CHAPITRE vr
heure mal employée; il prêche, il professe, il écrit, et surtout il prie; c'est, la prière qui est Thuile de cette lampe qui brillera jusqu'au moment où, sa grande œuvre accomplie, l'ouvrier sera recueilli vers son maître.
Nous n'avons encore rien dit de sa personne : il était frêle et délicat, sans grande apparence, sa figure était longue et pâle; sur ses lèvres, le regard saisissait rarement un sourire; mais ses yeux brillaient du feu du génie; il avait, en un mot, la mâle beauté des grands hommes. Grave et austère, il n'avait rien de commun avec Luther, figure vivante, animée, joyeuse, parfois bouffonne, mais toujours grande. Sévère pour lui-même comme pour les autres, Calvin était la loi incamée, tempérée par les rayons de la grâce : c'était un grand docteur debout sur le Sinaï, regardant le Calvaire. De là, cette réputation de dureté et même de cruauté que ses adversaires lui ont faite, bien que cet homme austère ne connût pour lui et pour les autres que l'étroit sentier du devoir. Il parut donc dur et cruel, et ne ftit ni l'un ni l'autre. Son plus beau titre de gloire est sa soumission absolue de tous les jours à ce qu'il crut être la volonté divine.
Dieu donne aux temps et aux événements les hommes qui leur conviennent. Si nous eussions eu à choisir entre Luther et Calvin, nous n'eussions pas hésité : Luther est si Français! Il monte si résolument
à Tassaut, il brûle avec tant d'intrépidité les bulles du papel Ses pamphlets contre Rome sont si mordants! et puis ses défauts mêmes nous sont plus sympathiques c[ue les quaUtés austères du chapelain de la Gésinè. Eh bien! nous eussions mal choisi. Luther n'eût pas plus été Luther en France que Calvin n'eût été Calvin en Allemagne. Dieu fait bien ce qu'il fait. Calvin était l'homme qu'il fallait aux Français, qui parlent toujours de liberté et qui ont toujours besoin qu'on les gouverne; la figure austère et sévère du réformateur leur imposa. Cet homme, qui ne riait jamais au milieu d'un peuple qui rit de tout, voulut être obéi; il le fut trop peut-être : car il altéra le caractère national sur lequel il apposa le cachet de sa physionomie : ce fut un mal nécessaire. La France étant essentiellement un pays de réaction, il lui faut le çàlme d'une trappe ou le bruit du monde. Entre le ligueur et le huguenot, il n'y a pas de juste mijieu.
Calvin vivait à Strasbourg, retiré et solitaire; rien, dans son intérieur, ne venait l'égayer ; sa seule distraction, c'était le travail; ses amis, témoins de son isolement, résolurent de lui chercher une compagne. Farel, qui ne songea au mariage pour lui-même que fort tard, fut des plus empressés, montrant plus dcj zèle que de tact. «Souviens-toi, lui écrivait son ami, de ce que je désire rencontrer dans une compagne ; je ne suis pas, tu le sais, de ces amants qui adorent jusqu'aux défauts de la femme dont ils sont épris; La