‹ Vie de CalvinChapitre 56 sur 98 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

les douces et saintes consolations qu'elle en a reçues. Elle voudrait pouvoir y répondre de sa main; mais elle n'a pas même la force de dicter quelques mots. Le Seigneur nous a porté un coup bien douloureux en nous retirant notre fils, mais il sait ce qui convient à ses enfants. y>

Deux ans après, la même épreuve se renouvela; une fille qui leur fut donnée leur fut reprise après avoir consolé quelques jours leur solitude. Leurs amis ne les oublièrent pas , et des témoignages d'affection leur arrivèrent de tous les côtés; mais les ennemis du réformateur, heureux de ses épreuves domestiques, triomphaient. « Dieu le frappe » , disaient-ils quand il perdit son troisième enfant. Indigné de ces ignobles lâchetés, le réformateur tourna ses regards vers Celui qui avait béni si abondamment son ministère, en lui donnant une belle couronne d'âmes, et il répondit à l'un de ses adversaires : «Le Seigneur m'avait donné un fils, il me l'a ôté; que mes ennemis y voient, s'ils le veulent, un sujet d'opprobre pour moi dans cette épreuve! mais n'ai-je pas des milliers d'enfants dans le monde chrétien?»

Bossuet ne sait voir dans ces nobles pai^oles, qu'un orgueil effréné; le célèbre évêque ne pouvait comprendre le réformateur : prêtre, la paternité n'avait jamais fait battre son cœur; catholique, il ignorait la source où Calvin puisait, comme saint Paul, son noble orgueil.

Ces deuils répétés et les luttes pénibles dans lesquelles le réformateur était journellement engagé, ébranlèrent sensiblement la santé d'Idelette. Son mari, la voyant s'affaiblir, s'en alarmait et passait tour à tour de l'espérance à la crainte et de la crainte à Tespérance; ses lettres nous révèlent tout ce qu'il y avait dans son cœur de profonde tendresse pour l'humble et douce compagne de sa vie. Il demande pour elle les prières de ses amis. Dans une lettre à Viret, dont la femme était presque constamment souffrante, il lui dit: « Salue ta femme, la mienne est sa triste compagne dans les maladies de langueur, je redoute une issue funeste; mais n'est-ce pas assez de tant de maux qui nous menacent dans le présent? Le Seigneur nous montrera peut-être un visage plus favorable à l'avenir! »

Au nombre des amis du réformateur, se trouvait le savant médecin Benoît Textor; il prodigua ses soins à Idelette; mais quand la mort a marqué un enfant d'Adam de son sceau funèbre, l'art le plus expérimenté est impuissant devant elle; il peut retarder* l'heure de son arrivée, l'empêcher jamais; c'est en vain que l'habile praticien luttait contre la fièvre qui chaque fois emportait une force et laissait une faiblesse. Aux premiers jours d'avril 4549, l'état de la malade s'aggrava d'une manière alarmante; les amis de Calvin, Hotman, Viret, Des Gallars, Laurent de Normandie, accoururent auprès de lui pour le soute-

MARLÛRAT.

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