CHAPITRE XIII. i
cent menaçants, prêts à Fabîmer, et qui, tout à coup, reculent comme si une voix céleste leur criait : « Retirez^vous. » Bien aveugle est celui qui ne voit pas la main de Dieu servant de bouclier à Genève contre les tentatives incessantes des ducs de Savoie et contre les menaces réitérées des rois de France. Quatre compagnies de dragons, ayant à leur tête quelques clairons, auraient suffi pour replacer Pierre de La Baume sur son siège épiscopal et «détruire ce nid d'hérésie»; et cependant, malgré la haine des Savoisiens, des Français et du pape, Genève continue à être un foyer ardent de propagande évangélique. C'est du cabinet de Calvin que sortent tous ce& pasteurs qui vont ou fonder ou relever des églises dans cette terre de France qui dévore ces missionnaires qui l'aiment assez pour lui faire joyeusement le sacrifice de leur vie. «Il est incroyable, écrit Calvin, de voir comment nos amis se dévouent au progrès de l'Évangile. Autant on est avide auprès du pape à solliciter des bénéfices, autant ils le sont à demander du service dans les églises sous la croix. Ils assiègent ma porte pour obtenir une portion du champ à cultiver; jamais roi n'eut de courtisans plus empressés que les miens. Ils se disputent les postes> comme si le règne de Jésus- Christ était paisiblement établi en France. Je cherche parfois à les retenir. Je leur montre l'atroce édit qui ordjonne la destiiiction de toute maison où le culte aura été célébré. Je leur rappelle que, dans plus de
vingt villes, les fidèles ont été massacrés par la populace. Mais rien ne peut les arrêter. »
Quels pasteurs que ceux qui se disputent à la porte du cabinet de Calvin le privilège d'aller annoncer l'Évangile au péril de leur vie! Mais ces hommes forts, il les fallait à la France pour que le protestantisme ne fût pas déraciné de son sol, et Genève avait Fhonnem^ et la gloire de les lui donner après les avoir formés à la grande et austère école de son réformateur. Aussi, dans ce moment si orageux, fous ses regards sont tournés vers elle. C'est d'elle qu'on attend des conseils, des directions, des ordres, des martyrs; on snbit joyeusement sa suprématie; elle est la Rome de la Réforme, son Calvin en est le pape. Le courage qu'elle déploie devant les puissants de la terre , elle le puise non dans ses remparts, qu'une volée de coups de canon peut abattre, mais dans cette confiance chrétienne (( ({ue la ville que Dieu garde est mte ville bien gardée.» Quand Charles IX la menace de sa colère, Calvin mandé au grand Conseil pour entendre la lecture de. celui qui devait attacher phis tard si sinistrement son nom à la nuit de la Saint- Barthélémy, personnifie la ville, dans son attitude calme, et les magistrats, sous sa dictée, répondent au roi de France une lettre respectueuse, mais ferme; et l'orage, amon* celé un moment sur la ville, se dissipe au souffle de Dieu; plus tard, elle résistera au puissant Louis XIV, comme elle a résisté au fik de Catherine de Médicis.