‹ Vie de CalvinChapitre 23 sur 98 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Calvin donne à Saint-Pierre des leçons publiques sur TÉcriture sainte. -— Joie de Farel. — Il cède la première place à son jeune ami. — Difficultés de la tâche des deux réformateurs.— Fermeté de CalYin. — Il rédige une confession de foi et unit étroitement TÉglise à TÉtat. — Il s'occupe de llnstruction publique et compose un catéchisme. — Origine du parti des Libertins. — Leur opposition à l'œuvre de Calvin. — Pourquoi. — Découragement de Calvin et de Farel. — L'aveugle Corault relève leur courage. — Débats à l'occasion de la manière de célébrer la sainte Cène. — Le synode de Lausanne décide contre Farel et Calvin. — Les deux amis en appellent au synode de Zurich. — Les Libertins obtiennent la majorité dans le Conseil, qui ordonne que la Gène sera célébrée selon le rite bernois. — Opposition des deux amis. — Scènes tumultueuses à Saint-Gervais et à Saint-Pierre. — - Bannissement des deux réformateurs. -— Paroles de Bonnivard.

A peine arrivé, Calvin donna à la cathédrale de Saint- Pierre des leçons publiques sur rÉcriture sainte. Le jeune professeur n'avait ni Tardeur, ni Timagination de Farel; mais inférieur de ce côté à son compagnon d'œuvre, il lui était supérieur par la profondeur des pensées et par la manière de les présenter; en l'entendant, on oubliait sa jeunesse, et chacun sentait qu'il avait, devant lui, un maître; ce maître n'entraînait pas, il persuadait, et son enseignement se gravait d'autant

plus dans les esprits, qu'il était donné avec une raison supérieure. Farel était heureux, et il ne savait assez se réjouir des succès de son jeune ami; dés lors il ne voulut être que son lieutenant et lui abandonna , avec joie, la première place. Et cependant il avait tant travaillé! et de tous les ouvriers dont Dieu s'était servi pour fonder des églises en France et en Suisse, il était celui qui avait remporté les victoires les plus éclatantes; mais le jour où il céda la place d'honneur à Calvin, il ne descendit pas, il grandit; car il montra que ses travaux n'avaient pour but que la seule gloire de son Dieu.

Les deux amis commencèrent leur œuvre commune au milieu de circonstances pénibles et bien difficiles. Genève était agitée comme l'est une ville au lendemain d'une révolution, quand il faut qu'elle passe tout à coup d'un ordre ancien à un ordre nouveau; rien n'était fait, tout était à refaire avec les débris du passé. A côté d'un petit nombre d'hommes qui étaient chrétiens de cœur, se trouvaient quelques catholiques qu'on voulait contraindre à aller au sermon et qui s'y refusaient, et entre ces deux partis extrêmes se trouvait une masse de peuple sans conviction qui applaudissait au triomphe de Farel, mais qui ne se doutait pas de ce que le jeune Français voulait faire d'elle. Un grand nombre, sans doute, comprenait qu'il y avait beaucoup à réformer à Genève; mais parmi eux se trouvait un parti hardi, actif, remuant,

Page 1