‹ Vie de CalvinChapitre 85 sur 98 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

De toutes les armes au service de Thomme, il n'en est pas de plus offensive et de plus défensive que la plume; elle porte ses coups plus loin que les canons rayés et plus haut que les obus. Là où ces engins destructeurs sont impuissants, elle est puissante; mais puissante selon celui qui s'en sert pour le bien ou pour le mal. La plume, après la grâce de- Dieu, fut l'instrument le plus actif pour répandre les lumières de l'Évangile et dissiper les ténèbres du papisme. C'est à Genève surtout que l'imprimerie prit un essor merveilleux avec ses Robert Estienne, ses Crespin, ses Badins; de leurs presses infatigables sortaient, par milliers d'exemplaires, ces livres de piété, d'édification et de controverse qui, malgré l'œil vigilant de la douane, descendaient le Rhône et le Rhin et pénétraient partout en France à l'aide de colporteurs hardis jusqu'à la mort. Ce furent ces livres colportés qui semèrent la vérité évangélique, dissipèrent les superstitions et fortifièrent dans la foi les Églises aux jours de leurs plus grandes épreuves. C'est aux presses genevoises que la Bible dut d'avoir des ailes et d'être cet ange de l'Apocalypse qui vole au milieu des cieux portant l'Évangile étemel à toute tribu, à toute langue, à toute nation. Ces temps, qui sont loin derrière nous, sont cependant tout palpitants encore de grands, de glorieux souvenirs, et tout enfant de la Réforme ne saurait assez aimer et admirer cette vieille Genève tout imprégnée du génie de Calvin et qui s'élève au milieu

de la catholicité romaine comme un phare lumineux pour lui montrer les écueils de la superstition et le port de la vérité chrétienne.

Quand Farel confia Genève à Calvin, elle n'était protestante que de nom ; nous avons, dans Taffaire des Libertins , décrit son état moral et raconté les luttes que le réformateur eut à soutenir pour la délivrer du joug de ces hommes \qui lui auraient ravi,, par leurs excès, le double bienfait de la vérité chrétienne et de la liberté. Aujourd'hui Calvin est vainqueur, il règne, non pas lui, mais la loi morale qu'il a donnée à sa patrie d'adoption; or, si l'arbre est justifié par la bonté de ses fruits , qui osera porter un arrêt de condamnation contre l'homme qui se sentit assez de volonté pour asservir Genève, afin de la rendre libre? Pour nous, malgré notre horreur des apothéoses, nous ne saurions lui marchander notre admiration, tant les motifs qui le guidèrent dans son œuvre régénératrice , furent purs et dégagés de tout intérêt humain. Jetons un regard sur la nouvelle Genève; elle n'a plus la pompe de son ancien culte et l'éclat de ses cérémonies; à la messe a succédé le prêche; il n'y a, dans la cité calviniste, rien ou fort peu, pour les yeux ; mais n'y a-t-il pas plus qu'une compensation, dans ses temples nus où Dieu est adoré en esprit et en vérité? Les besoins de l'intelligence et du cœur n'y sont-ils pas mieux satisfaits qu'aux jours où les Genevois plaçaient leurs enfants

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