‹ Vie de CalvinChapitre 24 sur 98 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

qui repoussait toute amélioration morale , et qui devint le noyau de ce parti des Libertins qui occupe^ dans l'histoire de Genève, une page si triste et si retentissante. Il n'attendait qu'une occasion pour se manifester.

Calvin n'alla pas en avant en aveugle ; il sonda le mal profond comme un abîme; mais sa grandeur l'affligea sans le décourager. Sous la frêle enveloppe de cet homme timide et réservé par nature, il y avait une volonté qui ne fléchissait jamais quand il croyait travailler pour la cause de Dieu, a Si Genève ne devient pas une ville morale, se dit-il, c'en est fait d'elle. Elle le sera, ou je périrai à la tâche. » Quelques jours après son arrivée, il demanda que les femmes de mauvaise vie, qui chantaient des chansons infâmes dans les rues, fussent mises au croton, si elles continuaient, et punies de la peine du carcan si elles récidivaient. Le Conseil trouva la demande juste et la sanctionna par un décret.

Calvin, convaincu de plus en plus qu'il fallait à Genève une forte organisation religieuse, s'occupait, sans relâche, avec Farel, à lui en rédiger ime; trois mois après son arrivée, leur travail était terminé : il contenait une confession de foi qui enseignait tout ce qu'il faut croire et pratiquer.*

1. Cette confession de foi, qui a seni de modèle ù celle de 1559 et à celle de La Rochelle, est un résumé de V Institution chrétienne et Texpression de la foi personnelle de Calvin qui devint celle des églises réfonnées de France.

Les deux amis s'étaient placés en face de la Bible , et en rouvrant, ils n'avaient pas dit : « Que pensons-nous de ce que nous lisons; mais: «Que lisons -nous?» La Bible fat donc leur charte spirituelle : ils ne voulurent pas plus; mais ils ne voulurent pas moins.

Calvin, dans sa confession de foi, unit si intimement rÉglise à rÉtat qu'ils ne font qu'un : c'était le côté périlleux de son œuvre; mais cette alliance, dans laquelle nous entreverrions aujourd'hui bien des dangers, était une nécessité du moment, et il eût été bien difficile, pour ne pas dire impossible, que le jeune réformateur eût réalisé ses projets sur Genève, s'il eût voulu «l'Église libre dans l'État libre.» Cette idée qui fait aujourd'hui des progrès dans le monde, et qui a pour elle l'avenir, ne pouvait germer et se développer dans la tête de Calvin, qui voulait faire, de sa ville d'adoption^ une Sparte chrétienne. A chaque idée son temps. Ne faisons donc pas un crime à nos devanciers de ne pas avoir pensé comme nous, et au lieu de les critiquer, eflforçons-nous de les imiter dans leur foi, leur courage, et surtout dans ce renoncement à eux-mêmes que nous savons si bien admirer et si peu pratiquer; et si, épris toutefois de notre idéal, nous condamnons celui qu'ils réalisèrent en partie, montrons qu'ils se trompèrent, non avec nos paroles, mais en faisant mieux qu'eux, et puisque le progrès est le patrimoine de l'avenir, progressons; mais progressons bien.

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