‹ Vie de CalvinChapitre 92 sur 98 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

vaille; ils n'attendent pas de récompense, car ils n'ont rien mérité, et toute leur confiance est dans ce Jésus « qui leur a été £aiit, de la part de Dieu, justice, sagesse, sanctification et rédemption.» Certes, dans la vie des deux réformateurs il y a des pages bien belles, mais il n'en est pas de plus touchante que celle qui nous montre le vieux Farel embrassant, pour la dernière fois, son maître et son ami, et reprenant son bâton de voyage pour aller bientôt après mourir à Neuchâtel, sa Ville de refuge et d^adoption.

Après le départ de Farel, l'état de Calvin ne fit qu'empirer, et sa faiblesse était telle qu'il ne pouvait faire, sans aide, un seul mouvement. Genève attendait, de jour en jour, la mort de l'homme qui l'avait délivrée du joug de la superstition et de celui de l'incrédulité; elle comprenait la grandeur de la perte qu'elle allait faire; mais elle ne la sentit réellement «pie le 27 mai, lorsque, vers le soir, on entendit retentir, dans ses rues, comme un glas funèbre, ces mots: «M. Calvin est mort!» Le réformateur avait remis son âme à Dieu en prononçant ce verset de l'apôtre Paul, qu'il ne put achever : «Les souffrances du temps présent ne sont rien en comparaison de la gloire qui est à venir. »

Calvin avait terminé sa grande carrière, et avait vécu 52 ans i mois et 13 jours»

Genève prit le deuil ^t expia, par sa douleur, les peines vives et profondes que son inconstance.et sa

légèreté lui avaient causées; ses larmes furent les seules solennités qui marquèrent ses funérailles; le réformateur ne pouvait en avoir de plus belles. Aussi sa mort fut son triomphe; car elle proclama sa grandeur, et le plaça sur un piédestal d'où ses adversaires n'ont pu et ne pourront le descendre; il y est plus solidement établi que Napoléon sur sa colonne de la place Vendôme.

Ses restes furent accompagnés au cimetière de Plainpalais par la ville tout entière. Aucun discours ne fut prononcé sur sa fosse que rien ne distinguait de celle du plus obscur bourgeois. L'étranger qui visite Genève,. ne voit ni marbre, ni statue, rien qui lui rappelle le grand réformateur, et quand il se promène à travers les tombes du cimetière de Plainpalais, il découvre une petite pierre carrée sur laquelle sont gravées ces deux lettres : J. G.; est-ce sous cet humble monument que reposent, en attendant la bienhem-euse résurrection, les restes du réformateur? c'est ce que nul ne saurait dire. Une main pieuse, sans doute, a dressé cette pierre qui parle plus au cœur que ne le ferait une orgueilleuse pyramide. Les grands hommes n'ont pas besoin d'artistes et de statuaires pour transmettre leur nom à la postérité; le seul monument qui soit digne d'eux, c'est celui qu'ils se sont élevé eux-mêmes avec les grandes choses qu'ils ont faites et sur lesquelles le temps ne peut jeter son linceul d'oubli. Peu importe donc que nous

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