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CHAPITRE IX

Le Consistoire se rendait plus odieux en frappant de petits coupables qu'en frappant des grands; mais lié par le code ecclésiastique, il fallait qu'il l'abrogeât ou qu'il le maintînt; entre ces deux extrémités il ne pouvait hésiter, il le maintint.

Les querelles entre les Libertins et le réformateur devinrent, de jour en jour, plus vives. Les registres du Consistoire, qui relatent les événements de cette époque si agitée, nous montrent Calvin constamment sur la brèche, insulté, conspué, haï, et plus haï chaque fois que sa main de fer courbait les rebelles sous la loi commune; lui, il souffrait toujours, aigri souvent, découragé rarement. Ce n'était pas sa propre cause qu'il défendait, mais celle de Dieu. 11 voulait lui donner Genève que les Libertins s'efforçaient de lui arracher. Sans doute, dans ce rude combat, il ne fut pas toujours doux, charitable, plusieurs fols il fut violent, emporté, sévère jusqu'à la dureté; mais aussi quels étaient ses ennemis? Des joueurs, des ivrognes, des débauchés, presque tous impies, athées, et qui auraient fait de Genève une véritable Sodome. Ceux qui aujourd'hui crient à la tyrannie seraient moins prompts à lui jeter la pierre,, si, écoutant la voix de l'histoire, ils voulaient apprendre à son école ce qu'étaient les hommes qui honoraient le réformateur de leur haine»

Un échafaud se dressa à cette époque à Genève; un * ancien chanoine, nommé Gruet, y monta et y perdit

la vie; cet ex-prêtre avait embrassé les doctrines de Quintin et les propageait avec le plus effronté cynisme. On découvrit un jour, dans la chaire de Saint- Pierre, un billet rempli d'injures contre Calvin et ses collègues; il fut soupçonné d'en être Fauteur. Des perquisitions faites chez lui amenèrent la découverte d'écrits blasphématoiries et de plusieurs pièces constatant qu'il était entré dans une conspiration ayant pour but de livrer Genève au duc de Savoie. Les ennemis de Calvin ont voulu attribuer le supplice de Gruet à son billet, c'est faux; le chanoine fut exécuté, non pour avoir insulté le réformateur, mais pour avoir conspiré contre sa patrie , crime qui emportait la peine de mort.

Vers ce même temps, un homme que Calvin aimait, Amied Perrin, se déclara ouvertement son adversaire. Sa femme était la fille de François Favre, «citoyen honorable; :& «mais maintenant, dit Bonivard, vieux, riche et abêti par le vin.» Contrairement aux ordon-nances, elle avait donné un bal; elle fiit mandée de^ Vatit le Consistoire qui la condamna à quelques jours de prison; son père fut bientôt après emprisonné «pour débauche et adultère.» Amied Perrin, qui avait assisté au bal, avait pris la fuite; mais sur les remontrances amicales que lui fit Calvin dans une lettre, il revint à Genève, avoua son tort, et subit, en février 1546, un emprisonnement de quelques jours.

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