux physiciens comme la religion aux prêtres. Vous êtes père de famille, lui dit un autre, vous jouissez encore d'une vieillesse vigoureuse, vous persuadez tout ce que vous voulez, il n est rien oii vous ne puissiez parvenir; faites comme les autres , flattez les grands, intriguez auprès des petits , nous vous aiderons, mais adoptez notre svstème dont le calcul a démontré la vérité, et parlez-nous en style scientifique. L'éloquence est un langage indigne d'un philosophe, le squelette de la pensée est préférable à toutes ces bouffissures; reconnaissez et avouez que vous vous êtes trompé, nous ne demandons que cela pour vous sauver. Socrate ou plutôt Bernardin de Saint-Pierre répond par ce qu'il a déjà dit de la Providence et du monde dans les Etudes; il confond ses accusateurs; il se justifie également contre le reproche d'avoir épousé Myrtho, la petite fille du juste Aristide, une femme délicate qui ne prend pas même soin de ses enfans; et contre les plaintes de son autre femme Xantippe, ame franche et aimante, mais étroite, pro-

DE BERNARDIN DE S.-PîtRPj:. o63

saïque et tracassière , qui mourrait pour sauver son mari , mais qui mourrait aussi si elle ne le faisait souftVir. C'était donc un plaidoyer que Bernardin voulait faire, car si Ton en e^^cepte le svstème du monde exposé dans les Etudes et l'espoir exprimé par Socrate que son âme ira rejoindre dans le soleil les âmes des autres justes, idée qui se trouve développée dans les Harmonies ^ le reste du dialogue ne contient que ce qui se trouve dans Xénophon, Platon et Plutarque.

La lecture en fut écoutée sans défaveur à l'Institut, grâce aux nobles sentimens qui s'y trouvent entremêlés; mais bien qu'inséré dans le Mercure en 1807 , et publié Tannée suivante, cet ouvrage ne paraît pas avoir attiré l'attention. I^a tournure d'esprit de l'auteur était au reste trop antipathique à de pareils sujets pour pouvoir y répandre cette vie qui, dans une œuvre d'art, fair pardonner tous les défauts, et dont aucune autre' qualité ne peut tenir lieu.

On voit qu'aussi long-temps que la classe de morale tint ses séances, il ne fut guère possible h Bernardin de Saint-Pierre, qui travaillait très difficilement, de s'occuper de ses travaux chéris vers lesquels il avait toujours les yeux tournés. Aussi tremblait-il de voir adopter le plan de Rœderer qui voulait faire publier chaque année par l'Académie quatre gros volumes de comptes-rendus des ouvrages nouveaux , outre le Dictionnaire qu'on ne devait pas perdre de vue. Non-seule-

jnent Id proposition ne fut pas adoptée, inai§ la classe de morale fut supprimée peu de temps après ; Tauteur de Paul et Virginie passa dans la classe de langue et de littérature française.

Aucun des travaux que Bernardin de Saint-Pierre Ht pour rinstitut, n a été inséré dans les Mémoires de sa classe; il v en avait cependant d'assez importans. M. x\imé-Martin (i) en cite cinq : Tun ou l'auteur se prononçait avec énergie contre Témulation et les concours académiques; un autre où à propos Jinstructions données au capitaine, aujourd'hui amiral Baudin, il demandait qu'un corps de musique fût placé sur les bàtimens de rÉtat pendant les longs voyages, idée qui a été quelquefois mise à profit depuis; les trois autres avaient trait aux marées de l'hémisphère austral, aux contrefaçons, et à la nécessité de motiver les choix des candidats présentés pour chaque classe.

Vers la njéme époque. Bernardin de Saint- Pierre publia dans plusieurs journaux et écrits périodiques des lettres et des mémoires en faveur de sa théorie des marées que les savans s'obstinaient à traiter avec dédain, et dont ^>apoléon lui disait qu'il ferait justice lui-même s'il voulait apprendre le calcul intégral. Son principal argument était le fait souvent renouvelé de

(i) De la nature de la wo.- ilc , prét'aco. OEuvres de Bern3r<lin île Saint-Pierre . p. C>4G.

bouteilles contenant des lettres jetées au milieu de la mer, que, conformément à sa théorie, les courans avaient portées tantôt au nord , tantôt au sud.

C'est à cette épocjue aussi que, ruiné par la faillite d'un banquier chez lequel il avait placé ses économies, il songea à faire de Paul et l'ircjinie une édition de luxe ornée de six magnifiques gravures exécutées sur les dessins des plus habiles peintres, Girodet, Gérard, Moreau, Prud'hon et Isabey. Cette édition sur laquelle il comptait pour réparer sa fortune acheva de le ruiner, et un préambule où il se plaint amèrement des critiques, de lui aliéner les esprits de ses confrères et des savans.

Une partie seulement de ce préambule a été insérée dans les œuvres complètes, encore a-t-elle été scindée en deux parties, Tune sous le titre d'Extrait du préambule, etc., et l'autre intitulée Dialogue sur la critique et les journaux.

Saint-Pierre offrit un exemplaire de cette édition à Napoléon, le 16 février 1806, en audience bolennelle.

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