‹ Vie de Berryer (d'après des documents inédits) (volume 2)Chapitre 27 sur 46 · janvier 1830. Papiers de Berryer · texte numérisé non relu

janvier 1830. Papiers de Berryer

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les imputations de ceux qui prêtaient aux ministres « de sinistres projets qui ne furent jamais conçus », et n'exaltait le principe de l'hérédité royale que pour montrer sous sa garde les libertés publiques assurées, « les droits irrévocablement acquis ».

Sincèrement attaches au gouvernement étal)li par la Charte constitutionnelle, vous vouiez, continuait l'orateur, la garder et la défendre, car c'est la loi que le souverain légitime nous a faite. Nous avons, en effet, ce rare privilège en France que, pour nous, être libres, c'est obéir à nos rois. Mais vous ne voulez pas vous armer du bienfait contre le bienfaiteur; vous ne voulez pas que le principe de nos institutions monarchiques soit altéré. Il vous souvient, messieurs, que, lorsque l'autorité royale fut frappée au milieu de nous, la liberté périt avec elle, et qu'il nous fallut subir tour à tour le despotisme populaire et le pouvoir ombrageux d'un nouveau maître '.

Tout était pesé, tout était réfléchi dans cette allocution. Elle était le premier acte politique de Berryer; elle annonçait tous les autres ; il n'aurait eu rien à y changer, à la fin de ses jours. Il se refusait dès cette époque à « altérer le principe des institutions monarchiques », parce que la liberté en dépendait.

Vous aimez le roi qui aime nos libertés, qui, dans sa haute majesté, ne se croit honoré que par des hommages injiépendants et sait que /(( grandeur de sa couronne se mesure far la dignité de ceux qui lui obéissent.

Paroles qui ennoblissaient, comme on l'a justement fait

1 Quelques mois plus lard, le 1" avril 1830, Lamartine, enlrant à l'Académie française, exprimait les mêmes pensées: « N'oublions pas, disaitil, que notre avenir est lié indissolublement ;i celui de nos rois; qu'on ne peut séparer l'arbre de sa racine sansdesséclier les rameaux, et que la monarcliie a tout porté parmi nous, jusqu'aux fruits parfaits de la liberté ».

3i(j LA JEUNESSE DE BERRYER.

observer, la fidélité du sujet en affirmant son indépendance^

Le collège départemental de la Haute-Loire se composait de 113 électeurs; 85 prirent part au vote. Berryer fut élu député par 59 voix contre 26 qu'obtint M. de Ferraigne.

Avant de rentrer à Paris, il s'arrêta à Brioude. Une grande soirée lui fut offerte à la sous-préfecture. Ancien membre du conseil des Cinq-Cents, très considéré dans la région dont il était originaire, le sous-préfet, M. Borne, tenait d'autant plus à faire honneur au nouveau député que l'élection de Berryer était une revanche de la réception faite au général de la Fayette.

L'opposition avait eu, elle aussi, son succès. Le 24 janvier, deux jours avant le scrutin de la Haute-Loire, M. Guizot- était élu dans le quatrième arrondissement électoral du Calvados. Les adversaires du cabinet, révolutionnaires, libéraux, royalistes, s'étaient coalisés pour le soutenir. Quoique ayant pris déjà, comme secrétaire général du ministre de l'Intérieur et conseiller d'État, une part éclatante aux affaires publiques, M. Guizot débutait, ainsi que Berryer, dans la carrière parlementaire et, dès son premier discours à la Chambre dans les débats de l'Adresse, il se trouva en lutte avec lui. Les deux camps prirent leur parti des deux élections; chacun oubliait son échec pour ne songer qu'à sa victoire. Les royalistes triomphaient de l'élection de Berryer. L'op-

1 i> Berryer ne crut pouvoir mieux répondre à la conliaiice du monarque qu'en affirmant solennellement son inclépenilanco et en «'inspirant des belles paroles de Talon à Louis XIV... Quelle iniluenee celui (lui mettait tant de noblesse dans le respect eût pu avoir sur les destinées de la monarchie!... » Éloge de Berryer. discours prononcé, à la conliTence des avocats, le 8 janvier 1870, par Jules Develle, avocat à la Cour impériale, (depuis député et successivement ministre de l'Agriculture et des AlTaires étrangères sous la république). Brochure in-S", p. -20. (Laliure.

2 Guizot (Krançois-Pierre-Guillaume), 1"87-I87i.

l'kle(;tio.n de la iiaute-loire. 347

position les raillait de leurs espérances, en leur faisant craindre un mécompte. « Voilà M. Berryer nommé, disait le National. Maintenant, ce point obtenu, il reste encore à en obtenir un, c'est que M. Berryer soit éloquent ^ ».

1 31 janvier 1830.

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