CHAPITRE IV
temple de Saint-Pierre, jurèrent de prendre l'Évangile pour la règle de leur conduite, comme ils avaient juré, le jour où la messe avait été abolie, de le prendre pour règle de leur foi.
L'étranger qui eût été témoin de ce spectacle, unique dans les annales de l'histoire , eût cru , non sans raison , qu'un vent de Pentecôte avait soufflé sur Genève et régénéré ses habitants. Il se serait trompé : dans ce grand mouvement religieux, la chair avait plus de part que l'esprit , l'imagination que le cœur , la bonne volonté que la réflexion; car lorsqu'il fallut mettre à exécution l'organisation votée, les difficultés surgirent, et l'opposition commença. Fafel voulait que ce qu'on avait voté ne fût point lettre morte, et il recourait aux magistrats pour qu'ils lui prêtassent main-forte ; ceux-ci l'aidèrent ; mais , à mesure que des châtiments exemplaires étaient infligés, une opposition, composée de tout ce qu'il y avait de taré et de vicieux, se formait et s'accroissait, chaque jour, de tous ceux que l'état actuel des choses transformait en mécontents.
Farel se raidissait contre les obstacles, et lui qui n'avait reculé ni devant la haine, ni devant les menaces des prêtres , attaquait ouvertement ceux qui se montraient rebelles à des lois qui, bien observées, devaient faire de Genève une ville morale. Il les attaquait même dans ses sermons, qui manquaient trop souvent de dignité et de charité, mais qui étaient
pleins de cette sève de force et de vie qui fait les grands orateurs. La patience manquait à Farel; homme d'action, il aurait voulu que tout se fît prompteinent, et jugeant des autres par lui-même , il n'avait pas su comprendre qu'il faut plus de temps pour refaire un édifice que pour le démolir; aussi sentait-il ses forces l'abandonner, et il commençait à désespérer de Genève, quand Dieu lui envoya, dans le jeune auteur de YlnstUtUioUy un secours inattendu.