CHAPITRE X
nages célèbres furent en rapport intime avec le réformateur : nommons Renée de France, duchesse de Ferrare; Jeanne d'Albret; Goligny, son frère; d'Andelot; n'est-ce pas citer les noms dont la France a le plus le droit de s'honorer, et quand nous voyons autour du réformateur, tant de savants, d'illustres et pieux personnages qui lui forment une cour d'honneur, aurons-nous le triste courage de dire que Calvin n'avait pas un cœur? Ah! s'il n'eût vécu que pour penser, il eût eu, sans doute, des admirateurs comme tous les hommes de génie; mais ses admirateurs l'eussent-ils aimé, s'il n'avait pas aimé lui-même?
Jusqu'à présent nous ne connaissons de Calvin que sa vie publique; sa vie privée, malheureusement, ne nous est pas assez connue ; mais ce qui nous en a été révilé suffit, et au delà, pour répondre aux attaques de ceux qui ne veulent voir en lui qu'un Lycurgue impitoyable, inaccessible à tous les sentiments affectueux de notre nature.
Pénétrons sous l'humble toit du réformateur, afin d'y surprendre quelques-uns des secrets de sa vie intime; ce ne sera pas la partie la moins intéressante de son histoire.
Nos lecteurs connaissent la veuve de l'anabaptiste Jean Storder, Idelette de Bure, devenue la compagne du réformateur; elle réalisa les vœux de son illustre époux, car elle fut l'épouse pieuse, charitable, économe et soigneuse de la santé de son mari. Elle remplit d'au-
tant mieux sa tâche que son cœur fut toujours en parfait accord avec sa conscience; elle fit peu de bruit et beaucoup de bien, et rendit à Calvin moins âpres les durs sentiers dans lesquels son Maître le faisait marcher. Par sa sage et constante économie, elle lui épargna les peines matérielles de la vie qui troublent même les plus grands esprits, et lui procura, malgré son modeste gage , la douceur d'exercer l'hospitalité ; c'était elle qui recevait les amis de son mari et les nombreux passants que sa célébrité attirait à Genève; elle n'oubliait pas les pauvres de son quartier; elle était leur Dorcas.
Il semble que Dieu, qui avait assigné à Calvin un rôle si douloureux dans sa vie publique, aurait dû l'épargner dans sa vie domestique: il n'en fuf rien; les peines ne lui furent pas épargnées ; mais n'est-il pas écrit que « c'est par beaucoup d'afflictions qu'il nous faut entrer dans le royaume des cieux» ?
La seconde année de son mariage, Idelette eut un fils; mais cet enfant, qui était pour le réformateur comme un doux rayon de soleil sur sa vie, leur fut bientôt ravi. Les pasteurs de Lausanne , qui s'étaient réjouis de sa naissance, donnèrent aux époux affligés des marques du plus grand attachement; ce fut leur consolation dans leur douleur, qui fat bien profonde. Dans une lettre que Calvin écrit à Viret, il lui dit : (ic Salue tous nos frères, salue aussi ta femme à laquelle la mienne présente ses remercîments pour