CHAPITRE XIY
ignorions la place qu'occupe Calvin parmi les morts du cimetière de Plainpalais, si son nom est inséparable de la révolution religieuse à laquelle Genève dut sa grandeur morale ; peu importe qu'en parcourant ses rues et ses places publiques, rien ne nous rappelle Thomme qui vainquit Rome et les Libertins: Rome^ en donnant à sa ville d'adoption la Bible; les Libertins, en la sauvant de la servitude. Ce sont là des souvenirs plus durables que l'airain et le bronze, et qui grandissent plus le réformateur que ne le ferait une colonne de cent coudées.
La Genève du seizième siècle subit depuis quelques années une transformation qui la rend presque méconnaissable , et bientôt il ne restera d'elle que ce qui reste aujourd'hui du vieux Paris: des monuments; mais tant qu'ils seront debout, ils nous parleront de Calvin et nous raconteront ses luttes, ses douleurs et son triomphe. Allons à Saint-Pierre, à Saint-Gervais, à la Madeleine , là chaque pierre nous rappellera une scène du passé , et nous dira les travaux apostoliques de l'homme qui, fidèle à son Dieu et à sa patrie, fut un grand chrétien et un grand patriote. Allons à l'Académie qu'il fonda, ses salles nous diront qu'il fit la guerre à l'ignorance, comme il la fit à l'immoralité; elles nous rappelleront son enseignement clair , méthodique, savant, profond, fortement empreint de ce bon sens qui est le vrai génie du théologien ; là nous le verrons entouré d'hommes illustres dont il fut l'ami
et le maître, les animant de ce souffle puissant qui les fit, ainsi que leurs successeurs, travailler à la grandeur de leur cité ; et « si vous demandez le secret de cette puissance, une des pierres du collège vous le dira en quelques mots hébreux que le réformateur y fit graver. Venez ici dans la cour, entrez sous ce vieux portique que soutient le grand escalier et vous lirez : «La crainte de FÉternel est le commencement de la sagesse.» Et ce n'est pas sur le mur ni sur un des piliers que ces paroles sont gravées. Remarquez bien: c'est sur la clef de voûte. Quel emblème ! quelle leçon f»*
Si, par la pensée, nous visitons la maison où vécut et mourut le réformateur , elle nous parlera de lui et d'une manière bien touchante; elle nous dira ses douleurs domestiques, quand père il pleurait ses enfants, quand époux il fermait les yeux à son épouse bien-aimée, quand séparé d'elle par la mort, il se trouvait seul en face de lui-même, faible, souflrant, maladif, et trop souvent aigri, cherchant dans la prière et l'obéissance à son Dieu le seul remède qui convînt à la grandeur de ses maux ; cette maison nous dira qu'elle fut, malgré sa pauvreté, un foyer hospitaUer ouvert à ses amis, à ses collègues et aux nombreux étrangers que sa réputation attirait à Genève ; elle nous dira la surprise du cardinal Sadolet
t. Bungener, Histoire de Calvin, p. 445.