CHAPITRE V
nait pas de la partie dogmatique de la confession de foi^ mais des règlements disciplinaires auxquels ils refiisaient ouvertement de se soumettre. Calvin et Farel ne voulaient rien céder, sentant que s'ils faiblissaient sur un point, il faudrait bientôt faiblir sur un autre, ce qui entraînerait infailliblement la ruine de leur œuvre.
La majorité appartenait encore aux deux réformateurs, mais elle leur échappa aux élections de 1538 : §ur quatre syndics, trois appartenaient au parti de leurs adversaires.
La position des deux amis était critique ; une question puérile vint la rendre plus critique encore. Les Libertins demandèrent que la Gène fût célébrée selon le rite bernois, avec du pain sans levain au lieu de pain ordinaire. Calvin aurait pu céder sans faire aucun sacrifice à sa foi; mais, dominé par son esprit absolu, il repoussa la demande des Libertins.
Un synode fut convoqué à Lausanne. Calvin et Farel s'y rendirent, et y soutinrent leur opinion avec autant de force que de modération; les Bernois l'emportèrent sur eux par le nombre des votes. Les deux réformateurs en appelèrent de leur décision au prochain synode de Zurich, et de retour à Genève ils demandèrent que rien ne fût changé dans la manière de célébrer la sainte Cène, jusqu'à ce que Zurich eût prononcé. Les Libertins ne voulurent pas attendre, et
le Conseil des Deux-Cents, en cela d'accord avec eux, arrêta que l'on communierait à l'avenir selon le rite bernois.
La décision du Conseil était légale, parce qu'il n'avait fait qu'user des pouvoirs que la constitution religieuse lui avait reconnus; le réformateur aurait pu baisser la tête et se soumettre s'il ne se fût agi que de substituer le pain ordinaire au pain azyme; mais dans la décision synodale, il voyait quelque chose de bien plus grave : le dessein de renverser l'ordre établi; il se prépara donc à la résistance. Ses ennemis, enhardis par l'appui du Conseil , se préparèrent à s'approcher de la sainte table par des actes ignobles; ils insultèrent les pasteurs et crièrent sous leurs fenêtres : «Au Rhône! au Rhône! » Ils organisèrent ensuite une mascarade dans laquelle ils parodièrent les choses les plus saintes, et se livrèrent à des orgies qui eussent scandalisé Pierre de La Baume lui-même. C'est ainsi qu'ils se préparèrent à recevoir les symboles sacrés dont il est dit « que celui qui les reçoit indignement mange et boit sa condamnation. i>
Les deux réformateurs, à la vue de ces profanes, étaient navrés de douleur et se disposaient, dans la prière, à affronter l'orage qui se préparait. Le jour de Pâques, Calvin occupe là chaire à Saint-Pierre ^ Farel à Saint -Gervais. Ce dernier retrace à grands traits les dispositions qui doivent animer ceux qui s'approchent de la sainte table; puis faisant allusion