‹ Vie de CalvinChapitre 74 sur 98 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

lâche dénonciateur; mais à leur oui, nous opposons sans hésiter le non de Calvin. «Le bruit vole, dit-il, que j'ai pratiqué que Servet fut pris en la papauté , savoir à Vienne, et sur cela, plusieurs disent que je ne me suis pas honnêtement porté, l'exposant aux ennemis mortels de la foi; il n'est besoin, ajoute-t-il, d'insister à rembarrer une calonmie si frivole, laquelle tombe bas quand j'aurai dit en un mot qu'il n'en est rien. »

Les ennemis du réformateur ont pu entasser contre lui calomnies sur calomnies, et même avec une certaine apparence de raison , l'accuser d'être dur , orgueilleux, impitoyable; mais sa droiture bien connue est demeurée en dehors de leurs atteintes; s'il eût dénoncé Servet à Matthieu Orry, il aurait cru agir en bon et fidèle chrélien, et s'il l'eût fait, il l'eût avoué, comme il nous l'apprend lui-même dans ces paroles : «Si cela m'était vraiment objecté, je ne le voudrais point nier, et ne pense point que cela me tournât à déshonneur. ^ Après cette déclaration du réformateur, nous croyons que de Trie agit à son insu.

Matthieu Orry, muni des pièces de conviction qui établissaient que Servet était l'auteur de la Itestiiulion du christianisme y le fit emprisonner et commença immédiatement son procès. L'accusé, qui avait de nombreux amis à Vienne, trompa la vigilance de ses geôliers et s'évada, le 7 avril 1553. Le 1 7 juin suivant, il fut condamné par contumace à être brûlé en effigie. La

sentence fut exécutée le même jour sur la place Gharnève, où son effigie fut brûlée. Cinq ballots de ses livres devinrent la proie des flammes, et ses biens, montant à 4,000 livres, furent confisqués.

Servet erra pendant trois mois sur le territoire français, ne sachant de quel côté il porterait ses pas errants. Malheureusement il finit par tourner ses regards vers Genève, et cependant il savait qu'il y rencontrerait Galvin qui avait dit, six ans auparavant : «Si jamais Servet entre à Genève, il n'en sortira pas vivant si mon autorité est debout. » Ce qui l'engagea à se diriger vers la cité huguenote , furent les relations qu'il avait avec les Libertins qui, dans ce moment, disputaient le pouvoir à Calvin, et paraissaient, à vues humaines, devoir demeurer vainqueurs dans la guerre acharnée qu'ils lui avaient déclarée.

Servet jugea prudent de se cacher; mais soit que la solitude lui parût trop dure, soit qu'il crût les Libertins assez puissants pour le protéger, il se hasarda à sortir; il fut reconnu et dénoncé immédiatement au réformateur, qui requit des magistrats qu'il fut arrêté ; mais comme la loi genevoise exigeait que le dénonciateur se constituât prisonnier avant de faire incarcérer le dénoncé, Nicolas de Lafontaine, secrétaire de Calvin, remplit pour lui cette formalité et se constitua prisonnier et présenta une plainte rédigée par son maître, dans laquelle il établissait clairement les hérésies de Servet.

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