‹ Vie de CalvinChapitre 48 sur 98 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Quelques jours après, le cordonnier trouva sa boutique dévalisée. A peine le gentilhomme Feut-il appris, qu'il alla trouver l'artisan , qui était au désespoir et se disposait à faire arrêter celui qu'il soupçonnait : «Gomment, lui dit le gentilhomme, osez-vous faire outrage à la divinité de votre voleur qui, ayant pris son bien là où il l'a trouvé, n'a pu commettre un acte répréhensible?»

Le cordonnier, moins patient que ne l'avait été son interlocuteur, lui répondit par des mjures; mais il fut guéri de sa manie d'être dieu.

Les Genevois s'égayèrent des infortunes du cordonnier; mais le panthéisme ne se propagea pas moins et infecta jusqu'aux classes aisées, et bientôt dans Genève il y eut deux Genèves : la première, celle de Calvin, qui se composait d'hommes pieux qui voulaient régler leur vie d'après les principes de l'Évangile; la seconde, celle des Libertins, qui voulaient la régler d'après les passions de leur cœur con-ompu; la lutte était impossible à éviter : elle eut lieu et dura neuf ans!

Le premier signal du combat fut donné à l'occasion de l'épouse d'un fabricant de cartes à jouer, Pierre Ameaux> qui haïssait mortellement Calvin depuis que le réformateur les avait fait interdire. Cette femme avait mis effrontément en pratique les principes des panthéistes, et Vivait, du consentement de son mari, dans le libertinage, sans honte et sans remords. Elle fut citée

à comparaître devant le Consistoire qui la condamna à quelques jours de prison, ce qui accrut la haine que son mari avait pour Calvin. Un soir, échauffé par le vin, il tint des propos offensants contre les pasteurs. «Calvin, dit-il, n'est qu'un méchant homme, maudit de Dieu; lui et ses collègues prêchent depuis sept ans une mauvaise doctrine; c'est nous qui avons la bonne et je le montrerai. Ce séducteur ne fait pas apprendre aux enfants le latin, de peur qu'ils ne découvrent, au moyen de cette langue, ses fausses croyances. C'est un mauvais Picard; lui et ses adhérents veulent se faire évéques, et le magistrat ne fait rien sans le consulter; je sais là- dessus de grandes choses et je les découvrirai avec le temps. »

Ces paroles furent rapportées au Consistoire qui fit emprisonner Ameaux, et quelques jours après, le Conseil, à une faible majorité, le condamna à se présenter devant l'Hôtel de ville « pour demander pardon à Dieu et à la justice, »

Calvin et les pasteurs, trouvant que le Conseil avait faibli, insistèrent pour une peine plus forte; revenant de leur première décision, les magistrats condamnèrent Ameaux à faire amende honorable, torche en main, sur les principales places de la ville.

Cette sévérité outrée porta de tristes fruits. Tous les hommes qui ne comprenaient pas le but élevé vers lequel tendait Calvin, s'unirent pour former une ligue contre lui : de là , des tiraillements et des luttes.

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