‹ Vie de CalvinChapitre 25 sur 98 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Les deux amis présentèrent leur confession de foi au Conseil des Deux -Cents, qui l'adopta après une longue discussion.

Calvin, sachant que l'ignorance engendre la 'superstition et la corruption, s'occupa avec beaucoup d'activité de l'instruction publique, pour laquelle Pierre de La Baume et ses devanciers n'avaient rien fait. Il ne faut pas leur en faire un crime, Rome ne peut, et pour cause, aimer la difiîision des lumières qui pro* voque nécessairement un esprit d'examen qui lui est toujours fatal; mais Calvin, qui ne séparait pas Finstruction de la religion, voulut que l'enfant lut de bonne heure instruit dans les vérités chrétiennes. A cet effet, l'homme qui avait écrit le célèbre livre de Y Institution, ne crut pas descendre en composant un catéchisme.

L'œuvre des deux réformateurs avançait, mais lentement. Le parti qui ne voulait pas se soumettre à l'ordre établi devenait, de jour en jour, plus nombreux. Le réformateur s'impatientait et Farel plus encore; par moments ils perdaient courage; peut-être auraient-ils faibli si Dieu ne leur avait donné un appui puissant dans un aveugle qui avait déjà aidé Farel à conquérir Genève : on l'appelait Coràult.

Corault voué, dès sa jeunesse, à l'état monacal, avait embrassé avec ardeur la Réforme; il était devenu l'un des prédicateurs de Marguerite de Valois. Les bûchers, allumés partout, l'ayant obligé de s'expatrier.

îl était venu à Genève, où il se fit remarquer par son éloquence inculte, mais pleine de verve; sa cécité, loin de ralentir son zèle, ne fit que l'accroître, et nul, pas même Farel, ne savait, comme lui, dire aux prêtres de dures vérités. Son courage ne calculait jamais les obstacles, et il allait toujours en avant, sachant que Dieu est plus fort que les hommes. Au milieu de la lutte la plus vive, son calme égalait son énergie; il voulait, comme Calvin, que Genève devînt une ville morale, et quand le réformateur et Farel ployaient sous le poids de leur tâche, Corault leur disait : «Affermissez vos genoux tremblants et préparez vos doigts à la bataille; si le Maître est pour vous, qui sera contre vous?» C'est ainsi que Dieu se servait du vieil aveugle pour donner des forces à ses deux serviteurs.

Conseillés, aidés et encouragés par Corault, Calvin et Farel prirent une grave mesure que nous ne comprendrions pas de nos jours, mais qui, dans ce moment, était une conséquence logique de la position prise par les deux réformateurs, qui ne pouvaient atteindre leur but que si la confession de foi votée par le Conseil n'était pas une lettre morte. Us résolurent de faire présenter à chaque citoyen la confession de foi imprimée, afin que chacun déclarât, oui ou non, s'il voulait la prendre pour règle de sa foi et de sa conduite. Plusieurs dirent oui; mais un grand nombre ne voulut dire ni oui ni non; leur opposition ne va*

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