‹ Vie de Berryer (d'après des documents inédits) (volume 2)Chapitre 21 sur 46 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Chateaubriand est nommé ministre des Affaires étrangères, en remplacement du duc Mathieu de Montmorency. — Guerre d'Espagne. -~ Berrj'er célèbre l'expédition, en défendant le Drajieau blanc devant le tribunal correctionnel. — Affaire Castaing. — Emotion de Berrj-er à la fin de sa plaidoirie. — Dissolution de la Chambre des députés (20 décembre 1823). — Rivalité de M. de Tillèle et de Chateaubriand. — Efforts de Berryer pour amener entre eux un rapprochement. — Destitution de Chateaubriand. — Berryer se rend aussitôt chez lui. — Irritation que lui témoigne l'ancien ministre. — Souvenirs de Berryer sur ses relations avec Chateaubriand, et grande idée qu'il garde de son caractère. — L' « amortissement » des journaux. — M. de la Rochefoucauld et la Quotidienne. — Plaidoirie de Berryer pour ilichaud devant la cour royale, dont l'arrêt réintègre Michaud dans ses fonctions de directeur de la Quotidienne. — Note de Berryer à M. de Villèle. — Mort de Louis XVIII. — Seconde note de Berryer à M. de Villèle. — Ses vues sur la réforme électorale. — Correspondance avec M. et M""" de la Guibourgère. — Lesiamis de Berrj-er. — Acquisition de la propriété d'Augerville. — Lettres de Berryer à sou père et à son oncle pour les inviter à venir le voir dans cette résidence.

La fin de l'année 4822 fut marquée par la démission du ministre des Affaires étrangères, M. de Montmorency.

Les entreprises révolutionnaires menaçaient depuis deux ans l'ordre européen. Réprimées par l'Autriche en

Italie, elles avaient gagné l'Espagne, où leur triomphe définitif, secrètement voulu de l'Angleterre, eût renversé l'œuvre de Louis XIV et compromis l'influence française. Les factions s'étaient emparées du roi Ferdinand. Elles lui avaient imposé une constitution qui le mettait sous leur joug; les souvenirs de 93 faisaient planer sur la tête du monarque prisonnier le sort de Louis XVI. Les puissances continentales, réunies au congrès de Vérone, avaient décidé, conformément aux vues de M. de Montmorency, et malgré l'opposition de l'Angleterre, que l'état de captivité du roi d'Espagne ne permettant pas de reconnaître plus longtemps le gouvernement qui prétendait parler en son nom, elles rappelleraient simultanément leurs ambassadeurs, tout en laissant à la France, assurée de leur accord, l'initiative des mesures à prendre contre la révolution espagnole.

De retour à Paris, M. de Montmorency fut reçu par Louis XVIII, qui reconnut ses bons services à Vérone, en le créant duc \ Mais, lorsqu'il soumit au conseil des ministres les projets concertés au congrès, il rencontra l'opposition du ministre des Finances, devenu président du conseil. M. de Villéle exprimait l'avis d'adresser des remontrances au gouvernement espagnol, sans rappeler encore la légation française, ce rappel devant à ses yeux entraîner la guerre dans des conditions qui ne laisseraient pas à la France, engagée avec les autres puissances, sa liberté d'action.

1 ■ Le roi, a raconte lui-même M. de Jlontmorency, était assez embarrassé pour le choix du nom qui devait être ajouté au litre, à cause de tous les duchés qui étaient déjà dans la famille. Dés le lendemain, dimanche, à la réception après la messe, Sa Majesté m'appela tout haut du titre de duc, en me demandant quel nom il devait y ajouter. Après quelques explications dans lesquelles M. de Villéle mit beaucoup d'obligeance, le roi consentit à ce que je gardasse, avec le nom distinctif de Mathieu, celui de Montmorency auquel je tenais ». {Écrit sur le congrès de Vérone).

Le roi, qu'animait toujours la fierté nationale, ayant donné raison sur ce point au président du conseil, M. de Montmorency lui remit sa démission. 11 quitta le pouvoir, non sans regret, mais avec la dignité qui convenait à sa nature loyale et liante.

Deux jours après, le 28 décembre 1822, Chateaubriand était nommé minisire des Affaires étrangères.

M. de Villèle s'efforçait de retarder une rupture avec l'Espagne, tout en s'y préparant. 11 redoutait les complications que la guerre pourrait entraîner ; il confiait ses incertitudes à Berryer qui, allant le prendre à l'hôtel du ministère, l'accompagnait souvent à travers le jardin des Tuileries. Un jour que Berryer le pressait sur la nécessité de l'intervention : « Vous serez, bien avancés, lui dit le ministre, quand nous aurons trente mille Anglais sur les cotes du Portugal ». A quoi Berryer répliqua : « Les Anglais n'enverront pas si tôt trente mille hommes en Portugal; ils en ont déjà près de quinze mille occupés en Irlande. Ils ont trop d'embarras pour nous combattre ».

L'expédition que le président du conseil s'était flatté d'éviter ou d'ajourner allait, au contraire, se trouver précipitée par la nomination de Chateaubriand.

A peine au pouvoir, le nouveau ministre des Affaires étrangères se prononça résolument pour une entreprise dont il entrevoyait, pour la France et la Restauration, les conséquences nationales et politiques. Un prince de la maison de France, le duc d'Angoulême, conduisant au combat les anciens généraux de l'Empire largement associés aux officiers royalistes, l'armée, dont le pays et l'Europe interrogeaient avec anxiété les sentiments, se ralliant au drapeau blanc, les tentatives de l'insurrection, abritée sous le drapeau tricolore, échouant au passage de la Bidassoa contre l'élan des troupes enlevées par un lieutenant de Napoléon, le général Valin; les prévisions de l'oppo-

sition, dont toutes les nuances s'unissaient avec une déplorable entente pour annoncer la défaite, démenties par la fidélité et le succès de nos soldats, la légitimité bravant les ressentiments de l'Angleterre et les représentations irritées du vainqueur de Waterloo pour donner à la France la gloire des armes comme elle lui avait donné la liberté, c'étaient là des avantages qui justifiaient les prévisions de Chateaubriand et dont son initiative imposa le bienfait à l'esprit moins aventureux de son habile collègue.

Époque véritablement brillante et prospère! Les libertés régnaient; les sciences, les arts, les lettres, se développaient avec une puissance et un éclat qui ne se sont plus retrouvés. Les conspirations militaires, huit fois renouvelées en trois années, s'étaient éteintes; les factions se sentaient découragées. Les réformes financières assuraient , avec le crédit de la France, la probité dans les comptes et l'économie dans les dépenses. La nation s'avançait dans sa force, étonnant l'Europe, fière devant l'étranger, inspirant aux peuples le désir de son alliance et le goût de ses institutions, étendant, sous l'autorité du pouvoir héréditaire, les garanties nécessaires des États libres.

Berryer eut occasion de dire son mot sur lu guerre d'Espagne en défendant le Drapeau blanc.

11 avait déjà plaidé pour ce journal, le 23 février 1823, dans une circonstance que le choix de la juridiction rendit solennelle.

A propos dun projet de loi — qui n'aboutit point — pour la dotation de la Chambre des pairs, le Drapeau blanc avait publié des réflexions ironiques sur les pairs

LE MINISTÈRE DE lïT. DE MLLÈLE. 219

de France ; il visait surtout les anciens serviteurs de la Révolution et de l'Empire et comparait leur opulence, que le projet allait encore accroître, avec le dénuement dans lequel l'absence de toute loi réparatrice laissait les émigrés. Sur la motion d'un de ses membres, le comte de Noé, la Chambre décida que l'éditeur responsable du journal comparaîtrait devant elle. Rien n'avait été prévu pour celte [)rocédure inusitée : ni publicité de l'audience, ni interrogatoire du prévenu, ni ministère public. L'éditeur du Drapeau blanc, qui n'était autre que le célèbre Martainville ^, se présenta, assisté de Berryer, et, sans questions préliminaires, il fut invité parle chancelier Dambray à donner ses explications.

Berryer s'étonna, en commençant, de ces formes nouvelles. Il se plaignit de ne pas mèmesavoir sur quel objet portait l'inculpation. Puis, examinant l'article, il soutint qu'il ne dépassait pas les limites d'un badinage permis, qu'en tout cas, on ne pouvait y voir une offense contre la Chambre, les souvenirs peu obligeants qu'il rappelait ne s'adressant pas à la haute assemblée, mais seulement à quelques-uns de ses membres, qui, sans doute, dit-il, ne se lèveraient pas pour se déclarer outragés. La Chambre ne condamna le prévenu qu'au minimum de la peine.

Quelques mois plus tard, le 3 juillet, le Drapeau blanc était cité devant le tribunal correctionnel. Organe des royalistes impatients qui reprochaient à M. de Villèle la lenteur dans la répression de l'insurrection espagnole, il avait critiqué avec sa vivacité habituelle les facilités laissées au général Mina, l'un des chefs de la révolution, et signalé « cette politique tortueuse » qui, selon lui, « ménageait les traîtres et s'opposait par des moj'ens secrets à leur destruction ». L'article était poursuivi comme

1 Martainville (Louis-Alphonse Dieudonné) (1774 -t- 1830). Il avait fondé le Drapeau blanc en 1818.

coupable du délit d'excitation à la haine et au mépris du gouvernement du roi.

Berryer fit acquitter le journal. Sa plaidoirie nous est restée, par nne fortune rare, entièrement écrite de sa main^ Il y célèbre avec un grand accent l'expédition d'Espagne. « Le souvenir de ce qu'a fait notre roi dans cette grande occasion, dit-il, durera éternellement pour sa gloire. Un fils de France est allé venger l'autorité royale; digne descendant de Louis XIV, il a vu, à son tour, les Pyrénées s'abaisser devant lui ».

Il rend hommage aux ministres : « Certes, les ministres du roi sont à l'abri des accusations. Leur politique est connue. C'est du haut de la tribune de la Chambre des pairs, c'est du haut de la tribune de la Chambre des députés, c'est dans de courageux écrits que l'Europe entière a lus et admirés, qu'ils ont rendu publics leurs sentiments et leurs principes ».

Mais, en désavouant l'intention imputée à l'auteur de l'article, Berryer n'admet pas que l'on puisse confondre « le gouvernement du roi et les ministres». Il revendique, en thèse générale, (( le droit constitutionnel d'attaquer et de renverser un ministère ».

Une cause bien différente, et des plus dramatiques parmi toutes celles qui remplirent sa carrière, s'offrit à Berryer dans le cours de cette même année. Le 10 novembre 1823, paraissait devant le jury de la Seine un jeune médecin, Samuel Castaing; accusé d'avoir empoisonné son ami, Auguste Ballet. Fils d'un notaire de Paris, posessseur d'une fortune considérable, Ballet avait institué Castaing, par une disposition récente, son légataire universel. Les deux jeunes gens s'étaient rendus le 22 juin à Saint-Gloud; ils avaient pris à l'hôtel de la Tète-Noire une chambre commune, annonçant l'intention de louer un appartement

1 Œuvres de Berryer, t. VI, p. •123.

pour la saison d'été. Trois jours après, Auguste Ballet expirait, atteint, dès le lendemain de son arrivée, d'un mal mystérieux. Toutes les présomptions accablaient son compagnon. Gastaing avait connu le testament ; il l'avait remis lui-même à un de ses parents, clerc dans une élude de notaire, en lui annonçant, avant les premiers symptômes, la maladie du testateur; il avait acheté le poison, versé au malade les boissons mortelles; et cependant l'accusation , sûre de ne pas se tromper, manquait de preuve matérielle. L'autopsie n'avait pas révélé la trace du poison. Le crime demeurait à la fois évident et insaisissable.

Les journaux avaient annoncé que Berryer défendrait Gastaing, et la curiosité qu'excitait l'affaire n'en était que plus grande. Berryer n'avait pourtant pas promis son concours; il hésitait à le donner, et voulait laisser le soin de cette cause à un de ses confrères, ami de la famille de l'accusé, M" Roussel. Mais le matin du jour où devait commencer le procès, la porte de son cabinet s'ouvre ; le père de Gastaing se présente, il se traîne aux genoux de Berryer, il le supplie, tout en larmes, de ne pas démentir par son refus la rumeur publique; il lui dit que si on ne le voit pas à l'audience, on jugera que la cause de son fils n'est pas défendable et qu'il aura ainsi prononcé d'avance sa condamnation. Le cœur de Berryer ne résiste pas à ses instances. 11 se rend au palais; il assiste à l'interrogatoire, il écoute les dépositions des témoins; il entend la plaidoirie de M« Roussel, et lorsqu'elle est terminée, le président ayant demandé à Gastaing s'il a quelque chose à ajouter pour sa défense, Berryer se lève, au milieu du silence de l'auditoire qui attendait avec anxiété sa parole.

Ses premiers mots, empreints de l'agitation de son âme, remuèrent les jurés. Tout en s'associant au deuil des parents de la victime, il raconte la douleur de cette famille, jusque-là honorée, qui succombait sous le poids de l'af-

freuse accusation. Il n'affirmait pas l'innocence; mais il posait en principe que la déclaration de culpabilité exigeait une certitude complète, et, se mettant à la place des jurés, reprenant tous les éléments du procès, les motifs de doute, les contradictions, les tâtonnements des experts, il se demandait comment de ces obscurités la certitude pouvait naître. Il invoquait la jeunesse de l'accusé, les traditions de son foyer, ses propres antécédents; il en appelait à Dieu lui-même, se défendant de vouloir prêter son ministère à un honune qu'il croirait coupable : «Ne croyez pas cependant que nous voulussions lui prêter notre ministère s'il était coupable; ne plaise à Dieu que nous détournions le glaive de la tête du coupable! Nous voudrions alors que notre voix pût le décider à faire de ses fautes un aveu qui, du moins, pourrait satisfaire la justice céleste ! »

Quelle n'est pas sa stupeur lorsqu'il entend Castaing murmurer à voix basse : « Oui, je suis coupable! »

Berryer put à peine, en quelques mots, achever sa plaidoirie. Au sortir de la salle, il se trouva mal. L'audience avait été suspendue après son discours. Quand elle fut reprise, le banc de la défense était vide. Le ministère public, au moment de commencer sa réponse, s'étonna de ne voir aucun des avocats de l'accusé. On les fit chercher. On apprit alors qu'une indisposition subite empêcherait Berryer de reparaître. M4loussel revint seulà sa place, et déclara, pour toute réplique à l'avocat général, que rien n'avait été réfuté des arguments présentés par son confrère et qu'il ne pouvait que s'en rapporter « à la fidélité des souvenirs des jurés ».

Reconnu coupable par le jury, Castaing fut condamne à mort et subit sa peine. Berryer ne se rappelait jamais ce drame sans frémissement.

La dissolution de la Chambre des députés, prononcée le 2i décembre 1823, fournit au gouvernement l'occasion d'un succès. L'opposition s'était ruinée par ses propres fautes. Encourageant les conspirations sans en courir personnellement les risques, sachant s'évader ou se cacher à temps, pendant que ceux qu'ils avaient poussés dans les complots mouraient sur l'échafaud, les députés de la gauche avaient joué un rôle dont la postérité a pu seule connaître la duplicité, mais qui, vaguement soupçonné dès lors par l'opinion publique, l'avait soulevée contre eux. Us avaient mis tant de complaisance à prédire l'échec de la guerre d'Espagne qu'un désastre militaire eut été pour eux un triomphe politique. La victoire de l'armée acheva leur perte. Les scrutins des 25 février et 6 mars 182 i furent la déroute de l'opposition.

La gauche ne comptait pas vingt représentants dans la nouvelle Chambre. On tenait pour assurée la substitution de la septennalité de la législature au renouvellement partiel. N'ayant plus à compter avec l'incertitude périodique des élections annuelles, le gouvernement pourrait se promettre une longue durée de tranquillité.

Mais il ne faut pas aux partis un trop complet triomphe. Délivrés de leurs adversaires, ils se retournent contre eux-mêmes, et la confiance que leur inspirentleurs forces engendre l'esprit de division qui les affaiblit. Le parti royaliste, se voyant le maître, donna cours à ses exigences, et le ministère se trouva en face d'une opposition plus dangereuse, à quelques égards, que celle des ennemis du trùne, parce que le dévouement dont elle se sentait animée pour les Bourbons lui fai'sait illusion sur la portée de ses coups.

Le mal n'était pas seulement dans la Chambre. Les dissentiments et les rivalités qui la travaillaient se rencontraient aussi dans le gouvernement.

Il y avait dans le ministère deux hommes qui, faits pour se seconder et se compléter l'un l'autre, se nuisaient par leurs prétentions respectives et leurs défiances mutuelles. L'un, puissant par le génie, capable de vues lointaines et d'intuitions profondes, pénétré pour son pays et pour sa cause d'aspirations généreuses et nationales, mais plein de contrastes dans lu mobilité périlleuse de sa riche nature, indolent et passionné, fastueux et simple, découragé et présomptueux, démesuré dans ses revendications s'il soupçonnait qu'on lui en contestât la justice, mais les laissant tomber d'elles-mêmes si on ne les lui disputait pas, tenant plus à l'apparence qu'à la réalité du pouvoir, alliant aux misères de l'amour-propre l'élévation d'un grand esprit et à des susceptibilités orgueilleuses une propension magnanime pour le talent et la jeunesse, sachant flatter l'imagination de la France et comprenant mieux que des sages, qui se croyaient plus politiques que lui, la nécessité de donner de nobles satisfactions à cette passion de l'éclat que des régimes d'aventure ont trop souvent abusée de leur vain charlatanisme. L'autre, ofTiciellement chef du cabinet et plus soucieux encore de l'être que de le paraître, étranger aux diversions mondaines et aux pures jouissances de la vanité, respectable au plus haut degré dans son intérieur, épanchant dans le cœur d'une femme, digne de le comprendre, les pensées et les soucis de sa vie politique et réservant pour le secret du foyer une sensibilité que ne laissait point soupçonner au dehors la sagacité avisée et froide de l'homme public; avec des idées moins larges, des prévisions moins étendues que son glorieux collègue, peu fait, comme il l'écrivait lui-même, pour « les grands horizons », mais appliqué à son œuvre, poursui-

vant avec patience le succès de ses projets, et même lorsqu'il semblait les abandonner, se ménageant les occasions d'y revenir, ne négligeant aucun détail et portant dans les réformes entreprises la rigueur, la suite , l'adroite et intègre ténacité de son e.«prit, jaloux du pouvoir, impatient de la contradiction, supportant avec peine des collaborateurs dans lesquels il pouvait redouter la supériorité que donne l'ancienneté de la race ou le prestige du génie.

La guerre d'Espagne, en accroissant la renommée de Chateaubriand, avait suscité les ombrages de M. de Villèle et amené entre les deux ministres les premiers symptômes de refroidissement. Leur entourage ne contribua point à les dissiper. L'intempérance des conversations n'est que tropefTicace en pareille conjoncture pour développer les aigreurs et confirmer les soupçons. Tout, jusqu'aux fêtes données par les deux rivaux, était matière aux propos dissolvants.- Le bal du ministre des Affaires étrangères, splendide, étincelant, paré delà plus brillante société, «une vraie féerie » disait Berryer, était rapproché des soirées du ministre des Finances , d'une ordonnance plus simple, avec un monde moins éclatant, un tour plus provincial. On relevait ces différences dans la frivolité des entretiens, et chacun, avec éloge ou ironie, suivant ses préférences , faisait ressortir en elles les contrastes qui séparaient les deux ministres.

Un incident d'une nature plus grave envenima les divisions. L'empereur Alexandre envoya le cordon de Saint-André au duc Mathieu de Montmorency et à Chateaubriand, sansl'adresserau président du conseil. Louis XVIII ressentit l'offense pour son ministre, et conféra le cordon bleu à M. de Villèle. Chateaubriand, obtint que le czar réparât l'omission dont son collègue avait souffert et il reçut lui-même les ordres du roi. Mais le souvenir de la blessure demeura plus vif que celui de la réparation. ,

Berryer n'élail pas de ceux qui se plaisaient à entretenir ces fâcheux dissentiments. Il en avait vu avec regret les premières étincelles et s'eflorçait de les éteindre. Il ménageait par sa déférence la fierté du grand écrivain et faisait appel par la justesse de ses raisonnements au bon sens de M. de Yillèle. Il sentait ce que perdrait le gouvernement à la retraite de Chateaubriand, et tout ce qui était dû, malgré ses inégalités d'humeur, et les prétentions parfois blessantes de son orgueil, aux services, au dévouement, à la gloire de ce fidèle royaliste. Il pensait avec efl'roi aux conséquences d'une rupture et saisissait toutes les occasions d'en pénétrer M. de Villèle. « Je me désole de votre refroidissement avec M. de Chateaubriand, lui disait-il un jour en l'accompagnant jusqu'aux Tuileries, j'en suis inquiet. Gela finira par un éclat déplorable. — Que voulez-vous? répondait avec impatience M. de Villèle. On ne peut pas traiter les affaires avec lui; il est plein de chimères; il est toujours dans les espaces. — C'est précisément cela qui vous permet d'avoir action sur lui, reprenait Berryer. Il me semble qu'à votre place , j'arriverais à pacifier toutes choses et à vivre en bon accord avec M. de Chateaubriand. Ne lui dites jamais non, quand il vous fait une proposition; accueillez toutes ses idées, en vous réservant seulement de les examiner. Puis, à l'une des séances suivantes du conseil des ministres, vous, qui possédez si bien les lois, les arrêtés, les règlements, dites-lui : « Mon cher Chateaubriand, votre pensée « est excellente, mais elle présente telle difficulté; elle « est contraire à telle ou telle loi. Comment arranger « cela?» Soyez sûr qu'il abandonnera bientôt le projet auquel, sur une résistance de parti-pris, il se serait obstiné».

Chateaubriand venait, en effet, de céder sur le projet relatif au renouvellement intégral de la Chambre. Il aurait voulu que l'âge de l'éligibilité fût abaissé et que le délai du renouvellement de la Chambre ne dépassât

point cinq années. Il se résigna au renouvellement septennal que M. de VillèJe fît prévaloir au conseil.

L'homme des chimères avait d'ailleurs prouvé qu'il voyait souvent plus juste et surtout plus loin que son contradicteur. Il était plein de sa guerre d'Espagne; mais peut-être l'aurait-il portée moins haut si l'on avait rendu plus de justice à la part qu'il y avait prise, et, comme le disait un noble témoin , à « l'accroissement do considération que la France avait acquis depuis son entrée au ministère ' ». Rien de plus précis que les lettres dans lesquelles ce rêveur s'entretenait avec les généraux du détail des opérations militaires. Sa correspondance au sujet du siège de Cadix, les questions qu'il pose, les explications techniques qu'il donne, la lucidité de ses instructions lemontrentaussi entenduque l'homme d'affaires le plus consommé. Enmêmetemps l'esprit d'exclusion qui avait fréquemment animé l'écrivain d'opposition, a disparu des conseils du ministre; Chateaubriand écarte les défiances étroites , les théories absolues. « Laissez-moi, écritil à M. de Gentz,êlre royaliste constitutionnel », et lui, qui s'était montré à de certains moments trop pénétré des passions de I8I0, il prononce à la tribune ces paroles si flatteuses pour les généraux de l'Empire : « Le roi a remis la garde du drapeau blanc, avec une généreuse confiance, à des capitaines qui ont fait triompher d'autres couleurs. Eh bien! ils lui apprendront le chemin de la victoire; il n'a jamais oublié celui de l'honneur ». Si enfin l'on interroge les écrits du publiciste, on y trouve, au milieu des ombres de l'esprit de parti , des vues prophétiques , éclairant les obscures perspectives de l'avenir et découvrant au loin des révolutions politiques et des crises sociales que ne soupçonnait pas le re-

1 Lettre du comte de la Ferronnays, ambassadeur du roi à Saint-Pétersbourg, au vicomte de Chateaubriand, i juillet l^-li. Coiujiès de Vérone, t. il, p. 3-21, edit. 1838.

gard de ceux qui raillaient les imaginalions du poète '. Avec le renouvellement intégral de la Chambre, opéré tous les sept ans, le discours de la couronne avait annoncé, au commencement de la session, un projet de loi sur la conversion de la rente 5 pour 100 en 3 pour 100. M. de Yillèle attachait justement à l'adoption de ce projet une grande importance. L'élévation des cours, témoignage de la prospérité que la Restauration avait value à la France, permettait de rembourser au pair le capital des rentiers qui n'auraient pas accepté la réduction de l'intérêt, et les ressources que la loi devait procurer à TÉtat fourniraient les moyens de ramener la paix territoriale, en assurant par le paiement d'une indemnité aux émigrés dépossédés la propriété de ceux qui avaient acheté leurs biens. Adopté parla Chambre des députés, le projet trouva à la Chambre des pairs, sous des influences et pour des considérations diverses, une. puissante opposition. Attaqué par les financiers, combattu ,au nom des petits rentiers de la capitale, par M"''deQuéIen archevêque de Paris, il succomba au scrutin. Chateaubriand l'avait appuyé de son suffrage, maisnon de sa parole. Plusieurs desesamisl'avaient repoussé, et on lui imputait leur vote. L'accusation parvint jusqu'au trône. Une intrigue, ourdie contre le ministre des Afl'aires étrangères, et qui ne servait les ressentiments de M. de Villèle que pour l'atteindre ensuite-, précipita sa marche et décida le coup.

1 Voy. dans le Conservateur el dans les Mémoires d'Oulre-Tomhe les prévisions de Cliatcauhriand sur la France, sur l'Europe, sur les révolutions politiques et sociales du monde, prévisions qui aboutissent toujours à cette conclusion : » l'idée chrétienne est l'avenir du monde ».

- » Que je voudrais que Corbière s'en aille, écrivait M""' du Cayla au vicomte de la Rociiefoucauld... et surtout que Villèle nous craigne. Ce sera un premier pas que le Chat. (Chateaubriand) par terre; c'est après qui! faut faire bois de toute llèclie, abreuver C. (M. Corbière, ministre de l'Intérieur et l'inséparable compagnon de M. de Villèle), et le faire partir l>inir Rennes ». (Voy. Mémoires de M. de la Rochefoucauld, duc de Doudcauville, vil, p. 40'». Miciiel Lévy, 186-2.)

Le lendemain du vote, 6 juin 1824, jour de la Pentecôte, au moment où il se présentait aux Tuileries pour faire sa cour au roi, Chateaubriand fut averti qu'une lettre l'attendait au ministère. Son secrétaire la lui porta avant qu'il eût quitté le palais. C'était la lettre par laquelle le président du conseil lui transmettait , à peine rendue, l'ordonnance royale qui chargeait par intérim M. de Villéle lui-même du portefeuille des Affaires étrangères « en remplacement du sieur vicomte de Chateaubriand ».

Quelles que fussent ses craiutes, Berryer n'avait point prévu un dénouement si brusque. Il écrivait le 5 juin :

La politique aj,ntc tout en ce moment. Le rejet de la loi des rentes occupe tous les esprits; je ne crois pas cependant à un ctiangement de ministère ni dans le ministère. Je pars aujourd'hui pour les vacances de la Pentecôte. Je vais chez le marquis de Vérac au Tremblay.

Un deuil de famille, qui vint atteindre M. de Vérac, fit ajourner, au dernier moment, la réunion du Tremblay, et Berryer se rendit le même soir à Hosay ', chez un magistrat qu'il avait, nous le verrons, en grande affection, M. Amy, président de Chambre à la Cour royale de Paris.

Je m'y livrais depuis deux jours à mon indolence naturelle, écrivait-il encore le 21 juin 1824, et je jouissais de cette oisiveté si contraire au train de Paris, quand la chute violente de M. de Chateaubriand m'a tiré de mon repos. Il a fallu revenir ici en grande hâte. Quel tapage ! Amis, ennemis, partisans, indifférents, tous criaient. Je me suis mis de la partie comme le sergent des P/rti'^cw/'s. Malheur à moi, pauvre diable! On m'est tombé sur le corps : la Quotidienne est écrasée. J'ai quatre ou cinq procès en mon nom personnel. Le scandale est grand ^.

1 Rosay (Seine-et-Oise) à 10 kilomètres de Mantes.

- a et H Juin iS-2'i. A M""" de la Guibourgère. Papiers de Berryer.

Il avait appris la nouvelle à Rosay, le 7 juin, dans la soirée; immédiatement il voulut partir.

Son premier soin, en arrivant à Paris, fut de se présenter rue de l'Université, chez le ministre disgracié. Chateaubriand était en conférence; Berryer attendit dans le salon et, voyant sur une table un numéro des Débats, il y jeta les yeux. La feuille de M. Berlin avait pris parti pour Chateaubriand; elle contenait en termes véhéments une déclaration cle guerre contre M. de Villèle.

La porte du cabinet s'ouvrit, et Berryer entra, tenant le journal à la main. Il embrassa Chateaubriand et lui exprima, avec une tendre effusion, le chagrin que lui avait causé la nouvelle de sa destitution. Puis, après un échange de paroles affectueuses : « J'ai lu cela avec peine, dit Berryer, en montrant l'exemplaire des Débais. — Et pourquoi? demanda Chateaubriand. — Mais c'est la guerre. — Eh bien! oui, c'est la guerre ; nous la ferons », et du doigt touchant sa plume : « Avec cela, j'écraserai le petit homme ».

Berryer essaya d'apaiser ce trop juste courroux. Il osa représenter à Chateaubriand que ni sa gloire ni même son intérêt ne lui conseillaient cette attitude violente; que le silence serait pour lui une vengeance plus noble et plus sûre. II lui cita l'exemple du duc Mathieu de Montmorency, qui, sans avoir sa renommée éclatante, ses dons merveilleux, s'était fait une grande place dans l'opinion, parce qu'en tombant du pouvoir, il était resté calme, digne et fier.

Chateaubriand était trop ulcéré pour se rendre à ces observations. Il avait peine à contenir son impatience, et prenant un air pincé : « Je vous engage. Monsieur, dit-il à Berryer, à reporter ces paroles à M. de Villèle, à votre patron ». Berryer se leva aussitôt : « Je vous demande pardon. Monsieur le vicomte, je ne puis accepter ces expressions. Quoique jeune encore, je suis décidé à n'ac-

cepter le patronage de personne, si haut qu'il soit, pas même le vôtre ». Et il se retira. La réponse de Chateaubriand lui était entrée « comme un acier dans le cœur». Il était arrivé auprès de lui tout ému, pénétré de la sympathie la plus vive pour son malheur, ayant hâte de la lui exprimer, et c'était là l'accueil qui lui était fait!

L'incident laissa des traces dans les relations des deux interlocuteurs. Berryer revit plus tard Chateaubriand; il le défendit après 1830; il ne laissa jamais échapper l'occasion de lui marquer sa déférence et son admiration; Chateaubriand, à son tour, s'il fut parfois injuste et ombrageux, retrouva son élan et sa générosité naturelle lorsqu'il s'agit, par exemple, sous le gouvernement de Juillet, de provoquer envers le grand orateur éprouvé dans sa fortune, le témoignage de la gratitude que lui devaient les royalistes. Mais il parut toujours à Berryer que quelque souvenir de cette conversation demeurait entre eux.

Pour sa part, Berryer n'en gardait nulle aigreur. Il ne racontait jamais l'offensante réplique de Chateaubriand, sans en corriger aussitôt l'effet par l'éloge de ce rare génie.

« C'est égal, disait-il, c'était un grand caractère. Il n'y aplusd'hommes de cette trempe ». Quand il avaitmisd'un côté les faiblesses de l'homme, telles qu'elles apparaissent dans ses Mémoires , image vraie de sa vie, son amourpropre, ses emportements, ses boutades d'orgueil ou d'égoïsme, Berryer plaçait de l'autre les inspirations héroïques et les nobles actions, ce retour précipité en France à la nouvelle du procès de Louis XVI, l'intrépidité solitaire de cette démission jetée à la face du meurtrier du duc d'Enghien, la constance de celte fidélité qui ne s'alFirma jamais plus haut que dans la défaite ou le péril , la pauvreté soufferte, avec des goûts si magnifiques, pour sauver l'honneur; ce trésor de sensibilité, dans une âme parfois

si amére et si rude, pour le malheur, pour le dévouement, pour les belles choses, cette invocation attendrie au chevet de Charles X, son vieux roi exilé, et lorsque, tout brisé par l'âge, en 1843, il est mandé en Angleterre, auprès du jeune prince quia hérité du droit monarchique, lorsqu'on essaie de l'effrayer sur les dangers du voyage, dangers pour sa santé ébranlée, dangers pour cette popularité qui lui est chère et que risque de lui faire perdre ce pèlerinage au droit vaincu, sa réponse toute vibrante d'honneur : « Quand on a reçu un tel appel, on y répond, dût-on se faire transporter dans son cercueil I »

Ce sont là des traits qui peignent le fond d'une âme et qui élèvent, en effet, Chateaubriand, quels qu'aient été ses défauts, bien au-dessus de ses détracteurs.

Berryer se plaisait à raconter quelques anecdotes qui montraient l'homme dans la spontanéité généreuse de son désintéressement.

« J'étais un jour au ministère des Affaires étrangères, disait-il, dans le cabinet de M. de Chateaubriand, quand le chef de la comptabilité, M. Brenier, entra. « Monsei- « gneur, dit M. Brenier, vous avez prescrit une donative « au bey de Tunis; mais je n'ai plus de fonds disponibles. « — Âh I Brenier, mais c'est impossible ; nous ne pouvons a pas ne pas faire un cadeau au bey. — Mais je n'ai plus

de fonds ». — Chateaubriand réfléchit un instant : « Ecoutez, reprend-il; vous savez la voiture que j'avais « en Angleterre pendant mon ambassade, nous l'enver- « ronsau bey». La voiture était splendide; une véritable œuvre d'art. Elle avait peut-être coûté 40,000 francs. Quand Chateaubriand quitta le ministère, M. Brenier la fit évaluer, dans la reddition des comptes, à 14,000 fr. C'est tout ce qui en revint à l'ancien ministre ».

Une autre fois, Berryer dînait au ministère. Il était seul avec le ministre et M""" de Chateaubriand. Après le repas, Chateaubriand lui proposa d'aller à l'infirmerie de Marie-

Thérèse. Ils se promenaient tous deux dans les allées du jardin, devisant delà politique, des difficultés du ministère, des projets d'avenir pour la royauté. Touten causant, Chateaubriand s'arrêta pour regarder une petite maison voisine, et la montrant à Berryer : « Vous voyez cette maison; si j'avais 35,000 francs à moi, je l'achèterais pour y finir mes jours». Il l'acquit, en efTet, dans la suite. Mais Berryer, songeant aux fortunes rapides qui s'étaient faites dans le gouvernement, à l'époque où il nous rappelait cet entretien, aimait à leur opposer ce vœu modeste d'un ministre delà Restauration, grand seigneur, pair de France, cordon bleu, personnage européen par l'éclat du rang et du génie.

Quelques jours après son avènement, Charles X fit offrir à Chateaubriand son traitement de ministre d'État qui, supprimé après l'ordonnance du o septembre I81(i, rétabli sous le second ministère Richelieu, avait naturellement cessé de courir, lorsque Chateaubriand était devenu lui- même ministre des Affaires étrangères. L'ancien collègue de M. de Yillèle ne voulut point l'accepter; il expliqua son refus dans une lettre au marquis, depuis duc de Rivière. Berryer avait entre les mains la copie de cette lettre, et dans ces lignes, où saignait encore la blessure du ministre disgracié, il retrouvait avec admiration cette fierté d'âme qui lui faisait porter si haut le nom de Chateaubriand.

Tous les ministres du feu roi, écrivait Chateaubriand, en sortant de son conseil, ont reçu ou des titres ou des places, ou des charges de cour ou des majorais, ou des indemnités annuelles. Rien de plus convenable. Quiconque a pu s'asseoir auprès du souverain, être initié aux secrets de l'État, doit, pour l'honneur de la royauté même, retenir quelque chose du haut rang qu'il a occupé. Non seulement j'ai fait exception à la règle, mais les dignités sociales dont j'étais investi n'ont pas semblé valoir la peine des égards les plus communs. Je suis pair de France,

ministre d'Étal; j'ai été ambassadeur dans de grandes cours, plénipotentiaire à un congrès, ministre des Affaires étrangères; je suis chevalier des ordres du roi, décoré des premiers ordres de l'Europe, et je craindrais de qualifier par son nom le procédé dont on a usé envers moi.

L'argent, je vous l'ai dit, ne guérit pas les blessures faites à l'honneur. Je ne puis me défendre d'une triste réflexion : comment les ministres voient-ils la France, eux qui jugent si mal leur position et la mienne? Mais supposons un moment que j'eusse consenti à toucher le traitement accordé; quelle eût été ma conduite subséquente ? Me serais-je tu? J'aurais donc apporté à mon tour une conscience au marché public? J'aurais donc démenti toutes mes doctrines? Aurais-je continué d'écrire? Je conviens qu'on peut recevoir" les appointements d'une place, sans pour cela prostituer au pouvoir ou son vote ou sa pensée. Je conviens qu'on peut être attaché à l'administration sans être servile ; mais enfin mon caractère se refuse à une indépendance commode, et depuis longtemps j'ai su accepter les inconvénients de mon opinion.

Puis, après cet amer et rigide souci de son honneur, la voix émue du fidèle royaliste se faisait entendre :

JSoble marquis, mettez aux pieds du roi mes raisons avec la bienveillance et le courage de votre généreuse amitié... Diteslui que je n'ai pas une pensée, que je ne forme pas un vœu qui ne soient pour la gloire de sa couronne; que pour être mille fois payé de mes faibles services, je n'ai besoin ni d'argent, ni de places, ni d'honneurs, mais d'une seule parole bienveillante de mon roi '.

Berryer se reconnaissait dans ces paroles, et il leur donnait, en les lisant devant quelques amis, une vie et une beauté nouvelles.

Page 1