‹ Vie de CalvinChapitre 83 sur 98 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

la riche nature du réformateur, sa volonté que rien ne faisait fléchir, dans le prix qu'il attachait à chaque heure de sa vie et dans son zèle à replacer sur le boisseau, partout où la superstition et l'incrédulité régnaient, le flambeau de la vérité. Ce grand homme, devançant son siècle, avait du sien, l'amour du travail, et du dix-huitième, l'ardeur; c'est à ces deux qualités et à son génie qu'il doit d'avoir écrit pour la postérité. Tout, sans doute, n'est pas irréprochable, mais partout on découvre le cachet du maître. Comme polémiste, soit contre les cathoUques romains, soit contre les Libertins, soit contre ceux qui à ses yeux ont le toit de ne pas croire comme lui, il déploie une grande richesse de style; malheureusement il se laisse trop facilement emporter à des injures, et trop souvent, tout en ne voulant atteindre que les mauvais principes, il atteint ceux qui les soutiennent et les propagent. On voudrait pour sa gloire effacer bien des chapitres, bien des phrases, bien des mots blessants, injurieux, qui feraient croire que l'auteur est étranger à tout esprit de charité. Mais par combien de beautés de premier ordre ne rachète -t- il pas ces taches qui lui sont communes avec tous les écrivains de son temps.

Nous renvoyons nos lecteurs à la Vie de Calvin de M. Bungener, qui, dans une esquisse rapide, exacte et savante, nous a donné une liste des ouvrages sortis de la plume du réformateur.

Nous ne pouvons passer sous silence un dogme que

Calvin formule nettement, carrément et qui se trouve a la base de tout son système théologique, nous voulons parler de la prédestination. Ce dogme n'était pas une nouveauté à Tépoque où il fut inscrit comme article de foi dans les symboles dogmatiques des Églises réformées de France; il avait été enseigné avec beaucoup d'éclat, au cinquième siècle, par saint Augustin, et avant la réformation par plusieurs grands docteurs, et après il le fut par les Jansénistes; et de nos jours il est à la base des confessions de foi de la plupart des églises sorties du tronc glorieux de la Réforme.

Les luttes théologiques qui ont eu lieu à l'occasion de ce dogme ne sont pas terminées, et ne le seront jamais, puisque, pour prononcer le dernier mot entre les parties belligérantes, il faudrait qu'un docteur pût descendre au fond de cet abîme sur les bords duquel saint Paul laisse échapper ces mots : « profondeur! » Si le grand apôtre n'y est pas descendu, qui y descendra? Gardons-nous donc de condamner ceux qui l'affirment et ceux qui le nient; nous dirons seulement qu'il y a dans la sainte Écriture deux ordres de passages dont les uns paraissent l'enseigner et les autres enseigner le contraire; en conclurons-nous que la sainte Écriture se trompe? Certainement, non; nous dirons seulement que Dieu seul tient réunies en une ces deux lignes parallèles dont l'une symbolise la grâce et l'autre la liberté humaine. Nous dirons, en outre, que

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si rhomme, dans l'exercice de sa liberté ^ mangea du fruit de Farbre de la science du bien et du mal et tomba, il doit, dans l'exercice de sa liberté, manger du fruit de Karjare de mort du Calvaire pour se relever,; en disant cela, nous ajouterons que, dans le salut, tout, absolument tout, est gratuit: n'est-^il pas écrit que « toute grâce excellente et tout don parfait descendent du Père des lumières dans lequel il n'y a pas ombre de cbai^ementi) ?

Revenons à la prédestination. Au premier abord, il semble qu'elle ait pour but de pai^alyser l'activité hu* maine. <c quoi bon, disent ses adversaires, faire des eiforts, puisque, avant que nous ayons fait ni bien ni mal, nous sommes perdus ou sauvés?» Cette objection est logique; mais la logique n'est pas la raison; et, d'ailleurs, l'expérience ne nous a-t-elle pas montré que la vie chrétienne n'est pas mœns avancée, si elle ne l'est quelquefois plus, là où la prédestination est enseignée? Ici les faits répondent victorieusement à la logique; il faut donc que tout ne soit pas faux dans ce dogme, et que, par l'un de ses côtés, il réponde à l'im des besoins de notre nature religieuse; que serait, en effet, la grâce, si elle n'était la grâce, c'est-à-dire le pouvoir souverain de sauver? D'un autre côté^ voici des chrétiens qui croient que Jésus est mort, non pas pour quelques hommes, mais pour tous les hommes , et ils le disent appuyés sur des passages des livres saints; ils ne sont pas non plus dé-

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pouillés de vie religieuse, loin de là, et, comme les prédestinatiens, mais plus logiques qu'eux, ils travaillent, à Tavancement du règne de Christ; et s'ils ne croient pas pouvoir se sauver sans Dieu, ils ne croient pas également que Dieu les sauve sans eux; ils unissent donc la grâce au libre arbitre, tout en déclarant que dans le salut tout est gratuit. Il y a donc aussi dans Tarminianisme un côté qui répond à notre nature, et ce côté qu'est-il, si ce n'est la liberté humaine à laquelle Jésus*Christ fait appel quand il dit aux pécheurs : « Vous ne voulez pas venii^ à moi pour avoir la vie-» Nous nous sommes peut-être trop étendu sur ce point; mais ne pas parler de la prédestination en écrivant la vie de Calvin, autant vaudrait écrire l'histoire de Bonaparte sans parler de ses batailles. Revenons au Réformateur et à ses travaux,

Calvin, aidé des réfi^iés français et italiens, éleva Genève à un haut degré de prospérité intellectuelle et morale; il en fit «la ville située sur une haute montagne et qui ne peut être cachée. )!> L'édifice, commencé avec, la dictature de la loi , s'acheva graduellement avec la liberté.

Le spectacle lé plus intéressant de cette époque agitée, qui en a eu tant, est, sans contredit, cette ville assise sur les bords du. Léman, si petite qu'il faut moins d'une demi-heure pour faire le tour de ses remparts. Aux yeux de la toi chrétienne, elle est une arche de refiige contre laquelle des flots s'avan-

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