‹ Vie de CalvinChapitre 28 sur 98 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

CalriA é^Farel , accompagnés de Gorault, se dirigent vers Berne. Aceueil peu empressé qu'ils y reçoivent. — Ils sont mieux accueillis à Zurich. — Les deux amis à Bâle. — Le séjour de cette ville plaît à Calvin. — Au moment où il veut s'y fixer, il est appelé à Strasbourg. — Calvin pasteur et professeur. — Son mariage avec Idelette de Bure.

Les deux amis, proscrits et chassés par la ville que l'un a délivrée de la superstition qui la déshonorait^ et que l'autre a voulu rendre chrétienne, s'acheminèrent, accompagnés du vieux Corault, vers Berne où ils furent d'abord assez mal accueillis. Calvin raconta aux magistrats, noblement, simplement, sans récriminations, ce que lui et Farel avaient voulu faire à Genève, et il leur démontra que leur exil se rattachait au projet de quelques meneurs qui voulaient livrer la ville à son ancien évêque Pierre de La Baume, lorsque les ministres auraient été chassés; quant aux émeutes qui avaient suivi la distribution de la sainte Cène, il établit clairement que leur refus de l'administrer avait pour seule cause l'indignité des communiants. Son langage austère disposa favorablement les esprits, et quand ils quittèrent Berne pour aller à Zurich, ils

y furent accueillis avec une grande bienveillance par fiuUinger^ qui voua, dès lors, à Calvin, une amitié inaltérable. De Zurich, les exilés se dirigèrent vers Bâle; en franchissant ses portes, Calvin se sentit comme dans une ville de reftige; il aimait cette cité qui lui rappelait les jours heureux qu'il y avait passés livré au doux travail de l'étude. Il va donc se reposer, mais comme un chrétien se repose, en consacrant, à son Dieu, ses jours et ses nuits; son cabinet d'études, la bibliothèque publique si riche en livres et en manuscrits, une société d'amis chrétiens lui referont une patrie, puisque la foi qu'il professe lui ferme les portes de cette France qu'il n'a pas cessé d'aimer, et au service de laquelle il mettra sa plume active et di* ligente.Tels étaient, nous n'en doutons pas, les désirs du jeune réformateur; mais la volonté de Dieu était que cet homme , qui aimait la solitude, passât ses jours dans les luttes et les agitations. Son Maître lui faisait l'honneur d'avoir besoin de lui; il ne lui avait pas confié tant de talents pour qu'il les enfouit à Bâle, dans le silence de son cabinet. A peine est-il arrivé, que Bucer lui écrit : «Reviens à Strasbourg, nous avons besoin de toi.» Calvin résiste; Bucer insiste. «C'est Dieu qui le veut ainsi,» dit le réformateur, et triste, mais soumis, il fait ses adieux à Farel et se dirige vers Strasbourg.

Il y a quelque chose de trè.s-touchant dans l'affection qui unit Farel à Calvin. La différence d'âge qui

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