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cette époque était le plastron de toutes les plaisanteries et bonâ mots de Paris :
îl ne s'en occupa point, et rendit encore de très-grands services à beaucoup de nobles, comme il Tavait fait précédemment, en faisant rayer un grand nombre d'entre eux de la liste des émigrés. Content de son sort, à la tète d'une maison considérable, ne voyant pas d'honneurs auxquels îl ne dût parvenir , loué par tous ceux qui venaient manger cfeez lui, îl s'occupa peu des plaisanteries de la multitude; plaisanteries auxquelles il prétait certainement Cest ce qui donna lieu à beaucoup d'aventures très-piquantes dont je rendrai compte plus bas,-n^ayant plus maintenant à 91'occuper <{uéde sa vie politique, de donner dé temps éa temps quelques extraits de sesi discours \au âénat, et indiquer rapidement la marche des événement à laquelle sa fortune et les hautes fonctions qu'il'rempfissait se trouvent naturellement liées.
On cite un trait de lui qui ne fait pas grand honneur à sa générosité ; comme je le croi« peu connu , f en ' vais rendre
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Compte. Il se passa à Tépocpie où il fut nommé archichaaceliei: de l'empire; c'est donc ici leHioment de le placer. Le prizice donnant, comme nous l'avonsdit^ des dîners à vm grand nombre de fonctionnaires ^ commanda une table de soixante couverts* L'ouvrier l'apporta et la monta pour la faire examiner par Cambacérès : celui-ci prétendit qu'elle ne pourrait contenir le nombre de <ron vives pour lesquels elle avait été commandée ; l'ou-^ vrier prétendait le contraire : discussion sur ce sujet; enfin, après avoir bien parlé, l'on convint d'essayer si véritablement Ton pouvait placer commodément à cette table le nombre de personnes requis. A cette époque on bâtissait sur la place du Carrousel; un nombre considérable de maçons et de tailleurs de pierre prenaient leurs repas; on alla de la part de l'archichancelier en inviter soixante à monter cbe« lui ( il demeurait alors dans l'hôtel qtfi fut depuis celui des Cent-Suisses ).
Tous s'empressent de se r^dre à l'invitation qm< leur est faite. On les introduit dans la salle à manger; une table est
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dressée 9 soixante sièges sont autour, on les invite à prendre place. Ces pauvres gens ne savent à quoi attribuer cette galanterie du prince archicbancelier ; ils se placent tous, s'attendant à voir couvrir la table de mets plus succulens que ceux qu'ils mangent ordinairement. On commanda les manœuvres: Portez la fourchette à la bouche, découpez, prenez votre verre, buvez. Ils ouvraient de grands yeux et ne concevaient rien à ce qu'on leur demandait; il n'y avait rien sur la table; enfin, on parvint à leur faire entendre ce qu'on attendait d'eux; ils exécutèrent alors ce qu'on leur commandait , et comptaient voir enfin se réaliser le repas fictif qu'on leur faisait faire. Le prince, bien convaincu que soixante personnes pouvaient tenir et agir autour de sa table, fit retirer ses convives sans seulement leur faire donner un verre de vin.
Avant de donner quelques autres anecdotes sur Cambacérès, je vais rappeler la position dans laquelle il se trouvait alors , et la comparer à celle dans laquelle il s'était trouvé précédemmment. Au
commencement de la révolution if peut avoir franchement suivi la cause des parlemens ; mais comme il ne manquait pas de pénétration, on peut supposer qu'il y a vu un motif d'illustration. Il est vrai qu'il ne pouvait alors prévoir la fortune qui l'attendait dans l'avenir, et il faut avouer que le hasard le servait merveilleusement; mais du moins il pouvait espérer de se faire remarquer et de rendre son nom recommandable dans le barreau.
D'ailleurs les parlemens , luttant avec le ministère dans l'intérêt de la nation, avaient le beau rôle, et quel que fût le sort qui les attendait, ils devaient présumer qu'ils emporteraient avec eux les bénédictions du peuple. Ils ne pensaient pas alors que lorsqu'on le prend pour instrumens, il blesse celui qui s'en sert autant que celui contre lequel on s'en sert: la suite l'a bien prouvé; ministres , souverains, membres des cours du parlement, nobles , etc. , tout fut décimé par la hache révolutionnaire. Cambacérès, d'abord lancé dans la carrière, ne pouvait plus reculer; il vit que le parti désorganisateur
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de la Montagne avait une prééminence à laquelle rien ne réisistait, il alla se confondre danai les rangs : louvoyant ton^ jours y il finit par acquérir TinfluenCe q&e donne toujours lé pouvoir à celui qui n'en abuse pas^ et se. vit porté à un mi* sistère d'où celui qui a d'abord joué ua si beau rôle , dont il a depuis terni Tédat par son ambition et son despotisme , le tira -pour l'avoir, en sa qualité d'apcbichancelier, toujours prêt à secoodor ses vues. Je choisis pour exemple dans ce moment le discours qu'il prononça le IX mars 1808, relativement aux majorats. Cambacérès était sur son terra»; il s'agissait d'honneurs et de privilèges.
J'anticipe un peu, mais cet exemple est trop frappant pour que je ne le place pas à l'appui de ce que j'avance.
«Messieurs y les statuts que je vous apporte, et que sa majesté impériale et royale a voulu vous communiquer, <d(»vent donner le mouvement et la vie aa système créé par le sénatus- consulte du *i 4 août 1806. .
» L'opinion publique n'est point in^
DE GAMBACi&ÈS. J%J
certaine sur les avantages de ce système.
3t S'il restait encore quelques doutes à
résoudre , j'aurais recours à l'expérience
des siècles et à Tautorité de l'un de nos
plus grsnds publicistes, qui a considéré
Vexîstence et le maintien des distinctions
héréditairesi comme entrant en quelque
yiëçon dans l'essence de la monarchie^
^ Les prééminences qu'une telle kisti*-
tution éis^lit, lès rangs qu'elle déter-
n^ine, les souvenirs qu'elle transmet;
scmt l'aliment de l'honneur ; et eet hon^
nenr est en même temps le principe du
gouvernement sous lequel la force du
caractère national nous a ramenés.
» Il était donc urgent de remplir cett^ lacune de notre organisation politique.
- » Mais, vous le savez, messieurs, k succès des étafalissemens auxquels se lie le sort des états dépend d'un concours de circonstances que la prudence du législateur doit saisir. '
» Il trouve des motifs d'ehcouragement ou d'hésitation dans le génie, dans les progrès, dansl'importànce relative du peu* pie auquel s'appliquent ces conceptions*