CHAPITRE lU
Ouvrages littéraires de Bernardin de Sainl-Pierre. — Paul et k'irgmie.
— La Chaumière indienne. — Le Café de Surate. — Fc^a^e en Si" lésie. — La Pierre (f Abraham, — EmpsaeL—Les ^' adages de Codrui,
— Le Pavion du Danube. — Eiofje de ï«o?j ami.
Quatre ans après lapparition des Etudes ^ Bernardin de Saint-Pierre publiait Paul et Virginie.
Le chef-d'œuvre d'un e'crivain qui s'est illustré par des ouvrages d'imagination , est ordinairement celui dont la donnée a quelque chose de personnel , celui où il lui a été permis de s'appuyer çà et là sur des souvenirs.il en résulte dans l'œuvre une certaine émotion qui se communique au lecteur, un certain air de vérité qui saisit et pénètre. C'est dans sa maison que Molière a puisé le sujet de son Misofithrope, De la vo-
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lumineuse collection de l'révost, un seul romau surnage , Manon Lescaut, qui n'était qu'un épisode de sa vie transformé et complété. Les fables vraiment inspirées de La Fontaine sont celles où il ne fait que raconter les impressions de ses promenades à travers champs. Il serait facile de multiplier les exemples; si la vie des écrivains, surtout des écrivains qui n'ont laissé qu'un bon ouvrage à côté d'un grand nombre de médiocres, nous était mieux connue, tout porte à croire qu'on pourrait suivre dans cet écrit unique la trace des impressions et des événemens qui l'ont produit , comme il est facile de retrouver une partie de Paul et Firgùae dans la vie et quelque peu dans les lectures de Bernardin de Saint-Pierre.
Bernardin de Saint-Pierre avait long-temps conçu ridée d'établir une colonie dans une nature vierge; il avait d'abord songé à la rendre très nombreuse; plus tard ces projets se réduisirent aux proportions de la famille. La même gradation se trouve dans ses romans. Il tente la peinture d'une république sur une large échelle avant celle d'une république composée de deux cases, \ ^rcadie avant Fircjùiie.
Les projets de colonisation avaient été éveillés en lui, on se le rappelle, par la lecture de Bobiitson; le lieu où il a placé la scène de sa pastorale, il avait eu tout le temps de l'étudier alors qu'il le parcourait tristement avec son chien, pensant à
lo
la France et à la Pologne, et ne prévoyant guère qu'un jour, la distance aidant, il le peindrait de si riches et si douces couleurs. Lui aussi avait comme ses héros voyagé dans les montagnes de l'fle de France, et passé la nuit dans les bois avecla crainte des noirs marrons; la princesse Marie avait demandé la grâce d'une esclave commeYirginie dans le roman ; son nègre Tavait passé sur son dos à travers une rivière comme Paul sa compagne; le maître du berger délivré par don Quichotte avait promis, comme le planteur, de faire grâce et n'avait pas mieux tenu sa promesse; Fidèle n'est autre que Favori , le chien qui à Port-Louis tenait compagnie à Bernardin, et la manière dont il retrouve ses jeunes maîtres est tirée des Lettres d'un cultivateur Aynérkain, par Grevecœur. Les traits de Tenfance de ces deux enfans , leurs noms mêmes sont des allusions, des souvenirs. Virginie porte les appellations réunies de M"' Taubenbeim et de M"* de La Tour; le mari de madame de La Tour lui est inférieur en naissance comme Bernardin Tétait à la princesse, et sa famille aussi la persécute pour cet amour. L'idée de placer deux cocotiers à la naissance de Paul et de Virginie, a été réclamée par Delille, qui en effet 1 avait émise dans son poème des Jardins, imprimé trois ans avant les Etudes. Delille n'était pas assez riche de ses propres idées pour pouvoir s'en laisser enlever, mais il est probable que si Bernardin a pris celle-là dans ce poème, il ne l'aurait pas
moins trouvée sans lui (i). Il avait vu lui-même le joli tableau des enfans à Tabri sous le même jupon comme les enfans de Léda éclos dans la même coquille. La tante du roman n'est pas sans rapport avec la sœur de l'écrivain; le vieux ço^
(i) Voici les vers de Delille :
Oh ! combien des Lapons l'usage heureux m'enchante!
Qu'ils sa\ent bien tromper leurs hivers rigoureux!
jNos superbes tilleuls , nos ormeaux vigoureux ,
De ces champs ennemis redoutent la froidure,
De quelqnes noirs sapins l'indigente verdure
Par intervalle à peine y perce les frimas :
Mais le moindre arbrisseau qu'épargnent ces climats,
Par des charmes plus doux à leurs regards sait plaire.
Planté pour un ami , pour un fils , pour un père ,
Pour un hôte qui part emportant leurs regrets.
Il en reçut le nom, le nom cher à jamais.
Vous dont un ciel plus pur éclaire la patrie, Vous pouvez imiter cette heureuse industrie : Elle animera tout; vos arbres, vos bosquets. Dès lors ne seront plus ni déserts, ni muets; Ils seront habiles de souvenirs sans nombre, Et vos amis absens embelliront leur ombre.
Qui vous empêche encore , quand les bontés des dieux D'un enfant désiré comblent enfin vos vœux , De consacrer ce jour, par les tiges naissantes D'un bocage, d'un bois?
Puis s'adressant à la reine qui venait de mettre au monde un héritier de la couronne que la mort enleva avant la révolution, le poète continue ;
D'autres dans les transports que ce beau jour inspire, Animeront la toile, ou le marbre, ou la lyre; Moi, l'humble ami des champs, j'irai dans ce séjour On Flore ci les Zéphyrs composent seuls ta couri
Ion, s'il nest pas Bernardin lui-même, est au moins comme Saint-Preux était pour Rousseau , ce qu'il aurait voulu être, et les écrivains qui les derniers ont porté le sujet de ce roman sur la scène ont agi suivant le vœu de Fauteur en le substituant au colon. Dans le Vovage il raconte deux ouragans qui lui ont servi de modèle pour peindre celui qui bouleverse le Repos de Virginie et la tempête qui amène sa mort; il indique également dans cet ouvrage Foriginal d'après lequel il a peint Fétat de l'babitation au moment de l'arrivée de M. de Labourdonnaye.
La situation de deux enfans qui s'ignorent et entre lesquels Tamour s'éveille, a été placée plus de dix fois sur la scène et elle fait le fond du joli roman de Dap/mis et Chloé. L'amour de Paul, la séparation des deux amans, le désespoir même de celui qui reste, ses projets insensés, ses agitations, Saint-Pierre avait éprouvé tout cela en Pologne, et il l'avait déjà raconté dans XArcadie, Le dialogue du vieillard contient les plaintes qu'il avait lui-même souvent articulées contre le
J'irai dans Trianon; là pour unique hommage, Je consacre à ton fils des arbres de son âge, Un bosquet de son nom. Ce simple monument, Ces tiges , de tes bois le plus cher ornement , Tes yeux les verront croître, et croissant avec elles, Ton fils viendra chercher leurs ombres fraternellei.
An reste, s'il est vrai qac dans celle circonstance Bernardin de Saint-Pierre ait emprunté rpielqne cho.-c à Delille , Delille \t lui « bien rendu pins tard.
siècle, mais avec moins d'abandon et plus d'humeur; quant à la catastrophe, le naufrage du Saint-Géran était vrai, il était vrai qu'une jeune fille s'était laissée engloutir plutôt que de se jeter à l'eau, malgré les instantes prières d'un jeune homme qui était probablement son amant.
Tout le roman se trouvait donc dans les souvenirs de Bernardin de Saint-Pierre , mais épars et sans liens, il le coordonna et en tira cet ensemble harmonieux que toute âme aimante a souvent relu. Quand elle invente, l'imagination rapproche et combine les faits, mais elle ne les crée pas. 11 est peu d'hommes dans la vie desquels il n'vait matière à plusieurs romans, et cependant les chefs-d'œuvre en ce genre sont très rares; c'est qu'il faut saroir choisir et distribuer ses souvenirs, y rattacher des idées, des caractères, des événemens; c'est qu'il faut le talent de développer un sujet dans un style approprié aux faits qu'il s'agit de retracer; c'est qu'il faut cette émotion, cette force de sentiment qui fait palpiter la chair sous la peau, battre le cœur sous le langage; c'est qu'il faut avant tout l'heureux accord du thème avec la tournure d'esprit et le talent particulier de l'écrivain , et que la réunion de toutes ces qualités et de ces circonstances est infiniment rare.
Le sujet de Paul et Firginie réunissait en lui toutes les conditions qui pouvaient le rendre propre à être bien traité par Bernardin de Saint»
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Pierre. Plus vaste ou plus étroit, placé en des circonstances pu avec des caractères différens, l'auteur eut pu manquer quelques parties de son tableau ; mais ici il n'avait à peindre que ce qu'il ainiait, et même le cadre était si heureusement choisi y qu'il pouvait y placer tout ce qu'il aimait ; pas de complication dans les caractères ni dans les événemens : des passions simples, un sentiment combattu par un seul sentiment , la lutte de la pudeur contre l'amour, la lutte de l'amour contre les passions ambitieuses , la lutte de la pudeur contre l'instinct de la vie , et le désir de revoir un amant et une mère : voilà les trois phases de la vie de Virginie , le seul personnage che? lequel il y ait combat; les autres vont à leur but avec la précision de la passion antique; l'action se développe dans une campagne neuve, su milieu d'une végétation qu'il s'agissait de révéler à l'Europe , à l'ombre des cocotiers, au milieu des bois, et cette situation permet à l'écrivain de tracer sans superfluité les magnifiques tableaux qu il excellait à rendre j ces tableaux font plus qu'encadrer les scènes, ils s'y mêlent, ils sont dans l'ouvrage ce que le ciel est dans un paysage; l'auteur pouvait aussi v développer cette bienveillance universelle, non pas seulement pour l'homme, mais pour les oiseaux, mais pour tout le règne animal, qu'il avait au fond du cœur; la partie dans laquelle il eût été faible ou même mauvais, la peinture de la société, pouvait n'être
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abordée que de profil; la tante, bien qu'agissant dans tout. Fouvrage et faisant le nœud de Fia^ trigue, pouvait être rejetée au dernier plan, e% même être un peu exagérée sans que la beauté du tableau en pût souffrir. Aussi, à quelques lignes près où il y a peut-être un peu de maur vaise humeur et de maussaderie , toutes les parties de cet ouvrage sont-elles d'une perfepr tien irréprochable.
< Ce qui me frappe surtout dans Paul et Vir-f ginie^ dit M. de Sainte-Beuve qui a consacré unç excellente notice à Bernardin de Saint-Pierre dans ses Critiques et Portraits , c'est comme tout est court, simple, sans un mot de trop, tournant vite au tableau enchanteur; c'est cette succession d'aimables et douces pensées, vêtues chacune d'une seule image , comme d'un morceau de lin sans suture, hasard heureux qui sied à la beauté. Chaque alinéa est bien coupé en de justes mojnens comme une respiration légèrement inégale, qui finit par un sou touchant ou une tiède haleine. Chaque petit ensemble aboutit, non pas à un trait aiguisé , mais à quelque image soit naturelle et végétale , soit prise aux souvenirs grecs. On se figure une suite de jolies collines dont chacune est terminée au regard par un arbre gra-^ cieux ou par un tombeau. Cette nature de bananiers , d'orangers et de jam-roses est décrite dans son détail et sa splendeur, mais avec sobriété pncore, avec nuances distinctes, avec composi-
tion toujours; qu'on se rappelle ce soleil couchant qui , en pénétrant sous le percé de la forêt, va éveiller les oiseaux silencieux, et leur fait croire à une nouvelle aurore! Dans les descriptions, les odeurs se mêlent à propos aux couleurs, signe de délicatesse et de sensibilité qu'on ne trouve guère, ce me semble, chez un poète moderne, le plus prodigue d'éclat. — Des groupes dignes de Virgile peignant son Andromaque dans l'exil de Thrace , des fonds clairs comme ceux de Raphaël dans ses horizons d'idumée, la réminiscence classique, en ce qu'elle a d'immortel, mariée adorablement à la plus vierge nature ; dès le début, un entrelacement de conditions nobles et roturières, sans affectation aucune , et faisant tableau autour du berceau; dans le stvle bien des noms nouveaux, étrangers même, devenus jumeaux des anciens, et, comme il est dit, mille appellations charmantes ; sur chaque point une mesure, une discrétion , une distribution accomplie , conciliant toutes les touches convenantes et tous les accords! En accords, en harmonies lointaines qui se répondent , Paul et Virginie est comme la nature.
«Quil est bien, par exemple, de nous montrer à la fin d'une scène joveuse Virginie, à qui ces jeux de Paul ( d'aller au-devant des lames sur les récifs , et de se sauver devant leurs grandes volutes écumeuses et mugissantes jusque sur la grève) font pousser des cris de peur! Présagea
peine touché déjà pressenti ! A partir de ce moment, depuis ce cri perçant de Virginie pour un sini[)le jeu, le calme est troublé; la langueur amoureuse dont elle est atteinte la première et à laquelle Paul d abord ne comprend rien ( autre délicatesse pudique), va s'augmenter de jour en jour et nous incliner au deuil ; on entrer, pour n'en plus sortir, dans le pathétique et dans les larmes (r). >
Mais ce qui fait surtout le charme de Paul et Virginie, ce n'est pas encore toute cette perfection de forme, cette délicatesse de pensée, cette richesse de couleur, cet art de demi-teintes qu'on y admire si justement, c'est surtout cette émotion contenue, ce ton triste et pénétré que l'auteur du Génie du Christianisme compare à Féclat uniforme que répand la lune sur une solitude parée de Heurs, ce sentiment religieux qui sait allier la chasteté à la mollesse. Ij'Jrcadie était une inspiration de Virgile ; l'histoire des deux créoles est pleine de souvenirs des livres saints. Les noms de Ruth, de Sephora, de Laban, jettent dans le récit de longues échappées de vue qui semblent relier file de France à l'antique Judée, et faire toucher les époques. L'Evangile, surtout ce livre divin , qui n'apparaît jamais sans apporter une consolation , colore toutes les pages de cette pastorale de ses affectueux reflets, et sem-
{«) SrfsHlc-BcuTf . Ciitùfuei et pot (ra,l« , i. IV.
ble lui communiquer quelque chose de sa divine influence.
On a rapproché Paul et Virginie de Daphnis et Chloé\ mais ce qui n'est que gracieux , souriant et voluptueux dans le roman grec, est chaste et passionné dans le roman français. Daphnis et Chloé parle à l'esprit, aux sens même; on sourit, on n'est pas ému. Paul et Virginie parle à l'âme, il respire le dévouement, le devoir, la vertu; combien les combats de Virginie sont plus touchans que la naïve ignorance de Chloé I ajoutez que Virginie est bien plus femme ; cet amour qui se cache , s'ignore , puis déborde tout-à-coup quand sa mère lui laisse voir qu'elle l'a devinée ; cette pudeur dont elle s'enveloppe , quand Paul veut l'entourer des caresses d'autrefois; cette réserve féminine qui ne j ette sa pensée la plus caressée que dans le post-scriptum d'une lettre, et ce sentiment qui fait qu elle aime mieux mourir que d'être profanée par un regard indiscret : tout cela est admirablement compris et profondément senti ; tout cela fait de Virginie une créature vraie et idéale à la fois, d'une pureté ravissante. « 11 n'est pas, dit M. Villemain (i), dans la littérature ancienne et moderne de terme de comparaison où l'avantage poétique de la civilisation chrétienne se fasse mieux sentir. >
Après avoir déposé toute son àme dans cet
(i) Essai sur les roinas» grec*. Mélanges ; u U.
DE BERNARDIN DE S. -PIERRE. 51 î
^crit, après Tavoir recopie jusqu'à onze fois avec un amour d'artiste. Bernardin de Saint-Pierre voulut en essaver Teffet. Cette tentative eut un si mauvais succès , qu'elle faillit le faire renoncer pour jamais à la littérature.
En quittant la Prusse , il avait emporté une lettre de recommandation du prince Dolgorouski, ambassadeur de Russie en Prusse, pour le banquier Germanv, frère de Necker. II fut si bien accueilli dans cette maison que, même après qu'il eut juré haine au monde, il continua d'y aller quelquefois. Madame Germanv était bossue , mais elle ressemblait fort à la princesse Marie , et Bernardin se laissait parfois aller jusqu'à la louer sur sa beauté. « Si je le croyais, disait-elle, il finirait par me persuader que ma bosse m'embellit ; mais il faut lui pardonner, car il croit ce qu'il dit et ne flatte que ceux qu'il aime. >
Saint-Pierre eut occasion de rencontrer quelquefois chez elle M. et madame Necker, l'un toujours froid et préoccupé, l'autre raide et prétentieuse. Madame Necker l'attira dans ses salons , où il se retrouva avec la plupart des écrivains qu'il avait quittés : Marmontel, Saint-Lambert, Thomas , Laharpe , Delille , Suard et Morellet étaient les habitués de ces soirées. Buffon même y paraissait quelquefois avec ses habits magnifiques et son langage trivial , et dans ce cas c'était lui qui présidait. Les Études n'avaient pas eucore
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paru , et Bernardin se serait trouvé perdu dans la foule^ si 1 abbé Arnaud ne se fût constitué son prônenr. Il apprit, il est vrai, au bout de quelque temps que cette générosité n'était pas désintéressée ; l'abbé voulait 1 amener à écrire pour îsecker contre Maurepas ; il refusa, et madame IS'ecker qui l'apprit, ne le lui pardonna jamais.
Cependant, à quelque distance de là, elle l'engagea à lire chez elle quelqu'un de ses écrits. Paul et Firginie venait d'être achevé; ce fut ce roman qu'il choisit.
Jamais auditoire ne fut plus mal composé pour entendre un ouvrage qui a besoin d'être lu dans la campagne, à l'ombre des aubépines ou au moins sous un berceau de chèvrefeuille et de roses. Necker, Thomas, Chastellux, l'abbé Galiani, Morellet n'avaient jamais pensé qu'il y eût un autre sujet d'études littéraires que le travail de l'esprit humain sur lui-même. Buffon qui assistait aussi à la lecture, semblait devoir être plus sensible à ces chaudes descriptions de la nature torridienne , mais il dut en trouver le style trop simple et trop rempli d'expressions particulières et précises. A peine la lecture fut-elle commencée, qu'une partie des auditeurs témoignaient leur impatience : Thomas bailla , l'abbé Galiani s'esquiva, Buffon demanda ses chevaux, les femmes qui avaient pleuré s essuyèrent les yeux , comme honteuses de s'être laissées attendrir, et quand Saint-Pierre eut achevé la lecture de sou
DE FiERNARDîN' DR S.-PîKRRF. 51?)
chef-d'œuvre , le salon était presque désert; ce qui restait d'auditeurs demeura froid; madame îsecker accorda à peine quelques éloges; en revanche , elle critiqua vivement le dialogue de Paul et du vieillard qu'elle appelait un verre d'eau à la glace. Bernardin sortit désespéré.
Cependant il en coûte de renoncer à une idée qu'on a long-temps poursuivie , et la conscience d'avoir fait un bon ouvrage n'est jamais tout-àfait étouffée sous la critique. Joseph Vernet alla à quelque temps de là visiter Bernardin dans son donjon de la rue Saint-Etienne-du-Mont j celui-ci lui raconta sa mésaventure, le peintre voulut être mis à portée déjuger par lui-même. Le manuscrit qui avait été jeté dans un coin fut déroulé, et Bernardin commença à lire. Vernet écouta avec quelque défiance d abord, mais bientôt le juge mal prévenu devient un auditeur enthousiaste : à chaque page il se récrie sur la fraîcheur et Theureuse distribution des couleurs. Bernardin veut passer le dialogue , Vernet insiste pour l'entendre, et trouve que loin de nuire à l'effet, il donne de la perspective au tableau. Bientôt il partage les angoisses de Paul, il admire la peinture sombre et profondément vraie de la nuit du naufrage; il ne trouve pas à reprendre un mot, une ligne , et la lecture finie, il embrasse son ami en l'assurant qu'il a fait un chef-d'œuvre.
Le public fut de l'avis de Vernet. L'ouvrage eut un succès immense; en un an on en ht plus
de cinquante contrefaçons , on ie traduisit dans toutes les langues de l'Europe ; les théâtres s'en emparèrent, bien que le sujet pût s'adapter difficilement à une scène où Ton exigeait l'unité de temps; on en fit des romances, des idylles; la gravure en vulgarisa les scènes, et pendant longtemps toute la France se couvrit d'enfans auxquels leurs parens avaient imposé les noms des deux créoles.
Bernardin de Saint-Pierre fut accablé non seulement de lettres de félicitation, mais de questions sur la vérité des faits qu'il avait racontés, c L'homme, disait-il à ce sujet, ressemble à un enfant. Donnez une rose à un enfant , d'abord il en jouit, bientôt il veut la connaître; il en examine les feuilles , puis il les détache l'ime après l'autre, et quand il en connaît l'ensemble , il n'a plus de rose. Télémaque, Clarisse et tant d'autres sujets qui nous portent à la vertu ou nous font verser des larmes sont-ils vrais (i)? »
Cependant il ne démentit pas l'opinion commune qui voulait que les faits fussent réels. Il ne se contenta pas même, comme Rousseau Tavait fait pour sa Julie , de laisser le public dans le doute : dans le préambule de son édition in-4°, sans mentir à l'exacte vérité , il s'exprime de manière à faire croire que tout son récit était vrai. Il sappuie même du témoignage de madame
(l) Préambule d« IVd. JU'4^ àt Paul et Virginia. OEkiTr«s, p. 775,
de Bonneuil, femme d'un valet de chambre du comie de Provence, depuis Louis XVIII, qui lui avait affirmé que la jeune personne morte à bord du Saint-Géran était sa parente. Il y avait probablement confusion dans l'esprit de cette dame , car il a été prouvé depuis que mademoiselle Caillou , qui était à bord du Saint-Géran, lorsqu'il fit naufrage, non pas au inilieu de la nuit et en décembre, mais en août, au milieu du jour, par un beau temps et uniquement par Timpéritie du capitaine, ne tenait par aucun lien à la famille de madame de Bonneuil. Au reste , cette demoiselle n'était pas créole, et se rendait à l'Ile de France pour la première fois. Mademoiselle Maillet , dit un témoin dans le procès-verbal du naufrage qui a été publié, se tenait sur le gaillard d'arrière, avec M. de Peramont qui ne l'abandonnait pas; mademoiselle Caillou était sur le gaillard d'avant avec MM. Yillamois, Gresle-Guiné et Longcbamp de Montendre. Ce dernier était enseigne de vaisseau; il descendit le long du bord pour se jeter à la mer, et remonta presque aussitôt pour décider mademoiselle Caillou à se jeter à l'eau; elle ne voulut pas y consentir, et il se laissa mourir avec elle. Le capitaine, qui s'appelait Delamare et non Aubin, ne voulut quitter ni ses habits ni ses papiers et se noya. La plus grande partie de l'équipage se sauva à l'île d'Ambre.
Voilà ce qui résulte de la procédure que Bernardin de Saint-Pierre ne peut, au reste, avoir
connue, puisqaelle ne fut publiée que quarantequatre ans après le naufrage. Quant aux noms qui dans le roman sont la suite de la catastrophe, ils existaient presque tous long-temps avant le naufrage du Saint-Géran (i).
Le petit charlatanisme d'avoir laissé croire à la vérité du fait fondamental de Paul et Virginie a été amèrement reproché à Bernardin de Saint- Pierre par la Biographie universelle. Il serait à désirer que Taiiteur de l'arricle n eût pas donné lui-même d'entorses plus graves à la vérité.
Les journaux qui avaient refusé leur publicité aux Etudes ou qui les avaient critiquées, applaudirent comme les autres à Paul et Virginie. Grimm lui-même proclama cette pastorale un délicieux ouvrage. Ainsi cette fois le succès de Bernardin fut sans restriction, et il ne se mêla pas un seul insulteur à son triomphe.
La Chaumière indienne ne parut que quatre années plus tard. A l'occasion d'un navire qui avait mouillé à l'Ile de France en revenant de l'Inde, Bernardin de Saint-Pierre avait dans son Voyage inséré un passage sur une peste qui désolait le Bengale et des considérations sur l'Inde; mais le censeur en avait exigé le retranchement,
(i) Voyez pour plus de détails : Etude sur la partie Uttèmire de Paul et Virginie, par Lemonicy, iuscree à la 8uiie du t. IV des Etufln de [anadire, édit. de i.SaS, in-8". Celle Bolice e^t çurieu.'e, mai* h ieeiure cb est cxccîMreffleHi fmiganie.
Di: IJLIINARDIN UE S.- Pi EHRi:. 517
])arce qu'il se trouvait quelque chose qui aurait pu blesser l'An^jleterre.
II paraît, d après quelques mots de lavis qui précède la C/iamnière indienne, que lorsque la presse devint libre , il avait sou^é à rétablir ce passage dans une nouvelle édition de son Voyage^ et à V joindre un petit conte indien détaché de Wîrcadie; niais , le conte fait, il reconnut que ce serait un hors-d'œnvre, et il se décida à le publier séparément.
Le sujet en est très simple. L'envoi d'un savant dans l'Inde par l'Angleterre , la réception qui fut faite à Bernardin par une baronne autrichienne, les idées de retraite de J.-J. Rousseau, l'incendie delà manufacture du comte de Lomorow en Russie et les contes de Voltaire , tels sont les souvenirs sous l'influence desquels la Chaumière indienne semble avoir été écrite.
Les coutumes superstitieuses de l'Inde sont raillées dans cet ouvrage avec une légèreté , une verve qui rappelle les meilleurs contes de Voltaire; mais Voltaire n'a que de l'esprit, Bernardin a de l'onction et de la magnificence ; les maximes de ce Paria qui trouve le moyeu d'être heureuxdans son désert, ont toute la grâce de Fénelon avec un ton plus ferme , et toute la douceur, tout le charme oriental de l'Evangile; dans la peinture de la végétation sauvage de l'Inde, dans celle de l'orage et des maux de la grande ville , on retrouve le style des Eludes ^ mais assoupli
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par l'exercice, et dans le court récit des amours du Paria et de la Bramine toute la fraîcheur de Paul et Virginie, avec moins d'émotion peut-être, mais plus de précision. L'ouvrage est [d'ailleurs semé de ces belles images orientales familières à l'auteur, comme celle-ci: « Le malheur ressemble à la montagne noire du Bember aux extrémités du royaume brûlant de Lahor : tant que vous la montez, vous ne voyez devant vous que de sté-» riles rochers; mais quand vous êtes au sommet, vous apercevez le ciel sur votre tète, et à vos pieds le royaume de Cachemire, etc. »
La Chaumière indienne est à nos yeux l'ouvragô de Bernardin de Saint-Pierre où son style est parvenu à son plus haut point de perfection et a acquis, sans rien perdre de sa richesse ni de sa force, une franchise et une souplesse qui n'existent que rarement dans les Etudes. C'était aussi l'avis de M. -Joseph Chénier qui, dans son rapport à Napoléon sur l'état de la littérature (27 février 1808), proclamait la Chaumièi^e un chef-d'œuvre de style , et le meilleur, le plus moral comme le plus court des romans, et qui en opposait la sage mesure à ce qu'il appelait l'exagération de l'auteur dUAtala.
On voit que les philosophes d'abord opposés aux succès de Bernardin de Saint-Pierre avaient fini par les accepter et s'y associer. Us étaient allés vers lui, mais lui aussi s'était rapproché d'eux, et ils avaient pu voir non sans raison dans la Chaumière indienne une critique indirecte du
clergé catholique. Cette critique n'était probablement pas dans l'esprit de Bernardin, trop naïf pour employer ce moyen détourné d'exprimer sa pensée, surtout lorsqu'à l'époque de la publication rien ne Tempéchait de la dire en toute liberté ; mais Voltaire avait eu si souvent recours à cette ruse pour battre en brèche le christia-? nisme, que dans la langue du dix-huitième siècle, brame était devenu à peu près le synonyme de prêtre. Bernardin, dans son préambule, protesta énergiquement contre cette interprétation. Pour lui la Chaumière indienne n'était qu'un chaleureux plaidoyer en action contre les castes et les corps oppressifs; c'est une critique générale de la philosophie sophistique, et sous ce rapport l'ouvrage est un complément des Eludes et des Fœux d'un Solitaire , niais sous un autre il est aussi le complément de Paul et Virginie ; ce dernier ouvrage est le plan de réforme ou plutôt de rétrogression vers le passé : il est destiné à inspirer les sentimens qu'il faut avoir pour être heureux; la Chaumière indienne indique le pallia» lif, les dispositions transitoires, les sentimens qu'il faut avoir pour n'être pas malheureux.
M. Aimé-Martin raconte une anecdote qui prouve que ce petit conte a quelquefois produit ce résultat (i).
Dans l'hiver de 1796 un jeune homme de province, qui avait enseigné quelque temps dans une
(i) E;»ai, eic, p. Liv.
école publique, étant venu à perdre sa place,' tomba dans une extrême misère, et il était résolu à se tuer lorsque la Chawnière indienne lui tomba entre les mains ; cette lecture le rattacha à la vie ; mais le temps était affreux, une disette terrible désolait la capitale, et les riches ne pouvaient se procurer qu'à grand'peine de quoi vivre. Il erra quelques jours dans la campagne, essavant de se nourrir de racines comme le Paria ; mais le climat de la France ne traite pas aussi favorablement ses habitans que celui de Tlnde, et un jour, exténué de jeûnes et de fatigues , il se décida à aller demander dc^ secours à Rambouillet. Mais à peine entré dans la ville, il tomba sur le seuil d'une porte; on le recueillit et on le porta à Thopital. Ces secours arrivaient trop tard ; le malheureux jeune homme expira dix jours après ; mais avant de mourir , il pria qu'on rendît à Vauteur l'exemplaire de Fouvrage qui l'avait consolé et soutenu lorsqu'il était au comble de linfortune.
Les aventures du Paria offraient moins d'intérêt que celles des deux créoles de Tlle de France ; cependant le nouveau roman n'obtint guère moins de succès que son aîné, il eut comme lui les honneurs de la traduction dans les principales langues de l'Europe, du théâtre, de la gravure et de la contrefaçon.
Ce succès encouragea Bernardin de Saint-Pierre à entreprendre deux autres contes du même genre : le Café de Surate et le Voyage en Silési£ :
iJE der:\ai;I)IN im; s.-i'iKP.iiE. 521
ce sont encore des imitalions de ces bluettes pétillantes d'esprit , de rapprochemens inattendu.^ er d'impiété dont Voltaire amusait sa vieillesse; mais ici i'ftnitatenr, quoiqu'il ait plus d'àme, est inférieur au modèle. Bernardin avait besoin d'un cadre simple et d'an sujet rétréci, mais il fallait essentiellement que ce sujet prêtât au tableau ; la complication des événemens l'embarrassait, mais l'idée nue ne le soutenait pas assez. Cependant le premier de ces contes est très gracieux , et Toltaire eût pu Técrire dans un quart d'beure de religiosité. Thiant au T'oyage en Silésie, bien que raconté avec talent, il valait peu la peine d'être publié.
Bernardin de Saint-Pierre avait en outre laissé manuscrits deux contes qui n'ont été imprimés qu'après sa mort.
Le plus ancien en date est intitulé fort peu intelligiblement la Pierre d\4hraham;ce n'est au fond qu'un conte d'enfant de la contexture duquel l'auteur parait s'être peu préoccupé. L'ouvjagc semble formé de fragmens distincts écrits à diverses époques, de descriptions de nos climats, de résumés des idées de l'auteur sur les sciences naturelles et la morale, di5tribués en dialogues, coordonnés el groupés autour du souvenir de la j)rincesse Marie M (i).
Ce travail paraît avoir été lait au moment où dégoûté de la littérature par la lecture de Paul çt
Virginie chez madame ]!secker, Bernarilin projeta de jeter ses papiers au feu et de tâcher d'obtenir par l'entremise du ministre des finances quelque coiîi de bois à défricher. Le conte contient le tableau de la vie retirée qu'il rêvait dans un ermitage de ce genre entre une femme aimée et de jolis enfans.
Pour contraster avec ce tableau patriarcal, l'auteur a placé une famille endoctrinée par la philosophie de la nature; Fidée était bonne assurément; la plupart des sentimens qu'il prête à son Mondor sont bien aussi ceux que ce personnage devait avoir, et pourtant cette figure est fausse et grimaçante. Sa femme qui prend la fuite avec son amant et Tamant de sa fille est une monstruosité que rien n'explique; la morale de l'intérêt bien entendu, non plus que celle d'aucune société, quelque corrompue qu'elle soit, ne pousserait jamais une mère à se glorifier de s'être faite gratuitement la complice du déshonneur de sa fille. La tante dans Paul et Virginie a bien aussi peut-être quelque chose d'exagéré; plus en relief, il est probable qu'elle eût été manquée, mais elle reste vraie à la condition d'être loin ; les portraits que Bernardin fait de la société sont tracés par la haine, non par cette haine d'une âme forte qui devine le point vulnérable pour y appliquer le caustique, mais de cette haine ou plutôt de cette humeur tracassière qui, en exagérant ses coups, ferme les yeux par faiblesse et frappe
toujours à faux. Aussi, chez lui, ces personnages sont-ils force'ment des êtres sans vie dans le sein desquels jamais cœur humain n'a battu. Le Mondor de la Pierre d Abraham est dans ce cas.
Les autres caractères ont plus de vérité, mais ne sont pas tout-à-fait à Fabri du reproche de sensiblerie. On y voit aussi figurer une pavsanne bretonne qui ressemble un peu trop aux pavsanïies des contes de fée; mais en revanche le tableau de la famille patriarcale est charmant quoique beaucoup trop détaillé , et Bernardin a fait sagement d'y puiser pour en orner son Paul et Virginie. Il y a entre autres de charmans enfans peints avec tant d'amour et de vérité, qu'on croirait y reconnaître la main d'un père affectueux.
Empsael a encore plus que la Pierre d AbraJwm le défaut d'être d'une longueur excessive, mais les couleurs en sont moins disparates. Le but en est aussi plus élevé : c'est un appel à l'union , à l'amour entre tous les hommes, aux blancs en faveur des noirs , aux noirs en faveur des blancs; il y a là un certain Benezet qui vovage en dotant de plantes nouvelles les pavs par où il passe, er occupé uniquement du bonheur du genre humain, que Ton retrouve aussi au début de YAniazonr. Bernardin qui, dans chacun des contes précédens, a personnifié un de ses rêves; qui est tour à tour le vieux colon, le paria, le père, devient ici Benezet ; on sent, au reste, à la lenteur de ce dialogue où se déroule une action presque nulle, à ces répéti-
tion^ d'idées que ranteur a déjà semées partout, que la main qui a tracé ces lignes est la main d'un vieillard, mais du vieillard quia écrit Paul et Virginie, et on lui pardonne en faveur de son onction, de la douceur de sa morale, comme on excusait les longs discours de Nestor, en faveur de son expérience et de sa sagesse.
Les Voyages de Codrus ne sont pas un conte, c'est le récit des courses aventureuses de Bernardin de Saint-Pierre pendant la première partie de sa vie , déguisées par lui sous des noms antiques; un passage où il témoigne le désir de pouvoir se reposer à l'ombre des lilas ou sous les guirlandes d'un chèvrefeuille, de revoiries épis jaunissans, les coquelicots et les bluets , d'entendre encore l'alouette et le rossignol, tendrait à faire supposer que ce petit ouvrage a été écrit à l'Ile de France. Il est même impossible qu'il soit bien postérieur à l'époque du voyage, car l'auteur n'a pas encore de style à lui, et cherche à se modeler sur celui du Temple de Gtiide.
Celui du vieux Paysan Polonais, écrit pour être adressé à Catherine H i au nom de la Pologne souffrante, rappelle au contraire le Paysan du Danube. Au reste, les deux paysans sont un peu frères; ils sont presque du même pays , leur but est exactement le même. Les représentations du maréchal de MunicJi ne laissèrent pas arriver ce petit écrit à son adresse.
Le premier écrit de Bernardin de Saint-Pierre
enfant avait été Téloge funèbre de sa marraine; plus tard il fit encore un autre éloge, non plus d'un homme, mais de son chien Favori, son compagnon à Ville-d'Avray,à l'Ile de France et dans son donjon de la rue Saint-Etienne-du-Mont. Cet éloge écrit à l'Ile de France est sans doute, comme on Ta dit, une satire des éloges académiques, mais c'est encore plus un témoignage de reconnaissance envers le compagnon de sa vie solitaire, ^'ouhlions pas que Bernardin plaignait les animauxlivres au couteau du boucher, qu'il préférait h tout le régime pythagoricien , et que c'est lui qui a fait dire à sa Virginie, plantant dans la campagne les noyaux des fruits qu'elle avait mangés : c II en viendra des arbres qui donneront leurs fruits à quelque voyageur, ou au moins à quelque oiseau. >