CHAPITRE vn
montre les causes justes et légitimes qui l'ont amenée, et à l'accusation d'avarice que Sadolet a lancée contre les réformateurs, il répond par ces mots ironiques: «Vrai! nous recherchons l'argent et les honneurs, nous qui dépouillons l'Église de la trop grande abondance de ses biens, pour nourrir les pauvres; pour arriver aux grandeurs, n'était-ce pas le plus court chemin, que d'accepter incontinent les conditions offertes par vous? Votre pape, de quelle somme rachèterait-il aujourd'hui le silence de plusieurs? >>
Les Genevois, qui avaient accueilli avec faveur la lettre de Sadolet, sentirent tout ce qu'il y avait de vrai patriotisme dans le proscrit de Strasbourg, et plusieurs commencèrent à comprendre qu'ils pourraient bien s'être trompés en votant son bannissement.
Quand la conférence lyonnaise eut connaissance de la réponse de Calvin, elle vit qu'il fallait autre chose que la plume de Sadolet pour rouvrir à Pierre de La Baume les portes de sa ville épiscopale ; elle reporta tout son espoir sur une mission qu'elle avait organisée auprès des Genevois, et, chose remarquable! on vit ces mêmes prêtres, que Farel avait chassés, reparaître tout à coup sur les terres de Genève et y célébrer le culte romain. Ce n'était pas, il faut le dire, l'amour des âmes qui les y portail, mais l'ordre parti de Lyon. Ils sortirent à contre-cœur des monastères de Savoie, où leur vie s'écoulait paisible-
ment, et eux qui avaient déclaré «n'être point clercs et ne savoir prouver si la messe était bonne, > se trouvèrent tout à coup métamorphosés en missionnaires et obligés de défendre les dogmes de leur église contre ces prédicants, dont quelques-uns pouvaient bien avoir, comme Farel, «un démon dans chacun des poils de leur barbe. »
Quand ils franchirent les limites de la Savoie pour entrer sur les terres de Genève, ils étaient quarantequatre chanoines ou curés; c'était une véritable invasion. Les syndics leur ordonnèrent de comparaître immédiatement devant eux, et, plus humains que les Savoisiens, qui faisaient brûler les protestants, ils se contentèrent d'ordonner qu'ils seraient reconduits «es lieux où l'on chante messe.» Les prélats, qui attendaient beaucoup de cette mission, furent désappointés, et ils perdirent tout espoir de reconquérir Genève.
Les mêmes hommes qui avaient chassé Calvin commençaient à apprécier le proscrit qui, du fond de son exil, savait si bien défendre leur indépendance religieuse et politique, lorsqu'un grave événement leur ouvrit complètement les yeux sur ceux qui avaient été les premiers provocateurs de son bannissement. Jean-Philippe, ayant été convaincu du crime de haute trahison envers l'État, fut décapité.
La réaction en faveur de Calvin était conmiencée : l'idée de le rappeler ne tarda pas à se faire jour dans