‹ Vie de CalvinChapitre 64 sur 98 · CHAPITRE XI. il · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI. il

prise de lui, j'en userai quelqujû chose qu'il y ait, et je me gouvernerai suivant la règle de mon Maître , laquelle m'est toute claire et notoire.... Comme nous devons recevoir la sainte Gène , si quelqu'un auquel il est défendu par le Consistoire voulait s'ingérer à cette table , il est certain que je me montrerais pour ma vie tel que je le dois. »

Ces paroles que tous les assistants comprennent, font circuler un frisson dans toute l'assemblée; Calvin descend de la chaire, et la lecture de la liturgie commence; quand elle est terminée, il s'avance vers la table sainte et bénit le pain et le vin. Les Libertins se lèvent, s'ébranlent, s'avancent et tendent leurs mains sacrilèges pour recevoir le pain. Le réformateur, lâchant la bride à sa sainte indignation, couvre de ses mains les symboles sacrés et s'écrie d'une voix toimante : «Vous pouvez couper ces mains, vous pouvez prendre ma vie... mon sang vous appartient... Versezle, car jamais aucun de vous ne pourra me forcer à donner les choses saintes aux profanes et à déshonorer la table de mon Dieu. »

Celui qui prononce ces paroles n'est pas un simple pasteur, c'est un homme inspiré; ses yeux brillent comme deux charbons enflammés, ses lèvres sont parlantes et ses mains sont comme deux barrières d'airain entre la table sainte et la bouche profane des Libertins. Ces derniers sont interdits, ils regardent autour d'eux; les fidèles qui comprennent le réforma-

teur font entendre un pciurmure significatif. Les Liberlins reconnaissent que le peuple est pour le réformateur contre eux; ils se retirent à travers la foule qui s'ouvre pour leur donner passage , et la sainte Cène. est célébrée avec un pieux recueillement.

Calvin avait accompli un grand acte; il avait déployé le courage de Thomme et celui du chrétien. Ils'attendait naturellement à être banni pour avoir désobéi au Conseil. Dans le sermon de Faprès-midi, il ne le cacha pas: «Je ne sais pas, dit-il à ses auditeurs, si ce n'est pas le dernier sermon que je dois faire à Genève, non point que je prenne congé de moi-même et que je veuille quitter ce lieu de mon autorité propre; mais je prends ce qui se fait comme si on avait déclaré qu'on ne veut plus se servir de moi et qu'on me contraint de faire ce qui n'est point permis de faire selon Dieu. Quant à moi, pendant que je serai en liberté de prêcher et de vous servir, je le ferai au nom du Seigneur; mais quand on me mettra dessus une condition insupportable, je ne résisterai point à ceux qui ont la puissance.» En descendant de chaire, il alla chez lui attendre l'ordre de l'exil.

La Genève de 1553 n'était pas heureusement la Genève de 4538. Le réformateur avait conquis plus de terrain qu'il ne le croyait. On l'avait vu à l'œuvre, et on sentait qu'il ne travaillait que pour le bonheur et la grandeur de la République. On venait, de plus, d'être témoin, une seconde fois, de son courage, et

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