CHAPITRE VIII
Àrrhée de Calvin à Genève. — Il demande aux magistrats qu'on s'occupe immédiatement de l'organisation de TÉglise. — On lui alloue un traitement et un logement.— Il rédige les Ordonnances ecclésiastiques. — Il proscrit la croix. — Les aides de Calvin. — Sa sévérité à Tégard des pasteurs indignes. — Fondation de la république calviniste. — La peste à Genève. — — Héroïque dévouement du pasteur Blanchet. —Calvin s'oflfre au Conseil pour soigner les pestiférés. — Refus du Conseil. — Mort de Blanchet. — Lâcheté de quelques pasteurs. — Le fléau reparaît. — Les boute-peste. — Supplice de ces scélérats.
Calvin se mit en route pour Genève, où il arriva le 12 septembre 4541. Le lendemain, il se présenta devant Messieurs du Conseil, et les pria «qu'on mît ordre, en Féglise, que cet ordre fût mis par écrit et qu'on choisît quelques-uns de ses membres pour en conférer ensemble. — Quant à moi, ajouta*t-il, je serai toujours serviteur de Genève. » Quelques jours après, les magistrats ordonnent qu'on lui achète du drap pour lui faire une robe, et fixent son gage à cinq cents flo* rins, douze coupes de froment et deux boisseaux de blé> «attendu qu'il est homme de grand savoir et propice à la restauration de l'Église chrétienne, et supporte grande charge des passants. » 4,000 francs environ dô
notre monnaie actuelle, telle fut la liste civile de celui qu'on appela plus tard le pape des protestants, et qui devait faire les honneurs de Genève aux étrangers. On lui donna, en outre, un logement dans la rue des Chanoines, et comme le mobilier que le réformateur avait apporté de Strasbourg, était loin d'être considérable, on lui alloua 121 florins 2 sols pour l'achat de quelques meubles dont il n'eut que la jouissance, et dont la République reprit possession eu 1564. Dans l'in- 'ventaire qui fut fait à cette époque, figurent un bufl^ct sans serrure et une douzaine d'escabelles qui étaient neuves, mais qui étaient «tant bonnes que méchantes « quand on les lui remit ».
Calvin, sans s'effrayer des difficultés que l'avenir lui réservait, était de plus en plus convaincu que Genève ne serait véritablement une ville chrétienne que le jour où chaque citoyen courberait la tête souo un joug commun; ce joug, il le forgea de ses propres mains, non pour s'asservir les Genevois, mais pour les asservir à Dieu et s'y asservir le premier. Il faudia donc que l'État et TÉglise se prêtent un mutuel appui, et que de leur accord surgissent la prospérité et la grandeur de la République.
Le réformateur se place hardiment sur le teirain biblique; l'Évangile c'est sa charte, il ne veut rien de plus, mais rien de moins. Il organise d'abord le ministère qui se compose du pasteur, qui, dans l'Écriture, est appelé surveillant ou évêque, ancien, ministre; la