‹ Vie de CalvinChapitre 78 sur 98 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Comprit-il?.... Nul ne le sait, c'est son secret et celui de FÉtemel qui, plus juste que les hommes, sait punir, et qui, plus miséricordieux, sait mieux pardonner.

Le magistrat fait un signe au bourreau; celui-ci avance sa torche; à la vue de la flamme qui pétille et qui monte, Servet pousse un cri terrible qui fait tressaillir d'effroi les assistants. Quelques moments après il ne reste de l'athée que quelques cendres que le vent balaye, mais que les adversaires de Calvin ramasseront pour les lui jeter à la face.

Le supplice de Servet ne saurait être justifié; mais il peut être expliqué, si nous savons nous pénétrer de l'esprit de l'époque à laquelle il eut Ueu; car ce qui nous paraît aujourd'hui une monstruosité, n'était qu'une chose très-naturelle au seizième siècle, héritier des tristes traditions d'un sanglant passé. Depuis longtemps, l'Église avait formulé cette horrible doctrine, que l'hérétique doit être puni de mort, s'il ne rétracte pas ses erreurs; et si elle le frappe comme on frappe le meurtrier, c'est que, à ses yeux, celui qui tue l'âme est à la fois plus dangereux et plus criminel que celui qui tue le corps. Pourquoi donc lui laisser sa liberté, s'il n'en use que pour la perdition étemelle de ses semblables? Si un membre gangrené menace de faire périr tout le corps, il n'y a pas lieu à l'hésitation, il faut le couper.

C'est par suite de cet horrible riedsonnement que la papauté a forgé tant de fers, construit tant de cachots

et dressé tant de potences et de bûchers, sans que les cris déchirants de ses victimes l'aient jamais apitoyée. Quand la révolution religieuse du seizième siècle éclata, les réformateurs, qui rejetèrent tant d'enseignements de rÉglise romaine, n'eurent pas même la pensée, si ce n'est Luther, de laisser à Dieu le soin de venger ses propres injures et professèrent, comme ceux dont ils s'étaient séparés, la doctrine : «que l'hérétique obstiné doit périr par le feu ou par le glaive.» Or, quand Servet arriva à Genève, la législation barbare du moyen âge était en pleine vigueur, et de plein droit il tombait sous son application. Aussi son bûcher, aujourd'hui texte inépuisable d'accusations contre la Réforme et surtout contre Calvin, s'éteignit, non-seulement sans protestations, mais encore, si nous osons nous exprimer ainsi, aux acclamations de toutes les Églises de la Suisse. Bien plus, un réformateur cé- ^ Jèbre par sa douceur, Mélanchthon, approuva le supplice du médecin espagnol. Si le courant des idées était tel alors, que Bolsec, l'ennemi acharné de Cal- ^ y in, l'en ait loué, nous pouvons nous affliger de la ^^ conduite du réformateur, mais nous sommes contraints V - d'avouer qu'il ne fit que ce qu'il ne pouvait pas ne pas faire. S'il eût agi autrement, il n'eût pas été compris, et Rome aurait alors imprimé sur son front la tache ' qu'elle veut y voii- aujourd'hui; car il n'eût été à ses yeuiK que le protecteur des impies et des blasphématem-s.

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