‹ Vie de Berryer (d'après des documents inédits)Chapitre 26 sur 41 · il) avril ISIK · texte numérisé non relu

il) avril ISIK

- Marire en is'iO au f)rim*o C/arloryski de Wola Jiistowska, qu'eUc perdit (Ml tHS<>, la princesse Marceliiu', née Radziwill de BerdiU'how, est morte an mois de juillet 18!>4.

dans le drame d^Adrienne Lecouvreur, Rachel vint trouver Torateur pour lui demander ses conseils.

Un soir, Berryer voulut profiter de la présence à Augerville de M'"'' Laurenceauet de M™° de Bardonnet, pour jouer quelques scènes des Femmes savantes. Les rôles furent ainsi distribués : Philaminte M'"*" Laurenceau, Belise W^^ de Bardonnet, Martine M™*' Charles de Lacombe, Ariste }\. Gournot, Chrysaie Berryer. Le théâtre avait été improvisé au fond du salon; les coulisses étaient dans la salle de billard. L'assistance, peu nombreuse, comptait dans ses rangs M™° de la Grange, M^^° Outrey, M™'' de Yaufroland, Batta et Eugène Delacroix. On ne se ligure pas l'émotion de Berryer; il n'en avait pas plus, avant do monter à la tribune. Il dit son rôle à merveille, absolument dans le ton, avec cette large simplicité du bonhomme, parlant haut et ferme, quand sa femme n'est pas là, timide et hésitant dès qu'il la sent près de lui.

Ainsi, en toutes choses, Berryer s'abandonnait à l'impression du moment. « Berryer, nous disait le général Ghangarnier, était séduisant, parce qu'il se donnait tout entier. »

Une lois à la campagne , Berryer semblait avoir oublié le barreau et le Parlement, et ses hôtes emportaient l'idée qu'il n'y pensait plus. Cependant bien des lettres d'affaires ou de politique, et quelques-unes des plus importantes, écrites d'Augerville, prouvent que ce souci ne le quittait point. Il dormait peu; le matin, il se levait dès Taube, — sauf à se recoucher ensuite quelques heures, — pour jouir des premiers rayons du soleil ou mettre au travail ses ouvriers; la nuit, il donnait une part de son temps à la correspondance ou aux dossiers ^

1 Eugène Dc!aLroiv. alors à Augcrville, rend ainsi compte d'une jour-

o8i BERRYER SOUS LA RÉPUBLIQUE ET LE SECOND EMPraE.

Le Corps législatif ou le Palais l'appelaient souvent à Paris; les clients venaient le chercher à Augerville. En 1867, il garda toute une journée un visiteur mystérieux : c'était le maréchal Bazaine qui, craignant d'être inquiété sur quelques-uns des actes de sa gestion au Moxi- (jue, avait voulu le consulter. Vers la même époque, le ministre des États-Unis, M. Bigelow, venait conférer avec lui du procès intenté par son gouvernement à des armat(»urs français , qui avaient construit des vaisseaux pour les États du Sud '. Les confrères arrivaient à leur tour : Jules Favre, Marie, Ernest Picard, du Teil, Gournot, mais pour chercher le repos auprès du maître bien plus que pour lui parler de leurs causes.

Bcrryer appelait à lui ses anciens collègues des Chambres, ses confrères de l'Académie : M. Thiers, M. de Falloux, M. Vitet, lo duc de Noailles, M. de Salvandy, M. Minée de Berryer : « Le 14 juillet (1855), Berryer part à six heures du matin pour aller plaider ù Paris. U se flatte de revenir pour dîner, ou, an pis aller, à neuf heures du soir. A notre grande surprise, comme nous étions à table, à sept heures et quoique chose, il arrive et achève de dîner avec nous. C'est un tour de force étonnant. Arrivé à Paris et au Palais à onze heures et demie, il plaide immédiatement pendant deux heures et demie... Il se rhabille au Palais, repart et arrive sans éprouver d'interruption.

• Il était i)arti avec un morceau de pain et de galantine dans ses poches. Trouvant dans le chemin de fer des gens avec lesquels il est obligi' (le lier conversation, il ne mange point et ne peut se dédommager qu'en allant du chemin de fer au Palais. Après le dîner, nous étions en famille devant la maison, nous venions de prendre le café sur le perron; je le voyais heureux d'ctre retourné dans sa retraite, jouissant de ces Heurs, de ces arbres, la plupart plantés par lui, après une journée employée comme celle-ci. Voilà de grands bonheurs! — Le soir, musique avec M""" Jaubert, Don Juan, etc.. pendant que Berryer, non point encore satisfait, faisait son t'ourricr i)oiir le lendemain matin. » Journal d'Euf/ène Delacroix, NI, p. îi5. — Ce volume va bientôt paraître. Nous avons dû à Tobligeance do la librairie Pion communication des bonnes feuilles.

1 M. BigeloNv a ra(!onté sa visite à Augerville dans un récit consacré à IN'loge de Berryer et lu à la Société historique de New-York. — Somt rcrnllcciions of the late Antoine Pierre Berryer, a paper read before iho New-York historical Society on tuesday february 16 18U9, by John Bigelow.

gnet, M. de Kerdrel, le général Ghangarnier, M. de Montalembert, et avec eux, les jeunes gens qu'il avait en afiection. Dans ces allées, où Chateaubriand, Alfred de Musset, Michaud, Lamennais, le duc de Fitz-James, le marquis de Talaru, les visiteurs et les hôtes d'autrefois, avaientpassé, M.deFalloux, M. de Monlalembert, M^»^ Dupanloup, M. Augustin Cochin, se promenaient lentement, remémorant leurs souvenirs ou s'entretenant de l'avenir du pays. Un jour, — c'était, nous nous le rappelons, au mois de mai 1860, — M. de Montalembert raconta une conversation récente, qui rentrait dans les vues habituellement exprimées par Berryer. Il se trouvait à dîner chez M"® Holland , personne fort distinguée, d'origine anglaise, avec M. de Rémusat, M. Duvergier de Hauranne, M. Odilon Barrot. On vint à parler des événements :

Il faut avouer, dit M. de Rémusat, que, si la Providence se mêle de nos affaires, elle les conduit d'une étrange façon, et bien peu conforme à la justice.

— Ne devrions-nous pas plutôt nous interroger nous-mêmes? reprit M. Odilon Barrot. Est-ce la faute de la Providence ou la nôtre, si les choses ont si mal tourné? Avons-nous profité des leçons qu'elle nous a données? Avons-nous toujours compris le sens des révolutions dont elle a permis l'accomplissement? Ne sont-ce pas nos discussions, nos querelles, nos vues personnelles qui ont empêché le triomphe de la justice?

Telle était bien la conviction de Berryer. Il l'exprimait sans amertune, mais avec le désir d'en pénétrer ses amis. Ce fut vers cette époque qu'il conçut le projet d'écrire ses mémoires , ou du moins , — car cette entreprise lui eût paru trop ambitieuse, — d'encadrer de quelques souvenirs la publication de ses discours et de ses correspondances.

Il avait à cœur de mettre en évidence l'inspiration patriotique de ses vues et de sa vie :

o80 BERHYER SOLS LA RÉPL'BLIOL'E ET LE SECOND EMPIRE.

En rocti fiant par \o. son venir de ce qne j'ai vu et entendu d(*s récits et d(;s accusations mal fondés, je ne prétends pas, déclare-t-il Ini-inémo, écrire Thistoire de mon temps. J'expll- «luerai ainsi ma conduite et mon lan^'ajçe. Ceux qui me liront pouiTonl ])aita|j:er (fuelque pou mon jugement sur les événements accomplis; ils pourront trouver quelques conseils utiles pour le jjrouverneuKMit désirable de la France. Car, si les opinions que j'ai délendues, inspirées par des convictions sincères, ont dominé persévéramment mon esprit libre de toute préoccupation d'intérêt personnel, elles n'ont jamais eu pour but que h» bien public ^

Les attaques dirigées contre sa personne le touchaient peu; mais il était sensible aux appréciations qui, en jetant des doutes sur le caractère réfléchi de ses opinions, pouvaient par là -même en laisser sur la bonté do sa cause.

Une phrase de Lamartine, dans son Histoire de la Rex- Imtrafion, Tavait contristé. Lamartine terminait unsplen- (lide et charmiant portrait de l'orateur par ces lignes :

Il (Brrryer) ontrail , malheureusement pour lui-même, dans la vie publique, plus pressé de combattre que de se faire une poliliriue, et il allait parler avant d'avoir pensé*.

Ces derniers mots, aux yeux de Berryer « effacent d'un trait » tous les éloges que Tauteur a faits de lui.

Une leste-l-il à l'orateur? se demande-t-il , s'il n'a su que lainî retentir un vain bruit de i)arolesî... Je crois, j'ai cru avoir pensé, avant d'entrer dans la lutte pour cette royauté,

Kt il raconte, dans des lignes que nous avons déjà ci-

1 Note (liHaclicc — Papiers de Berryer.

■^ Hisf. de la Restauration, i>ar A. de Lamartine, VU I, p. t40.

BERRYEH INTIME. 587

téesS par quel mouvement d'idées il s'est voué à la défense de la royauté. Puis, il se ravise, et avec son aimable équité :

Peut-être Lamartine a-t-il raison, et «voici- pourquoi : j'ai dans ma vie beaucoup plus senti que médité.

Dans une autre note , après avoir rappelé ses convictions sur la nécessité de la monarchie en France , Berryer ajoute :

Si ma vie n'a été qu'un long oncliaînement d'offorls impuissants, si je n'ai pas eu une plus grande influence sur les événements, j'en dois accuser une double faiblesse. J'ai craint ou de montrer l'orgueilleuse volonté de m'imposcr à mes concitoyens, et surtout à mes amis, ou de paraître inspiré par des calculs d'ambition personnelle. Si j'avais eu le mérite que quelques-uns m'ont attribué, j'aurais repoussé et dédaigné ces deux appréhensions.

Berryer touche ici le point que quelques-uns pourront critiquer dans sa carrière publique. Il n'était pas cet artiste de la tribune dont on a dit qu'il croyait avoir tout fait avec un morceau d'éloquence, et qu'il se dispensait d*agir après avoir parlé. Bien au contraire, il évita toujours les protestations vaines , et l'une des devises favorites de cet orateur était : Faire sans dire. Mais, s'il avait l'initiative et la constance dans les vues, il manquait de ténacité pour les faire prévaloir. Il répandait ses idées par larges ondes ; il n'avait pas cette obstination patiente qui , par un effort minutieux et quotidien, finit par les imprimer dans les intelligences, comme Teau creuse le rocher en tombant goutte à goutte; la confiance en soi, nécessaire pour s'imposer à autrui,

1 Ija Jeunesse de Berryer, p. i8T.

n'était pas son fait. Sans so lasser de donner ses avis el sans consentir à changer sa ligne do conduite , Berryer se résignait trop facilement à voir ses conseils méconnus et son influence écartée.

Il tenait de son caractère et de son éducation le respect des hiérarchies sociales. Il avait une déférence naturelle pour ceux que leur âge , leur naissance ou leur situation, élevaient à ses yeux : « Un jeune homme a toujours tort envers un vieillard », écrivait-il à un jeune confrère qui, secrétaire d'un vieux député de la droite, croyait avoir à s'en plaindre.

Berryer n'était pas homme de théorie. Ses convictions, on l'a vu, s'étaient développées sous l'action des événements. Quelques traits, qui résultent de toute sa vie, les résument.

Pour lui, le principe dominant, c'est l'étroite association des destinées de la monarchie et de celles de la France.

Berryer est à la fois un homme du dix-septième siècle et un homme de 89. 11 ne connaît pas deux Frances; il n'en voit qu'une, développant sous la garantie de l'hérédité royale ses libertés et ses progrès. La royauté, à ses yeux , est vieille comme la patrie ; elle ne fait qu'un avec elle. La Maison de France, c'est la France elle-même; de quelque nom que les Français se désignent, quelques démarcations que les révolutions politiques aient tracées entre eux, la Maison de France les couvre tous.

Par là-même , elle ne doit pas se présenter au pays comme la personnification d'un parti , et c'est travailler contre la monarchie que de lui donner ce caractère.

L'esprit d'exclusion, qui frappe les opinions dissiden-

tes, qui incrimine les personnes, qui fait des royalistes une race ou une caste à part, est incompatible avec elle ; car il constitue d'avance comme les ennemis de la royauté tous ceux qu'en son nom on attaque ou Ton blesse.

Les froissements d'amour-propre créent plus d'obstacles à une cause que les divergences politiques. Combien de fois Berryer n'en a-t-il pas fait la remarque I

Dans les partis, écrit-il, la passion du dénigrement contre leurs adversaires est la maladie la plus dangereuse pour euxmêmes. Elle les aveugle, les égare et leur fait perdre toute chance de s'étendre ^

Un de ses amis, M. de Corcelle, lui exprimait la même pensée :

Dans le monde politique, l'ardeur des luttes d'amour-propre l'emporte beaucoup sur la ténacité des querelles de principes; et, sous ce rapport, les coteries sont le plus grand obstacle.

M. de Corcelle ajoutait :

Je ne connais personne qui soit plus en dehors que vous ne Têtes des vanités, susceptibilités, rancunes et étroitesses qui divisent*.

Par sa nature Berryer était peu porté aux épigrammes. Il n'aimait pas les médisances :

J'ignore les malveillantes anecdotes, parce que je les oublie quand je les entends dire , et qu'il ne se rencontre pas d'occasion où je recherche ceux qui les racontent^.

L'esprit qui n'est que l'esprit lui était déplaisant.

1 Notes détachées.

2 5 fémer 1854. Papiers de Berryer.

3 Notes détachées.

La gaiotii do l'esprit, — c'csL encore lui qui parle, — suppose une certaine liberté et une certaine indépendance qui peuvent facilcunent mener à se moquer de tout et de soi-même; <'t ceL T'tat est bien voisin d'une démoi'alisation complète*.

Il avait pour les évolutions politiques, dont le mobile intéressé était trop visible, un mépris qu'il ne cachait point. Mais il était plein de tolérance pour les divergences ou les erreurs dont le principe était respectable; il tenait compte des entraînements ou des illusions que les événements avaient pu faire naître, se demandant comment auraient agi, dans de pareilles conjonctures, les plus âpres censeurs :

Au lieu d'accuser sévèrement la mémoire d'hommes honorables, é('rivait-il, il faut se féliciter modestement soi-même de n'avoir pas <''té soumis aux mêmes épreuves qu'eux*.

Cette pensée de modération revient sans cesse dans les conseils que Berryer donne à son parti ; elle nous semble, dans notre pays divisé, d'une application si nécessaire pour toutes les opinions, que nous ne nous lassons pas d'en rechercher la trace.

Nous avons, dit Berryer à ses amis, à provoquer un mouvement national , et c'est le vrai sentiment de la plus grande généralité du pays qu'il nous faut profondément interroger. Le roi nest point le chef d'un parti.

Et encore :

Le travail doit éti'e incessant pour ramener les esprits aux principes; mais il faut se garder de tout ce qui donnerait l'apjparence de vouloir absorber les hommes dans un parti , de pré-

• Notes détachées.

- 1» novembre 1800, à la vicomtesse de Vaufreland.

tendre les obliger à se soumettre à un parti. Le seul moyon d'éviter ce péril, c'est, en montrant un ferme attachement et une loi pei^évérante pour le principe, de se dégager soigneusement de tout esprit de parti, c'est-à-dire de toute pensée exclusive^ de toute expression de rancune, de défiances obstinées et, dans le langage, de ce ton et de ces paroles qui sentent trop le victorieux, y ayez pas l'air de prendre une revanche *.

Dans une autre note écrite dès 18oi, Berryer s'exprinfie ainsi :

11 ne faut pas confondre, je ne le veux pas, la cause du roi (^t la cause du parti royaliste... La France ne les confond pas: car dans toutes ses révolutions, c'est bien plus le parti «lue le droit du roi et la personne royale qui a été repoussé et qui est aujourd'hui redouté. Le roi qui se doit à tous, le roi qui doit régner pour tous et gouverner cette société française au profit de tous et avec le concours de tous, doit aussi distinguer profondément la cause royale, c'est-à-dire celle des grands intérêts, de la force et de la sécurité de la France, d'avec les intérêts du parti qui la défend et qui lui est resté noblement et chaleureusement fidèle. C'est là ce qu'on ne manquera pas d'appeler l'ingratitude des rois; ce fut le cri (les d'Auhigné et des Mornay contre Henri IV.

Berryer insistait d'autant plus sur cette politique de modération, qu'il en avait recueilli pour son compte les heureux effets. Il avait trouvé la récompense de sa conduite dans la sympathie de ses adversaires. M™*^ Jaubert lui rapportait, après la Révolution de février, les propos ilatteurs qu'un ancien adversaire, M. de Montalivet, avait tenus sur son compte.

Je suis très sensible à de tels succès, répondait Berryer; ce

1 Notes détachées. Papiers de Berryer.

soul bien ceux que j'ai le plus ambitionnés dans ma vie. Ardeiil et persévérant dans mes convictions, j'ai, grâce à Dieu, toujours bien compris qu'on pouvait ne pas les partager, et j'ai beaucoup vécu dans les atîaires publiques sans blesser les personnes et sans nu^ laisser égarer par des animosités ou dos rancunes piTsonuelli's. J'ai obtenu ainsi des indulgences pour mes obstinations, et j'ai trouvé du bonheur dans les sentiments d'estime et de bienveillance que m'ont accordés des Uommi's qui n'étaient pas de mes amis*.

Dans SOS réflexions sur la monarchie, Berner ne la separe jamais de la liberté. Il ne conçoit pas pour la liberté de meilleure garantie que la monarchie; mais il ne conçoit pas la monarchie sans la liberté. C'est la loi des temps nouveaux.

Dans le chaos des atîaires humaines, il y a toujours quelque grand esprit qui est porté sur les (;aux, préparant un nouvel ordre de création; je crois l'esprit de liberté aussi fécond et aussi puissant qu'aucun autre-.

Il ne confond i)as avec le liberté le principe de la souveraineté du peuple. Gomme Royer-Collard, il croirait plutôt ce principe inconciliable avec elle.

On vi'ut la monarchici tempérée et des institutions libérales, pourvu (\\ieUei> n\'manent pas d'un principe opposé au principe même de la royauté.

Sur ce point, Berryer est inflexible.

l/iinpoi-tanl est que les institutions nouvelles ne soiefit pa» fondées sur un principe de souveraineté oppose' au pinncipe même de la royautP.

1 l'''^ octobre 18i!), Berrykk, par le l'omte d'AIton-Shée, journal la Cloche, Vi février IW»).

- Notes détachées. Papiers de Berryer.

;« Ihhl.

On reconnaît là le langage de l'orateur royaliste qui, lorsque les défenseurs de la monarchie de 1830 invoquaient en sa faveur la souveraineté du peuple, leur répondait, on parlant de leur gouvernement :

Par son origine, par ses principes, le pouvoir féconde la République ^

Beiryer avait eu, quoiqu'on en ait dit, une instruction forte; il en garda l'empreinte jusqu'à la fin de sa vie. 11 projetait, dans ses dernières années, de relire Homère dans le texte grec. Il savait à merveille les auteurs latins; Virgile, Horace, Tacite lui étaient familiers comme Bossuet, Fènelon, Corneille, Racine, La Fontaine et Molière. Son admiration mit toujours Bossuet au premier rang : « Bossuet, disait-il, est le grand maître de toute parole humaine ». II récitait, avec un accent qui en faisait ressortir les beautés, des pages entières des Oraisons funrbros et des Sermons,

Il n'avait pas un moindre souvenir de l'antiquité. Il voulut un jour se rendre compte de la fidélité de sa mémoire, et choisit, pour en faire l'épreuve, les œuvres d'Horace. Son secrétaire, M. Chaillous, tenait le livre; Ben yer récitait. Il dit, pour commencer, quelques-unes des Odes y puis aborda Y Art poétique. Au 150® vers M. Chaillous l'arrêta; l'épreuve était suffisante. Berryer ne s'était pas interrompu ni repris une seule fois.

Parmi les poètes modernes , Berryer avait gardé pour Lamartine sa prédilection. Il y avait pourtant entre eux un sujet de désaccord; Berryer aimait La Fontaine que Lamartine avait en aversion ^. Mais l'impression que les

1 v. Berryer et la Monarchie de Juillet^ p. 99.

2 a Cher et illustre ami, ne comptez pas sur moi pour la Fontaine; ce

RERUYER. — T. HI. 38

o9i lŒRUVEU sous lA RKPL'BLIOL'E ET LE SECOND EMPIRK.

Mrtïifafions lui avaient faite restait inelTacable. Il se plaisait à les mettre en vers latins; c'est ainsi que nous tivons do lui la traduction de risoloment.

Deux des neveux de Torateur, Lucien et Georges Berrycr, faisairiil leurs études au collège de la Chapelle, (lu'animait l'inspiration de M»' Dupanloup*. Berner st* faisait envoyer leurs devoirs; il les corrigeait, expliquait dans de longues lettres à ces jeunes gens le sens et la portée des mots, prenant soin de les initier aux pensées et au style des grands écrivains.

Jo vois, écril-il à son neveu (ienrjres, ([ue tu coniinenros ;'i [U'emlre jruùl ;ui\ véritables beautés littéraires. Ce que tu m»' dis de la vie ii'Atjriroht est l)i(Mi apprécié. Là sont, en eifet, «les pa^L's les plus belles, des iiensé'es les plus élevées, des iiiouveuieuts les plus é'lu(juents que l'autlipiité nous ait laissés. Tu as l'aistui de rapprocher celte tiu d'Agricola {tuvero felix Agricnln... Si (jtn's pionim manibus Aw;«s-., des hautes pensées et iln spleu(li<l(» laujiaj^e des Oraisous fuuèbres de Bossuet.

l/adiuiralinn des «rrauds uiaîtres doit l'e\citer à les étudier de plus eu plus, à lajjpi'oclier ton esprit du leur. Sois convaincu que lu ue t «Ml rendras ca[»able qu'eu Rappliquant aux h'avaux- élérueulaires, aux siuq>les devoirs qu'on te donne en class»', à CCS rudiiueuls qui seuls luetteut en état de bien coiujn'eudre l'art el le mérite dos beaux ouvrages. Oui, croisumi. luni) cher (ieor'res, sans rapplicatiou soutenue à les éludes classiques, lune recevras de la lecture des auteurs qu'une ♦'inurmu passaj^ère el un souvenir stérile. Travaille donc avi»c uni' uiande alleution aux versions, aux vers latins, aux nar-

n'esi pas mon iKuiiiiie. parce que \oiis. vous êtes mon honinic. • Laniarlim* a lUMiyei". - « mars ItCi'i.

• ■■ J«" tiens cctU' maison, «crivail IUtivit à M""" de Jobal, pour une (les iii(>illriii(>s <!(> KraïKre. i^ràce à son dirccti'ur (rabbé Plare depuis rar«liiial-ar(h('\ri|ne de UeuFies), et à la protection active el éclairée ilr M»-' dorlcaiis. « f' novembre IH-m.

- «• Tu fus donc heureux. A^ricoia... SU est un asile pour les mânes (les li'unnies \crlueu\... », Vie fi'AfiriroIii --- XLV et XI.VI.

rations et dissertations, qu'on te donne à faire en rhétorique; quelle que soit la forme de ces devoirs, applique-toi à bien réfléchir sur le sujet que tu as à traiter, éveille en toi les idées, anime-toi des sentiments que ce sujet doit t'inspirer. Même pour une simple version , un rhétoricien , sans se contenter de s'arrêter au sens propre de chaque mot, doit pénétrer avec méditation dans le fond de la pensée de Tîuteur et suivre le mouvement de son esprit. Sans cette étude réfléchie, on n'est pas un traducteur fidèle, et surtout on ne profite pas du grand bénéfice que Ton doit recueillir des traductions bien soignées, qui est de mettre l'esprit du traducteur non seulement en présence, mais en lutte avec l'esprit de l'auteur. On ne traduit pas par le mot à mot. Horace te le dit : Nec verburn verbo curabis redden^e,

La leçon morale et religieuse accompagne dans ces lettres la leçon littéraire.

Les écrivains, continue Berryer, ne deviennent éminents que lorsqu'ils sont grands penseurs. Les plus illustres se sont formés par l'étude et le culte des vertus, par l'élévation des sentiments religieux. Dans ces pages de Tacite que tu as admirées, il est presque chrétien.

Profite, mon cher Georges, de la solide éducation que lu reçois à la Chapelle; profite, pour l'utile développement de ton intelligence, pour la rectitude de ton jugement, pour les saines inspirations de Ion esprit, des enseignements religieux qui te sont donnés. Nourris ton âme de ces enseignements, fortifie ton cœur, et afl'ermis ta pensée dans la pratique sincèn^ des devoirs que la religion t'impose. Je te lai déjà dit, ta fidélité à l'accomplissement de ces devoirs sera pour toi la force qui te fera accomplir tous les autres. Je te félicite d'avoir communié le jour de l'Immaculée-Conception. Je te remercie d'avoir prié pour moi dans ce moment solennel. Pense toujours à ton père, à ta mère, à ton vieil oncle, quand tu élèves pieusement ton âme vers Dieu*.

1 9 décembre i8(»5. Lettre communiquée par M. Georges Berryer.

Dans toutes ses lettres , Berryer renouvelle à ses neveux les mêmes exhortations.

Attîichez-vous tous les deux , leur dit-il encore , à suivre le> enseignements de vos excellents maîtres et priez Dieu avec foi et sincère piété. Rappelez-vous l'un et l'autre les conseils que je vous ai donnés dans mon cabinet à Augerville. Soyez convaincus qu'en vous i)arlant ainsi , mon affection aussi éclairée que tendre vous dirige vers la voie qui seule peut conduire vos intelligences et vos cœurs vers le bonheur et la dignité que je souhaite pour votre avenir*.

La foi de Herrver éclate dans ces conseils. Sans en faire parade, il ne l'avait jamais dissimulée; il en avait la franchise, non l'ostentation. Les séductions du monde et les habitudes du siècle, où il avait grandi, avaient interrompu dans sa vie cette conformité que TÉglise exige (Mitre les croyances et les pratiques. Les croyances n'avaient jamais faibli.

Berryer avait un ami qui ne doutait point de ses sentiments, mais dont l'inquiète et pieuse affection avait résolu de les faire passer dans ses actes. C'était le P. de Ilavigiian. La correspondance du religieux n'a pas d'autre objet. C'est la voix de la conscience qui se fait entendre à tous le détours de la route, l'avertissement tendre et grave du ministre de Dieu qui veut ravir cette àme aux enchantements de la gloire pour la porter plus haut; avertissement souvent renouvelé, longtemps infructueux, mais accueilli toujours avec reconnaissance jus- (ju'au jour où il sera pleinement écouté.

Un moment Berryer a eu l'idée d'aller faire une retraite» à Saint-Acheul. Quelle joie pour l'apôtre!

i Vi «Kîlobre I8(i3. Ibiih

Heureuse pensée que celle de quelques jours passés dans une paisible solitude avec Dieu, avec soi, avec un ami religieux ! Véritable consolation pour moi ! Véritable consolation pour vous-même , soyez-en sur. Ducam eam in solitudinem et loquar ad cor ejus * .

Mais le tourbillon l'emporte; Berryer s'excuse. Il dit « le fatal » : « A l'année prochaine ! » Le P. de Ravignan s'afflige , sans perdre courage.

Il faut que vous me pardonniez, mon cher Berryer; depuis que je vous ai retrouvé providentiellement, mon intérêt s'est lié, attaché à vous, à toute votre existence pour ne s'en séparer jamais... Vous, Berryer, une fois chrétien, une fois catholique de cœur, de vie, de paix, d'action , que ne feriez-vous pas! Vous Têtes bien déjà ; pas assez encore, mon ami, vous me l'avez dit vous-même, et il faut que je partage à cet égard vivement cette divine ambition ^.

Vainement Berryer veut ajourner sa résolution.

Dans le délai, toujours le délai, il y a ïexhilarescit infelix anima de saint Augustin ; on s'étourdit, on va comme on peut, on ne sait ni où, ni comment. Et que font à Dieu vos occupations politiques, votre talent qui lui est si précieux d'ailleurs, si vous ne voulez pas vous rendre au maître et au père souverain? Il vous cherche, il vous redemande, il a sur vous, pour sa grande gloire, de hauts desseins; que ne feriez-vous pas, si vous étiez lidèlement religieux! Et que de peines s'adouciraient!... Je vous laisse à vous-même, à votre foi, à votre gloire et à votre mission; je pleure comme les anges, en songeant au peu, au grand peu qui vous manque. Mais votre cœur si généreux, si bon, me rassure*.

1 27 mai 1830. Papiers de Berryer.

2 20 novembre 1830.

3 4 avril 1837.

Les années passent, la gloire s'accroît, les succès sont au comble. La voix du P. de Ravignan retentit toujours , affectueuse , sévère , suppliante.

Horjyer, où allons-nous? Avec la terre, et ses grands et jx'lits intérêts, nous ne gagnerons pas le ciel*.

Et plus tard, à la veille des grandes secousses de 18i8 :

Renoncez à tout co qui vous sépare de Dieu. A genoux , je vous en conjure"^. '

Enfin Dieu a le dernier mot. L'épreuve a visité Berryer. Sa vie publique est finie; la tribune est renversée, la dictature triomphe. Dans les rangs mômes où il a combattu , l'ingratitude attend le royaliste ; ceux qui lui doivent le plus le tiennent à l'écart; de grandes tristesses l'accablent : c'est l'heure de la religion. Tandis que du fond de l'exil, le bouillant la Moricière, après avoir ti'aversé tous les systèmes , se sent ramené aux croyances chrétiennes eu lisant les livres du P. Gratry, Berryer, avec la foi de son enfance , ouvre son âme au P. de Ravignan.

Le 29 mars 1857, il lui écrit :

Mon bienfaisant ami et ^énéré Père,

Je nie sons, grâce à Dieu, par votre aide, entré pleinement dans la volonté (l(î suivre la vole où vous devez me diriger. Je ne nian([ucrai pas d'alh'r ni'luunilier et me fortifier devant vous el par vous. Auditul meo dabis gaudlum et lœtUiam et exultabunt ossa humiliata.

Ma raison t't ma conscionce sont satisfaites. Je rends grâces à t)i«'u, el je vous bénis du fond de mon cœur. Gardez-moi, je

1 10 d«Mcmbrc ISin.

a Jour de la Ponlecôte I8i»».

VOUS en conjure, mon bon Père, votre tondre et protectrice affection; venez-moi en aide, vos conseils et vos encouragements me sont nécessaires.

Je vous embrasse avec tendresse et n'attends que de vous le calme de ma vie et le repos dans la voie du salut*.

Et le P. de Ravignan répond à son ami :

Votre joie est ma joie, parce que mon cœur est votre cœur ; rendons grâces à Dieu... Je vous embrasse comme un frère tendrement chéri.

Mais l'œuvre du Père n'est pas achevée. Il se préoccupe de risolement de Berryer, de ses peines, de la vieillesse qui approche. Il applaudit à la nouvelle que la belle-fille de Berryer va venir auprès de lui.

Oui, tout sera convenable, si cotte douce et pieuse assistance vous demeure pour vos vieux jours ^.

Le P. de Ravignan n'avait plus que quelques mois à passer sur la terre. Épuisé par la maladie, il semblait que la pleine conversion de celui à qui il disait : « Vous êtes ma mission ^ » illuminât sa fin.

La persévérance de vos pieux sentiments fait ma joie la plus douce, écrivait-il encore à Berryer. 0 mon ami! soyez bien vous-même, chrétien complet, homme de foi et de prière... Vous m'avez rendu heureux on me disant que vous aviez communié. Oh! oui, communiez souvent. Là est la force et la vie... Ma cellule est meilleure encore quand vous y vouez; mais mon cœur est partout où vous êtes '*.

1 Vie du p. de Ravignan, par le P. de Pontlevoy, H, i). W3.

2 0 octobre 4857.

3 48 janvier 4843.

4 Lettres des 29 août, 43 septembre et G octobre 48:J7.

(ilX) IJERRÏER SOUS LA RÉPL'BLIQUE ET LE SECOND EMPIRE.

Quand il sentit approcher sa dernière heure , le P. de Ravignan voulut réserver quelques instants pour son ami :

Le l*. de Ravignan vous recevra avec bonheur avant de quitter cette terre où son amiti(* vous est toujours restée fidèle, écrivait le P. Bazin à Berrver.

Le P. de Pontlevoy avait ajouté un mot à la lettre pour demander le secret sur cette entrevue, exceptionnellement accordée. Elle devait avoir lieu dans la matinée. Mais le P. de Ravignan réfléchit que le matin Berryer pourrait n'être pas libre ; la visite fut renvoyée au soir. Berryer sanglotait aux pieds du mourant dont le tendre regard se reposait sur lui.

« Vous avez un bon ami dans le sein de Dieu » , lui manda le P. Bazin (26 février 1858).

Les obsèques du P. de Ravignan se firent dans l'église Saint-Sulpice. Une foule immense, où se mêlaient tous les rangs, suivait le corbillard des pauvres, qui portait les restes du saint religieux. M*"" Dupanloup, évoque d'Orléans ^ , parut en chaire , et dès ses premiers mots : Dpfunctus ad/iuc loquilur^, il saisit l'assemblée. Berryer était là , les yeux pleins de larmes. Une parole du Prélat s'adressait à lui. M^"" Dupanloup avait parlé d'un « autre grand orateur incomparable, un des plus anciens amis » du P. de Ravignan.

Alil qu'il luc permette de le lui dire ici, s'écria Tévôque (rOrléans , son saint ami , à cette heure , répond de son âme (levant Dieu encore plus qu'il n'en répondait sur la terre!

Lorsque M^'^ Dupanloup entra dans la sacristie , Berryer, tout ému, courut l'y rejoindre et l'embrasser.

1 Vie de M^' Dupanloup, évêque d'Orléans, par M. rabbé I^agrang (aujourd'hui évê(|ue de Chartres), II, p. 247. ^ « Il est luort, et il nous parle encore I »

Le P. de Ravignan, avons-nous dit, avait accueilli avec bonheur la résolution prise par M™"" Arthur Berryer de s'établir auprès de son beau-père. Elle lui amenait son petit-fils, dont la venue fut une fête pour le vieillard. Berryer oubliait ses soucis dans les yeux de cet enfant.

Je détourne ma pensée autant que je le peux de tout ce que je pressens, et je contemple mon cher et charmant petit-fils, en demandant pour lui des jours meilleurs que ceux que nous avons traversés, écrivait-il à M. de Larcy... On partage en quelque sorte la jeunesse de ces petits êtres; on se sent revivre en eux; on prend des forces nouvelles dans le désir de les voir croître et de travailler encore à assurer leur bonheur * !

C'était un gracieux spectacle, lorsqu'on entrait le matin chez Berryer, de le voir gardant auprès de lui son petit-fils, laissant l'enfant bondir sur ses genoux 2, se jouer avec ses cheveux, et folâtrer gaiement, au milieu des plus graves entretiens , avec ce grand aïeul.

« Nous échangeons des sourires » , écrivait de lui Berryer. Il ne se résignait plus à vivre sans cet aimable compagnon. Une année, le jour de la Saint-Pierre, l'enfant ne fut pas auprès de son grand-père pour lui souhaiter sa fête. Berryer croit qu'on ne le lui amènera pas. Quel cri pour le réclamer !

Noémi, n'oubliez point que ce cher Henry portera mon nom; que c'est encore mon sang qui coule dans ses veines , qu'il est mien en un mot^î

1 3â mai 1859.

2 c Mon charmant petit Henry bondit sur mes genoux et sur mes épaules, pendant que je vous écris... » à M. de Larcy — 28 décembre 1857.

3 18 juillet 1857.

Mais l'enfant grandit; il faut songer à son éducation. Berryer encourage de ses fortes exhortations les vues maternelles :

La plus {grande conlianco en vous sera le fruit naturel <1(» sou attachcnient à la vérité et des soins affectueux qu'il vous voit prendre {)our lui; il a dans son organisation, dans son esprit et dans les jeunes mouvements de son cœur, une vivacité qu'il faut diriger, dont il faut prévenir les écarts, mai? dont il serait fâcheux d'émousser l'énergie. La vigueur de caractère et d'action est toujours une qualité bien précieuse pour un homme, surtout au temps où nous sommes, en face (les difficultés de conduite que présenteront les événements dont on doit prévoir que l'avonir de notre pays sera agité*.

Un jour, ou plutôt une nuit, pendant qu'il était séparé de son petit-fils, Berryer fut agité de tristes pressentiments. 11 avait fait un mauvais rôve; il avait cru voir l'enfant en danger. 11 écrit aussitôt à sa belle-lille :

... Je nie suis couché avec ces agréables pensées, et voilà (|u'un rév(^ pénible a succédé au charme des préoccupations du jour. J'ai vu co chor petit tomber dans un profond précipice dont les lianes étaient tout hérissés de branchages, d<» l)uissons, sur Icscfuels le pauvre enfant posait et r<»tombait au grand pécil de sa vie. Du haut de cet abîme , impuissant à lui porter secours, je n'ssentais un coup terrible à chaque ressaut d(î son corj)s, et je vous voyais vers le bas, en vous criant de l'arrêter dans sa chute. Mon suppHce a duré longtemps; mais Henry a été sauvé par vous. Chère Noémi, il y a de la faiblesse dans toutes les affections ici-bas. Point d'amour sans crainte, 'H quoique je ne m'abandonne jamais à ce qu'on veut appeler (\r^ l)!*essenliments, je suis, depuis mon réveil, tourmente de ce son^'-e. Je voudrais n'y \oir qu'une image do ce que sera l'existence de co. cher enfant , avec l'impétuosité <le sa nature,

1 Ui O(tol)re i«:iî>.

les bonnes tendances de son cœur et les secours qu'il recevra de son honnête et vertueuse mère. Mais je ne m'arrête pas à celte façon de parabole; j'ai peur qu'il ne soit arrivé quelque accident à Henry, et je suis impatient d'apprendre par vous qu'il n'y a rien qui me puisse inquiétera

Il conûa plus tard Tenfant aux soins des maîtres du collège de la Chapelle, à qui déjà il avait donné ses neveux.

Tel fut Berryer. Nous nous sommes arrêtés à le contempler dans son repos. Il est temps de reprendre le cours de sa vie qui va finir.

1 10 juillet i8r>9.

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