‹ Vie de CalvinChapitre 75 sur 98 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Nous ne pouvons entrer dans les détails de ce triste procès, qui eût passé presque inaperçu si, au lieu d'être instruit à Genève, il l'eût été à Vienne ou dans quelque autre ville de la France; nous dirons seulement que Calvin ne poursuivit dans Servet que ses principes destructeurs de toute morale. Gardien spirituel de Genève, et pénétré d'ailleurs, comme tous ses contemporains , de cette détestable maxime que l'hérétique doit être retranché violemment de la société, il ne pouvait faire que ce qu'il fit, comme nous l'établirons plus tard.

La défense de Servet, loin de le justifier, contribua à aggraver sa culpabilité ; il fut avéré qu'il niait nonseulement la Trinité, mais encore l'existence d'un Dieu personnel. Un jour, Calvin lui dit devant le Conseil : « Comment, si quelqu'un frappait ce pavé ici avec le pied et qu'il dît qu'il foule ton Dieu, n'aurais -tu point horreur d'avoir assujetti la majesté de Dieu à tel opprobre?» — «Je ne fais nul doute, répondit Servet, que ce banc, ce buffet et tout ce qu'on pourra montrer, ne soit la substance de Dieu. »

On lui objecta qu'à son compte le Diable serait substantiellement Dieu. «En doutez-vous? répondit-il en riant; toutes choses sont une partie et une portion de Dieu. »

Dès que les opinions athéistes de l'accusé furent connues, il cessa d'inspirer de la commisération, et il n'eut pour défenseurs que les Libertins qui , moins

par intérêt pour lui que par haine contre Calvin, firent de sa cause leur cause, et luttèrent avec énergie pour le faire acquitter; mais le réformateur, qui sentait que l'acquittement de Taccusé serait la victoire du mal sur le bien, redoubla d'énergie.

Pendant les débats du procès, il se passa un fait curieux. Le petit Conseil demanda au tribunal de Vienne la communication des pièces du procès qui avait été intenté à Servet; il les refusa; mais par l'organe du procureur du roi, il remercia les magistrats genevois d'avoir fait arrêter l'hérétique dont il demanda l'extradition. Sa proie lui était échappée, il voulait la ressaisir; le petit Conseil communiqua à Servet la demande, mais en lui laissant le choix ou d'être renvoyé dans cette dernière ville ou d'être jugé à Genève; l'accusé ne pouvait hésiter : être renvoyé à Vienne, c'était pour lui la mort; à Genève, il lui restait une espérance; il opta pour Genève.

En parcourant le dossier de ce triste procès, nous nous sentons humiliés, en retrouvant chez les Genevois la dureté des catholiques à l'égard de leurs prisonniers pour cause d'hérésie. Ils laissent Servet dans son cachot, privé parfois des choses les plus nécessaires à la vie; ses vêtements tombent en lambeaux; son corps est couvert de vermine, et il n'a pas toujours le papier nécessaire pour écrire sa défense; il nous inspire une immense compassion, et nous comprenons, quand on ne sait pas faire la part des temps.

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