CHAPITRE VII
ment ne le sera jamais. Dans un beau chapitre de son Histoire de Calvin , M. Bungener nous initie à cette lutte domestique,. dans laquelle intervinrent Luther, Bucer, Brentius, Pierre Martyr, Zwingle, Calvin et Mélanchthon, qui toujours, par nature, homme de juste milieu, chercha des biais et des demi-mesures pour rapprocher les adversaires. 11 impatiente Luther, qui, le doigt posé sur les célèbres paroles, exige que Christ soit présent dans le sacrement de l'autel, puisqu'il a dit: Ceci est mon corps, ceci est mon sang, et il afflige Calvin, qui sait, parce que Mélanchthon le lui a dit, que ses idées sur la Cène sont les mêmes que les siennes. Le réformateur voudrait que Fami de Luther se décidât; mais c'était lui demander ce que sa nature douce, indécise ne pouvait lui permettre; il aimait Luther: pouvait -il faire de la peine à ce vieil et vaillant athlète, qui avait combattu et remporté tant de victoires?
Les idées de Calvin sont celles qui nous paraissent le plus se rapprocher du sens qu'on doit donner aux paroles de la Cène; comme Zwingle, il y voit un mémorial de la mort expiatoire du Rédempteur, et, comme Luther, sa présence, mais sa présence spirituelle.
Dans la lutte que Calvin soutient contre Luther, il attaque son opinion avec sa logique puissante, serrée; mais il n'oublie jamais qui est Luther, quoique ce dernier se montre trop souvent injuste à son égard»
« Bullinger! écrit Calvin au pasteur de Zurich, je te conjure de ne jamais oublier quel homme éminent est Luther, et de quels dons il est doué! Pense avec quelle force d'âme, quelle persévérance inébranlable, quelle puissance de doctrine il s'est consacré jusqu'à ce jour à renverser l'Antéchrist, et à répandre, près et loin, les doctrines du salut. Pour moi, je l'ai souvent dit, et je le répète encore : quand il m'appellerait un diable, je ne cesserais pas de le tenir en grande estime, et de reconnaître en lui un illustre semteur de Dieu.» Et quelques mois après, écrivant à Luther lui-même : «Oh! si je pouvais voler Vers toi et jouir, lui disait-il, ne fût-ce que quelques heures, de ta société!... Mais puisque ce bonheur ne m'est pas donné ici-bas, bientôt, j'espère, il nous sera donné dans le royaume de Dieu. Adieu donc, homme très-illustre, éminent ministre de Christ, père à jamais vénérable pour moi. Que le Seigneur continue à te diriger par son esprit pour le bien commun de son Église. »
Cette lettre ne parvint pas à Luther. Mélanchthon, entre les mains duquel elle tomba, n'osa la lui remettre, de peur de l'irriter; il eut tort. En traçant ces lignes, nous regrettons vivement que les deux réformateurs ne se soient jamais connus personnellement. Quel que fût l'entêtement de Luther, sa grande intelligence eût reçu probablement quelques éclairs de celle de Calvin, le plus grand théologien de son siècle; sa connaissance des Écritures et sa dialectique puissante l'eussent
ZWIN6LE.