‹ Vie de CalvinChapitre 91 sur 98 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

mais les travaux, les chagrins et les maladies l'ont usé et lui ont donné une vieillesse anticipée.

Le véritable prédicateur du jour, c'est Calvin, Calvin s'approchant de la table sainte, et avançant ses mains amaigries pour recevoir les symboles sacrés de la main de Théodore de Bèze*, son disciple chéri, qui doit lui succéder dans la difficile mission de diriger Genève et le protestantisme français.

De Neuchâtel, Plarel, courbé sous le poids des années, suivait avec une anxiété douloureuse la marche de la maladie du réformateur; il ne voulait pas mourir sans serrer une dernière fois la main de son ami. Quel que fût le désir du malade de revoir son brave compagnon d'œuvre, il sut le refouler au fond de son cœur, et le 2 mai il lui fît écrire la lettre suivante : «Je te souhaite une bonne santé, mon trèscher frère, et puisque Dieu veut que tu demeures en ce monde après moi, souviens-toi toujours de notre union qui a produit tant de bien à l'Église, et dont nous recueillerons le fruit dans le ciel. Cependant, je te prie qu'à ma considération tu ne t'exposes pas à la fatigue d'un voyage. J'ai peine à respirer, et je suis sur le point de rendre le dernier soupir, trop heureux

1. Si notre travail est favorablement accueilli du public protestant, nous écrirons peut-être la vie de cet homme remarquable, en lui donnant la môme étendue que celle de Calvin et en Tomant des portraits des contemporains les plus célèbres de Théodore de Bèze.

de vivre et de mourir en Jésus-Christ, qui est un g-ain à ses enfants dans la vie et dans la mort. Je te dis le dernier ^dieu et à tous nos frères.»

Farel, qui, dans un corps de vieillard, conservait toute la fraîcheur d'un cœur jeune et aimant, prit son bâton de voyage et arriva, à petites journées, à Genève. Les temps étaient bien changés depuis le jour où le vainqueur de Pierre de La Baume, dans la force de Tâge , força le jeune et' célèbre auteur de YInstitutio7i chrétienne , à partager ses travaux; les années avaient vieilli Fun et les travaux avaient usé Tautre.

Arrêtons nos reg-ards sur ces deux grands ouvriers de la première heure, et se disant adieu pour ne se revoir que dans le ciel. Que ce spectacle est touchant! mais qu'il est grand aussi! D'un côté, c'est l'homme d'action qui a battu en brèche l'édifice romain, de l'autre, c'est le législateur qui, sur les ruines que son ami a faites, a élevé l'édifice de cette Église réformée de France, la plus belle et la plus glorieuse de celles qui sont sorties du tronc vigoureux de la réformation. Ce sont deux frères qui, à eux seuls, ont plus travaillé qu'une légion d'hommes; ils courbent leur vénérable tête devant le maître qu'ils ont servi, oublient les travaux qui sont leur piédestal de granit devant la postérité, s'humilient devant Dieu, lui confessent leurs fautes et n'ont qu'un seul regret, celui de ne pas avoir-assez travaillé ou de n'avoir pas assez bien tra-

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