X PREFACE
la relire. Surtout, je vous en conjure, accordez-moi un séjour à Augerville à la fin de ce mois^. »
J'arrivai à Augerville quelques jours après avoir reçu cettelettre. Mais, avecunhomme tel que Berryer, il y avait loin du projet à l'exécution. Parler de soi, s'occuper de soi, mettre la plume à la main pour raconter sa vie, c'est ce qu'on n'aurait jamais obtenu de lui. Il semblait que ses premiers mots seraient pour aborder avec moi le sujet dont ses lettres étaient pleines. C'était, au contraire, ce dont Berryer parlait le moins; on eût dit qu'il l'avait oublié. Il fallait le courant de la causerie intime pour l'amener peu à peu à ce degré d'abandon où les souvenirs, montant comme d'eux-mêmes à ses lèvres, jaillissaient tout à coup et s'épanchaient en récits, qui, une fois commencés, s'appelaient les uns les autres. J'avais hâte alors de les recueillir et, l'entretien à peine fini, de les fixer sur le papier, en leur conservant autant que possible la forme que Berryer leur avait donnée.
Dès que je 1" avais quitté, le regret lui venait de ne m'en avoir pas assez dit, et c'étaient de nouvelles lettres pour me rappeler à Augerville.
« ...Il est plus facile, il n'est même possible d'échanger ses idées sur cette œuvre qu'en conversation. La correspondance ne donne pas la facilité de se bien concerter sur des détails et sur l'utilité de tel
' 9 octobre 1865.