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CHAPITRE IV

La Baume, tristement célèbre par son amour pour la bonne chère, était naturellement, ainsi que son clergé, opposé à toute réforme. Aussi Farel se trouva-t-il en présence d'obstacles qui lui eussent paru insurmontables, s'il n'eût eu cette foi qui ébranle les montagnes et déracine les mûriers; il mesura les difficultés et engagea résolument le combat avec Pierre de La Baume, ses deux cents prêtres et ses trois cents moines. Pour l'aider dans cette rude et grande bataille, il avait avec lui deux hommes remarquables. Froment et Pierre Viret.

Froment, né vers 4540 au val de Trieves, fiit amené à la connaissance de l'Évangile par les prédications de Farel, et, bien jeune encore, il fut chargé de la direction de l'église d'Yonan. Un jour, Farel , chassé de Genève, arrive à Morges et raconte à quelques réformés, au nombre desquels était Froment, les causes qui l'ont forcé à abandonner son champ de travail. En l'entendant. Froment cède à une inspiration subite, et part pour Genève, où il déploie tant de courage et d'habileté, qu'il prépare les voies à Farel, qui reprend ses travaux apostoliques, secondé par son intrépide lieutenant dont le nom devient inséparable du sien.

Pierre Viret était né à Orbe en 1541; son père, marchand drapier, le destina de bonne heure à l'Église ; mais Dieu fit du séminariste un grand réformateur. A Genève il seconda puissamment Farel. Son

éloquence n'était ni véhémente comme celle du réformateur, ni originale comme celle de Froment; mais pendant que ces deux derniers signalaient les abus du romanisme, et faisaient rougir les Genevois de leurs grossières superstitions, Viret, par sa parole douce et persuasive, les amenait à Jésus-Christ. Sa piété vivante, sa charité inaltérable impressionnaient les masses qui voyaient en lui un vrai disciple du Crucifié; sa personne était une prédication vivante.

Farel, secondé pai^ ses deux lieutenants, enleva Genève à Pierre de La Baume, son évéque, et s'en rendit maître lé 27 août 1535, jour mémorable dans lés annales de cette ville, qui grava sur ses armoiries ces belles paroles : Post tenebras lux}

Farel régnait, mais sur des débris, d'où il fallait Êdre surgir un nouvel édifice. Il se mit, aidé de Yiret, à l'œuvre avec une sainte ardeur , et prépara, pour un peuple qui n'était pas chrétien, une organisation chrétienne ; c'était hardi , à vues humaines impossible ; heureusement les deux réformateurs eurent en partie les yeux fermés sur les immenses difficultés de leur tâche, et les Genevois ne comprirent pas combien serait pesant le joug qui allait leur être imposé. Ce fut un grand et beau jour pour Genève que celui où tous ses citoyens, réunis, le 21 mai 1536, dans le

i. Après les ténèbres la lumière.

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