‹ Vie de CalvinChapitre 39 sur 98 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

d'autant plus fait réfléchir que, vers la fin de ses jours, il devint plus traitable, et probablement il eût renié son opinion, s'il n'eût craint de jeter du trouble dans l'Église qui portait son nom.

Les rapports entre Mélanchthon et Calvin allaient jusqu'à l'intimité ; le réformateur français se sentait doucement attiré vers l'ami de Luther, et tout absolu qu'il fût dans ses idées, il supportait en Mélanchthon ce qu'il n'aurait pas supporté chez un autre; il était si doux, si humble, si pieux! Quand Dieu le prit à lui, l'austère Calvin laissa éclater sa douleur dans son écrit contre Heshusius : « Philippe Mélanchthon ! s'écriait-il, c'est à toi que je m'adresse, toi qui maintenant vis auprès de Dieu avec Christ, nous attendant là-haut jusqu'à ce que nous soyons recueillis avec toi dans le repos bienheureux, cent fois tu m'as dit, lorsque, fatigué de travaux et d'ennuis, tu reposais ta léte sur mon sein : ((Plût à Dieu, plût à Dieu, que je pusse mourir sur ce sein -là! » Pour moi, plus tard, cent fois j'ai souhaité qu'il nous fût donné d'être ensemble. Certainement tu aurais été plus hardi à affronler les luttes, plus courageux à mépriser l'ennemi et la calomnie. Alors aussi eût été réprimée la méchanceté de beaucoup de gens, chez qui l'audace a crû en proportion de ce qu'ils appelaient ta pusillanimité. »

La question si débattue par tant d'éminents esprits ne fut pas résolue de leur vivant; après leur mort,

les luttes continuèrent, et ne s'assoupirent que longtemps après ; peu à peu les opinions de Luther et de Calvin furent abandonnées pour celle de Zwingle; mais depuis qu'un vent de réveil a soufflé sur le protestantisme français, on revient à celle de Calvin comme à celle qui se rapproche le plus du texte sacré, et qui répond le mieux au besoin d'une âme fidèle qui désire ardemment entrer en communion avec son Sauveur, et se nourrir, par la foi, de son corps et de son sang.

Revenons maintenant à Calvin, quittant Strasbourg et s'acheminant vers Genève, triste, mais soumis.

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