‹ Vie de CalvinChapitre 43 sur 98 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

et toute rouge qu'elle soit de sang protestant, elle n'en est pas moins le symbole glorieux de notre rédemption, et cette haine que les huguenots lui ont vouée disparaîtra le jour où ils auront tout oublié, tout pardonné, et où ils comprendront qu'elle doit se dresser sur le sommet de leurs temples et de leurs tombes, pour proclamer que le Christ est « mort pour leurs péchés et ressuscité pour leur justification. »

Calvin avait besoin d'aides; il aurait voulu avoir auprès de lui Farel et Viret; mais Neuchâtel retint le premier et Lausanne le second. Il eut toutefois la joie de se voir secondé par Blanchet, Geneston, Des Gallars et son ami le recteur Cop; mais il fut obligé de faire renvoyer cinq de ses collègues qui déshonoraient le ministère par leur inconduite.

L'Église se personnifiait alors dans Calvin, il en était le dictateur; mais il ne se servait de son autorité que pour la régénération de sa patrie d'adoption; son activité était sans égale, il pensait à tout, veillait sur tout; tous subissaient son influence, et nul de ses collègues ne songeait à lui disputer une suprématie imposée non par sa volonté, mais par son génie et par son dévouement qui ne reculait devant aucun sacrifice. Sous sa direction , Genève commença à grandir intellectuellement et moralement, et la votation des ordonnances ecclésiastiques qui eut lieu le 2 janvier 1542, ^ut le jour de la date de la fondation' de la République calviniste.

Au moment où Calvin jetait les bases de sa grande œuvre à Genève, la peste vint porter la consternation et Feffroi au milieu de ses habitants, d'autant plus craintifs qu'ils avaient conservé le souvenir des dernières apparitions du fléau qui, chaque fois, les avait décimés.

L'hôpital pestilentiel fut immédiatement ouvert. Le pasteur Blaiichet s'établit dans cet asile funèbre, d'où l'immense majorité de ceux qui y entraient ne sortait que dans un cercueil. Nuit et jour il veillait près du lit des malades, les fortifiait dans leurs souffrances, et les aidait, par ses pieuses exhortations, à franchir la sombre vallée de l'ombre de la mort.

Une lettre de Calvin à Viret (octobre 4542) nous révèle l'intensité avec laquelle sévissait le fléau. « La peste, lui écrivait-il, sévit avec une violence telle que peu de personnes atteintes échappent à la mort. Un de nous ayant dû être choisi pour assister les malades, Blanchet s'est offert; si malheur lui arrive, je crains bien que ce soit moi qui le remplace; car, comme tu le dis, nous sommes tous membres les uns des autres, et nous ne pouvons faire défaut à ceux qui ont le plus besoin de notre ministère... Puisque nous avons accepté cette charge, je ne vois pas quel motif nous alléguerions pour nous dérober au péril. :&

Après avoir cité cette lettre dans sa Vie de Calvin, M. Bungener ajoute, en parlant du réforipateur : «Toujours le même homme, toujours la loi du devoir.

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