CHAPITRE XII. i
que Calvin apparaisse comme un inquisiteur chez lequel le fanatisme religieux étouffe les voix de l'humanité. Cependant on ne saurait le rendre responsable de ces mauvais traitements, et il demeure avéré que, tout en voulant la mort de Thérétique dans le double intérêt de l'Église et de la République, il demanda que dans son supplice le glaive fût substitué au feu.
Ce procès qui agitait Genève, préoccupait toutes les Églises helvétiques. Consultées par les magistrats sur la peine qu'il fallait infliger à l'accusé, elles furent unanimes à se prononcer pour la mort.
Devant cette terrible unanimité, les magistrats n'hésitèrent plus. Servet fut condamné à la peine capitale.
A la lecture de son arrêt, le condamné fut saisi d'une inexprimable terreur; dans son désespoir, il ne savait ni ce qu'il disait, ni ce qu'il faisait; la mort se dressait devant lui, terrible, affreuse et, pour conjurer son regard, il n'avait devant lui que le néant; la force du martyr chrétien lui manquait, il se frappait la poitrine et criait grâce et miséricorde.
Récemment arrivé de Neuchâtel, Farel, témoin de cette scène navrante, ne s'en émut pas; sa préoccupation n'était pas le bûcher sur lequel allait monter l'infortuné médecin espagnol, mais le Dieu devant lequel il allait comparaître et dont il niait jusqu'à l'existence. Qu'étaient donc les intérêts étemels de son âme en face de quelques tourments d'un moment? rien , absolument rien. Il ne voulait de Servet qu'une seule
chose, Fabjuration de ses criminelles erreurs qui avaient scandalisé TÉglise de Dieu. Au lieu d'être consolateur, il fut controversiste et demanda au condamné une rétractation qui, dans ce moment, n'eût été qu'un mensonge arraché par la vue d'un bûcher. Servet ne rétracta rien. Farel, voyant qu'il ne pouvait l'amener à de meilleurs sentiments, désira qu'il eût avec Calvin un dernier entretien.
Le réformateur pénétra dans la prison du condamné; celui-ci lui dit : «Je sollicite ton pardon. » — « Je proteste, lui répondit Calvin, que je n'ai jamais poursuivi contre toi aucune injure particulière. Rappelle-toi qu'à Paris j'ai fait mon possible pour te gagner au Seigneur; mon ardent désir était de te réconcilier avec les bons serviteurs de Dieu; tu m'as évité, mes lettres ont été inutiles; mais laissons ce qui concerne ma personne; demande merci à Dieu que tu as blasphémé en voulant effacer les trois personnes qui sont dans son essence. Demande pardon au Fils de Dieu que tu as défiguré et renié pour ton Sauveur ! »
Servet, arrêtant ses regards sur Calvin, lui répondit : «Je ne puis sacrifier ma conviction.»
Le réformateur, comprenant qu'une nouvelle insistance était inutile, lui dit adieu et se retira.
Bientôt après (il était 11 heures du matin), le lieutenant de la justice entra dans la prison. « Suivez-moi,» dit-il au condamné. — Servet se leva et le suivit; Farel l'accompagnait. On arriva à l'Hôtel de ville , à