‹ Vie de CalvinChapitre 65 sur 98 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Ton savait que cet homme, si patient à supporter ses injures personnelles, avait un cœur de lion quand il s'agissait de défendre les droits de Dieu. Les Libertins, enifin, l'avaient servi par leurs excès, et le bon sens, qui ne fait pas toujours défaut aux masses, leur faisait comprendre instinctivement que le salut de leur ville dépendait du triomphe du réformateur. Calvin ne fat pas banni, et la question de l'excommunication fut traitée paisiblement entre le Consistoire et le Conseil.

Dans le courant du même mois où le réformateur s'était montré si intrépide, Farel vint remplacer son ami malade et assister à une exécution dont nous parlerons bientôt. L'intrépide pasteur de Neuchâtel, du haut de la chaire de la Madeleine, entretint ses auditeurs des événements du jour, attaqua, avec énergie, les doctrines des Libertins et censura vivement la jeunesse.

Le discours du vieillard souleva une violente opposition contre lui. «L'insolent, disaient ses auditeurs, il nous a nommés athéistes! » Le Conseil, auquel ils portèrent plainte, fit signifier à Farel, qui était parti, de revenir à Genève, afin de répondre à une enquête judiciaire dirigée contre lui.

Le réformateur, alors septuagénaire, mais toujours jeune de cœur, remercia les Neuchatelois qui voulaient le retenir, de leur témoignage d'afi'ection et leur dit : «Je pars pour Genève.» — Trois jours après, au moment où il traversait la rue de Coutance, il fut re-

connu par quelques Libertins qui se mirent à crier : « Au Rhône ! au Rhône! »

Le vieillard s'arrête, s'appuie sui' son bâton de voyage, et sans qu'un seul des muscles de son visage trahisse la moindre crainte, il les regarde avec tristesse: «Oui, au Rhône! au Rhône! leur dit-il, voilà bien les cris que les prêtres et les papistes faisaient entendre autour de moi il y a vingt ans; vous n'êtes guère changés!»

Ces paroles ne font qu'exciter la colère des Libertins; furieux, ils se précipitent vers lui. Le Rhône va devenir le glorieux sépulcre du réformateur, quand des citoyens qui ne partagent pas la haine de ses ennemis et n'ont pas oublié qu'ils doivent au vieillard leur liberté reUgieuse et politique, accourent à son secours et lui font un rempart de leurs corps* En quelques instants Genève est agitée comme son lac à l'heure d'une rafale ; les boutiques se ferment, les citoyens stationnent dans les rues; on se questionne et on apprend le danger que Farel a couru; l'intérêt que chacun manifeste pour le courageux vieillard, fait comprendre aux Libertins qu'ils ne sont plus qu'un parti à Genève.

Pendant h nuit, quelques citoyens bien pensants organisèrent une manifestation en faveur de Farel. Le lendetnàin, ils arrivèrent à la file en grand nombre et entourèrent l'Hôtel de ville où siégeait le Conseil qui devait statuer sur là plainte des Libertins. Une dé-

Page 1