CHAPITRE xm
mort-nés sur Tautel de la Madone des résurrections , prêtai^t serment sur une jambe de cerf, baisaient dévotement un morceau de pierre -ponce qu'ils croyaient être la cervelle de saint Pierre et consultaient le trou du tombeau de saint Gervais pour savoir si leur confession était boime ou mauvaise ?*
La Genève calviniste ne voyait pas dans ses jours de fêtes un clergé nombreux, riche, brillant; mais ses pasteurs vêtus de noir, pauvres, sobres, respectés et vénérés, ne valaient-ils pas, aux yeux du Christ, mille fois mieux que cette nuée de prêtres et de moines qui faisaient un Dieu de leur ventre? On n'entendait plus dans la ville le son d'une musique légère qui invitait à des dissipations frivoles et quelquefois criminelles, elle était remplacée par le chant des psaumes ; mais dans sa tristesse et sa monotonie, n'y avait-il pas pour l'âme une source d'édification et de joie? Sous Pierre de La Baume, Genève était rieuse , bruyante , l'ivrogne chancelait dans les rues où la femme publique levait effrontément la tête; sous Calvin tout est changé : le vice se cache et n'ose plus s'afficher. Sans doute des édits sévères gênent certains citoyens dans la manifestation de leur nature corrompue ; mais aux yeux de l'homme sage , une Sparte chrétienne ayant à sa tête un Lycurgue chré^ tien n'est-elle pas supérieure à une Athènes où un
l. Vayeï notre \^ volume de X&iHoire de la Héformati^n*
Alcibiade donne Texeraple des mauvaises mœurs? L'ordre ne sera- 1 -il pas un bien plus précieux que la licence ? Les jours où, du temps des juges, chacun faisait non ce qui est bon, mais ce qui lui semblait bon, doivent -ils être proposés à notre imitation?
Sous la domination des prêtres, Genève croupissait dans rignorance; sous celle de Calvin, elle devient la ville la plus éclairée et la plus savante du monde, comme elle en devient la plus morale; et pendant que les villes les plus célèbres d'Italie se couvrent d'épaisses ténèbres sous Fœil du pape, Genève devient leur foyer de lumière sous celui de Calvin. Mais la dictature du réformateur ôtera-t-elle aux Genevois la plus belle des conquêtes d'un peuple, la liberté? Non, elle la leur donnera, pendant que l'absolutisme clérical continuera partout en Europe, dans les pays catholiques, le despotisme, ce double berceau de l'immoralité et des révolutions.
Calvin avait accompli sa grande œuvre; mais ses forces physiques s'y étaient usées. On serait étonné qu'il ait pu y suffire, si on ne savait que, sous sa frêle enveloppe corporelle, il y avait une exubérance de vie et de volonté. Les hommes qui ne font rien sont généralement les censeurs les plus impitoyables de ceux qui attachent leur nom aux grandes choses de ce monde; ils voudraient qu'il n'y eût dans leur œuvre et dans leur caractère ni lacune, ni imperfection, ni tache, et les yeux systématiquement fermés