‹ Vie de CalvinChapitre 42 sur 98 · CHAPITRE VlII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VlII

nise si bien que la mendicité^ cette lèpre du moyen âge, est interdite à Genève.

Telle est, en résumé, Tœuvre du réformateur qui porte un double cachet : le sien et celui de son époque. En liant si étroitement TÉtat à l'Église et rÉglise à rÉtat, il créait des conflits qui ne pouvaient s'éviter que tout autant qu'ils seraient pénétrés l'un et l'autre d'une vie chrétienne très-avancée.

L'instrument dogmatique et ecclésiastique, avec lequel Calvin voulait régénérer Genève, était trouvé; mais il fallait le voir fonctionner; était-il bon? était-il mauvais? c'était à l'expérience seule à prononcer. Le réformateur ne se dissimule pas les difficultés qui l'attendent; mais il est résolu à tout braver et à tout souffrir pour atteindre son but. Profitant de sa popularité, qu'il doit bientôt perdre, il s'en sert pour l'organisation intérieure de l'Église, il compose des liturgies en se pénétrant plus encore de l'esprit que de la lettre des saintes Écritures; il donne aux pasteurs des directions pour leurs sermons et leur recommande surtout de n'être pas trop longs; il ne comprend pas qu'un prédicateur se fatigue pour fatiguer ses auditeurs. Au bonhomme Farel, qui ne savait jamais finir ses discours, il disait : «On dit que la longueur de tes sermons est un sujet de plainte. Tu m'as dit toi-même plus d'une fois que tu voulais y veiller. Ne l'oublie pas, je t'en supplie, et puisque ce n'est pas pour notre propre édification que le Sei-

gTieur nous appelle à monter en chaire, mais pour celle du peuple , il est de ton devoir de te modérer de telle sorte que la parole de Dieu n'ait pas à pâtir de ce que tu auras lassé les gens. »

Ce que Calvin recommande pour les sermons, il le recommande également pour les prières; il a raison; le cœur est comme un vase, D suffit d'une goutte de trop pour le faire déborder.

Le réformateur s'occupe du chant que l'Église romaine avait réservé pour ses prêtres. II veut que, de bonne heure, les enfants soient exercés à chanter les psaumes du Seigneur; il veut aussi que l'ignorance soit bannie du milieu des fidèles; il sait qu'elle est la mère de la superstition et des mauvaises mœurs. L'enfant doit fréquenter le culte et suivre le catéchisme. Sans doute le réformateur porte atteinte à la liberté individuelle, et ce joug que nous trouverions trop dur aujourd'hui, il l'impose; mais le premier il donne l'exemple de l'obéissance, car il n'est pas de ceux dont on dit : «Faites ce qu'ils enseignent et non pas ce qu'ils font. »

Calvin bannit la croix de Genève; les motifs qui l*y déterminèrent furent les tristes et sanglants souvenirs qu'elle rappelait aux réformés. C'est avec un poignard d'une main et une croix de l'autre que l'Église romaine apparaît dans son lugubre passé; mais Calvin se trompe : la croix n'est pas responsable du fanatisme d'un Dominique ou d'un Torquemada;

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