CHAPITRE XI
putation pénétra dans la salle. Un membre prit la parole et se constitua Favocat de Taccusé. Il rappela les services que Farel avait rendus à la République. Il le tint, ainsi que plusieurs pères de famille, pour un vrai et fidèle serviteur de Dieu, et constata que la prédication, pour laquelle il était mis en cause, avait fait du bien et que, à part ses accusateurs, tous ceux qui l'avaient entendu « avaient reçu profit et bonne instruction des exhortations qu'il leur avait faites. »
Les magistrats, vivement impressionnés de ce qu'ils venaient d'entendre, déclarèrent que maître Guillaume Farel « serait tenu pour vrai pasteur comme il avait toujours été, et qu'il avait fidèlement prêché et fait son oflîce.» Les magistrats ordonnèrent enfin que le vieillard partirait honorablement de la ville et qu'il serait reconduit à Neuchâtel par un héraut : « Ce qui fut, dit la relation à laquelle nous empruntons notre récit, grande consolation aux enfants de Dieu et confusion aux iniques. »
Le Conseil, comprenant que la majorité des citoyens se' prononçait en faveur de Calvin, et fatigué d'ailleurs des luttes incessantes qui agitaient, sans profit, la République, désira les terïniner; il fit promettre à Berthelier de ne pas se présenter de longtemps à la sainte Gène. Il eut l'air de se soumettre, et un moment on crut à une réconciliation.
Les hommes peuvent se réconcilier, les principes jamais; tôt ou tard, ils portent leurs fruits, bons ou
mauvais. En efifet, quelques jours après, Berthelier reftisa d'avouer ses torts, et les troubles recommencèrent. Les Libertins insultèrent Calvin et ses collègues, les cabarets se remplirent de gens qui, le verre en main, discutèrent les droits du Consistoire et chantèrent des chansons obscènes et impies. L'autorité sévit et fit emprisonner quelques-uns de ces êtres infâmes. Berthelier parut alors céder, et Calvin obtint enfin du Conseil que le droit d'excommunication appartiendrait au Consistoire. Cela se passait en 4555. Les Libertins étaient vaincus, mais non soumis et toujours prêts à troubler la ville. A cette époque, elle comptait, parmi ses citoyens, des étrangers, la plupart Français , que la persécution avait amenés dans ses murs. En s' exilant de leur patrie, ils avaient app'orté à Genève, en échange de sa noble hospitalité, leur foi, leur courage, leurs talents, leurs vertus chrétiennes; ils formaient avec les Genevois, qui avaient reçu la semence de l'Évangile dans un cœur honnête et bon , ce noyau chrétien qui fut à Genève ce que la greffe est à l'arbre sauvage. Les réfugiés naturelle* ment se rangeaient sous la bannière de Calvin et augmentaient le nombre de ceux des citoyens qui regar* daient comme un malheur public le triomphe des Libertins. Ceux-ci haïssaient donc doublement les ré* fugiés comme chrétiens et comme étrangers; leur présence à Genève les irritait, et leur haine se trahissait journellement par des propos blessants. «Hé, les