VI
» Les lois , les institutions ont, comme les plantes, un sol, une saison qui leur permettent de jeter de profondes racines.
» C'est en France surtout qu'on peut tendre avec succès tous les ressorts dirigés par Tamoùr de la gloire; c'est danis des temps féconds en prodiges, qu'on peut, pour d'autres âges, consacrer lés symboles que la gloire a choisie.
» Jamais les distinctions dont il s'agit n'auront eu une source plus pure : les titres ne serviront désormais qu'à signaler à là reconnaissance publique ceux qui se sont déjà signalés par leurs services^ par leur dévouement au prince et à la patrie.
» L'Ëuj^e , témoin de nos convulsions politiques, admk»e les ressources du génie qui en a amené Theureuse issue; elle est couverte de nos trophées;, et son estime accueillera les noms auxquels la bienveillance de notre auguste souverain daignera ajouter un nouveau lustre.'
»De grands exemples imposeront aux races futures de grandes obligations, et les efforts que cette dette rendra néce^
DE CAMIS^CERÈS. 1X9
Sâîres seront pour la France Mue source durable de gloire et de prospérité.
- » Ces considérations ont déterminé sa majesté impériale et royale à ne pas différer plus long-temps les bienfaits d'un établissement dans lequel elle a rais toute la noblesse et la grandeur de son âme.
» Les statuts que vous allez entendre présentent les conséquences et le, déver loppement du principe posé dans le senatus-consulte.
- V Le motif principal de leur disposition a été de donner à l'institution qu'elles ont en vue un principe d'utilité et de conservation; de tarir autour d'elle les sources de dépérissement; d'extirper, par la création des titres impériaux , les dernières racines d'un arbre que la maiii du temps a renversé , et qui ne pouvait renaître que sous un prince aussi grand par ses lumières qu'il l'est par sa. puissance.
»Tout ce qu'il était possible de prévoir a été prévu.
» Le nouvel ordre de choses n'élève point de barrière entrejes citoyens.
1 3o VIE
» Les nuanees régulières qu*il étabiit ne portent point atteinte aux droits qui rendent tous les Françab égaux en présence de la loi; elles confirment au contraire les mêmes droits, puisqu'elles servent la morale ^ puisqu'elles guident Topinion, qui s égare souvent, à défaut de démarcations fondées sur des motife honorables.
» La carrière reste toujours ouverte aux vertus et aux talens utiles ; les avantage»
qu'elles accordent au mérite ne nuiront point au mérite encore inconnu ; ils seronê au contraire autant de sujets d'espérance vers lesquels se dirigera une juste et louable émulation.
» Un premier statut spécifie les titres 5 il les assigne aux grandes fonctions de l'état et à celles qui forment les élémens du corps politique; il consolide les dernières, et accroît leur considération. Ainsi les collèges électoraux de département acquièrent plus de stabilité et d'impor- , tance par les honneurs accordés à leur chef, par ceux auxquels leurs membres peuvent arriver. Ce décret fait plus en-
be GAMBAC^EÂS. iSl
eorè, il assure à ceux qui atirotit obtenu ces premiers témoignages de la satisfao tion du souverain la faculté de les transmettre; il autorise les- mimstves de la r&«ligion à transporter à Ton de leurs neveux le titre. que d'autres laisseront à leur po»^ térité; et cette espèce d'adoption ressep* rera les liens qui doivent- toujours unir le sacerdoce à la grande famille de l'état.
9 La Légion-^l'Hôiinenr ne pouvait de-* meurer étrangère à l'organisation qui st prépare : des dispositions spécialef* en font le premier degré de cette illustré hiérarchie. Le titre qu'elle confère, tout révéré qu'il î6t autrefois, semble acquérir aujourd'hui une nouvelle «Kgftité; il devient un héritage glorieux, que les en«fans seront jafoux d'accroître' et d'illufrtrer.
> Le second statut règle tout ce qui concerne la formation et la conservation des ^ajorats, oueorps de biens destinés à servir de dotation au titre,
» Ces biens devront être de nature à ne jamais s'altérer dans leur substance y k ne
i3a VIE
jamais décroître , s'il e^t possible, dans.
leurs revenus^
» Us deviennent inaliénables. Si de justes motifs obligent de les échanger, cette faculté ne pourra être exercée qu'à' la charge de les remplacer aussitôt par des biens d'une égale solidité.
V Toutes .ces précautions de la sagesse, tous ces détaib de la prévoyance sont cdnfiés à un eoniseil destiné à éclairer la religion de sa majeâté et à maintenir Taocomplisseknent des formê's conservatrices, tant dé l'intérêt des familles que de l'établissement des majorais. .
» L'espèce de censure préliminaire dont il se trouve chargé avertira sans cesse toutes les classes de la société qu'une vie régulière et honorable est la seule route qui conduise à leur but le mérite et les talens.
» Vous verrez, messieurs , dans le rap* prochement de ces deux décrets, la pen* sée du génie qui consolide , en les coordonnant, toutes les parties de son ouvraÉge.
» Le sénat suivra avec intérêt les
Ds GAmu-ciRÀs. i33
néyens profonds qui multiplient les supports autour de cette dynastie consacra psir les respects de TuniTers, comme elle Test par .Famour de tous les Français; il reconnaîtra sni^out ce sentiment touchant qui veiit fixer les incertitudes de Tavenir, et associAiTypour ainsi dire, la gloire de la France à sa propre immortalité. »
Puisque j'ai placé ce discours avant l'é^ poque où je devais le citer , j'en vais faire autant pour icelui que l'archichancelier prononça pour motiver^ la gverre la phis injuste qui ait jamais été entreprise : je veux parler de celle d'Espagne. Je donnerai pins [tard les raisons qui firent en* treprendne cette giierre. Je ne: rapporte ici'ce discours que pour venir à l'appui de ce que j^ai avancé plus haut, que quelque chose que Napoléon voulût faire , il trouvait toujours le prince archi^ chancelier dispose à soutenir ses o])i* «ions. Peur€(uGÎ' parmi ceux qui l'entouraient n'a-t-il pas trouvé des gens assez ietmesy.}&. dirai > même asses vertueux , pour lui faire entendre ki vérité? Tout le «aal qui s*est fait hii serait imputé à lui
l34 "VIR
seul, tahdisqùVHi né peut sans injustice »Wpéckeri à'tin attribuer la plus grande partie à ses agensy qui, connue nous IV vions :vu.dans'la roalheureose aflail*e do duc d*£n^bîen, loin de le détonmer, sem* Uaienfe funr tous ;les moyens qui étaient en-leur pouvcdr te pdtusaer au crime. Yoiâ le discours qu'il .prononça au sénat i rdtLVertureî de* la séance du 5 s^tombre i^oS. . • •
«Messieurs y les communications que vous illez rfOeYOλ et le projet sounii»^ ▼btre délibération ooosapreront de wmi* veah -dansi ifos salies ces relations kabi^ tnelltode confiance que sa majesté impériale/ et t royale- se plait à entrateiiir, tt dont YOtre^W, si sowvien^ éprowé pour lebien ^public:, a lait sentir «toute Tu* tilité^ « . ^j • r.,j
» .Vous le savea, messiem^s ; an milieu mémedessuoeè& les plus ! décisifs y IVm* pereur.aftiEf^rr 'smihaitéiiie rétabiîsse^ ment de bi<paix génénUei /.
»»>Poiir anirer'à cette fin» rien n'a été épargné ^ sa |iart;
» La pptitique ftiribonde de l'Angle^
I»£ CAlIBACé&KS. ~ l3S
terre a frustré de si salutaires desseins ^ et a placé les puissances de l'Eure^ dans une situation critique , qui appelle toujours des changonens , ou les rend im* possibles à éviter.
» L'Espagne , par sa position géographique > par ses 'habitudes, par son oom* merce, doit toujours être avec la France en communauté d*intérét« Cette vérité a prévalu dans des4emps de désordre , elle a déterminé ces traités particuliers et suc^ eessiis, loueurs destinés en apparence à i^serrcr entre les deux nations les rapports de leur voisinage^ tandis que le gouvernement espagnol ne nous présentant presque toujours qiie des dispositions incertaines, qui, suivant les circonstances, auraient pu devenir hostiles.
» Cet état d'irrésolution pouvait dormir long-temps; la sûreté deletat commandait de le faire cesser. D'un autre côté la saine partie de la natiim espagnole désirait d'en sortir ; et ce sentiment a inspiré les résolutions généreuses que sa majesté a consolidées par sa sanction impériale,
t36 VIK
et qu'elle sbutiéndra par tous les moyens de sa puissance.
» Quelque conQance que donnent • à Temperettr les rapports de bonne intelligence entretenus avec ies puissances àa continent, des arméniens consid/trables faits en dernier lieu par Tune d'elles ont 'dû. fixer l'attention de sa majesté. .
9 Une expérience fatale a mis à portée de connaître toutce que peut entrepren-' dre l'étemel ennemi de la paix* I » Les catastrophes suscitées jusqu'ici par . les intrigues , celles qu'elles peuvent apprêter encore , imposent l'obligiation d'être toujours préparé.
» Sa majesté a donc dû pourvoir tax . besoins du moment , et veiller aussi pour la sûreté de l'avenir.
» Le moyen le plus sur d'atteindre ce but désirable, est de toujours tenir nos forces militaires dans une proportion analogue aux armemens des puissances qui nous entourent, et aux ressources que pré* sente notre immense population.
>» Ces grandes vues sont développées;
DK CAMB2kCERÉS. l^ff
dans les rapports que les ministies de Sa Majesté vont mettre sous vos yeux d*aprte ses ordres.
» Après ; les avoir, entendus, v^tre sa^ gesse appréciera façilemeot les mesures nécessaires et justes qui sont contenues dans ce projet de sénatusrconsultey.que des orateur^ du conseil d'état sont chargés de vous présenter.
» C'est, à. vous qu'il appartient , mes^ sieurs , de secçnder les généreux desseins de l'empereur pour le bien de son poupl« «t pour le repos.de r£urope.
» Cette mission est belle; elle sera dir gnement remplie : .l'exemple du pass4ga«* rantit le présent, et présage l'avenir.
Dans cette grande occasion,, comme dans les circonstances précédentes, le vœu du sénat, dénoncera la voix publique, et votre empressement à l'exprimer accroîtra enjcore cette ardeur que rien n'arrête quand il s'agit de la gloire du prince et de l'honneur, du nom français, v . bacs ces deux discours que je viens de rappç^ter Jl y a des passages qui sont dignes de remarque^ car on peut y voir
toute ià difficulté iqall y a , ménie avee du talent) à vouloir défendre une mauvaise cause. Cambacérès, qui avait été partisan de la démocratie lors de la révolution, trottvak, «n ce monoiefity juste pour l'un, ce qu'il aVak désapprouvé dan» an autre.
£t en cela, tous ceux qui aidèrent Napoléon y trouvèrent leur intérêt : l'ancnenne noblesse du royaume étant abolie , ils reconstruisaient sur les débris de la féodalité; la seule différence qu'il y avait, c'est que cette nouvelle instituticm était p/us approprié au siècle où elle était étaÛie.
Je n'entreprendrai pas d'entrer dans des détails qui tendraient à prouver combien cette mesure était injuste et éloignée des idées du siècle où nous vivons , j'aurais trop d'intérêts à combattre; je dirai seulement qu'elle était impolitique de la part de Napoléon; d*abord, parce que l'ancienne noblesse étant persécutée en acquérait plus de lustre : je ne parle pas de ceux qui prirent de nouveaux titres et des emplois dans les antichambres de fempereur; en second lieu, celui-c^ devait penser qu'à la première mésaventure>totts
DE. GAKBACJÊRKS. iB^
«e» gens ^i n'étaient pas sans influence sedéciareraient doùtrei lui, et cela avec tonte justice de cause; puisqu'en créant «me nouvelle noblesse un âevait rendre les^ titres à l'aneîemsie* Etfin^ l'on devait fNsnser que les membre^ de cette'nouvelle adblesse^ qui devaient leur ilUistmtion et leurs richesses à la révolution, abandonneraient celui qui s'Appuyait sur eU3c pour se ranger du parti des princes dé la niaise -de Bourbon ; pourvu que ceux-ci pro -missent de leur 'conserver leurs richesses et leurs titres. 'C'est ce que nous avons Vu se réaliser. Napoléon ftit attaqué par l'Europe entière; ceux qu'il avait comblés de bienfeits, gorgés de richesses, furent les premiers à l'abandonner; Cambacérès fut de ce nombre : à peiné la déchéance de Napoléon fut-elle prononcée , qu'il envoya son adhésion aUx actes du sénat.
L'établissement de la nouvelle noblesse fut donc une deis causes de la chute de Napoléon , parce qu'en la créant il s'était ialiénéle peuple.
Je vais reporter le lecteur à l'époque idont je me suis écarté en donnant les
l40 . VÏE^
deux discours, de Cambacérès; c'est-àdire à celle qui suivit le couroonement.
Je ne rapporterai pas ici toutes les chansons, plaisanteries et bons mots. qui furent faits d^ns le temps sur les personna* ges qui figurèrent dans cette cérémonie, p4i:ce que tous ne sont pas à rapportev:
Cambacérès en eut sa boQne part » et I^ plupart de ceux qui furent faits sur lui roulaient sur un certain vice de nonconformité dont on Faccusait. Vice, qui, du reste, est fort ancien en France, si Ton en croit d'anciens témoignages. Poui; en donner , une idée , j'emprunterai les vers de Gantur de Coincy, auteur du poème de Sainte-Léocade; parce que .la manière dont il s'exprime à ce sujet est très -drôle, et du reste peut décemment se rapporter. Voici ces vers :
La grammaire hic à hic accouple;
Mais nature maldit la couple.
La mort perpétuelle engeare (engendre)
Cil qui aime masculia geura
Hus que féminin ne face;'
El Dlex de son livre Pefiàce.
Nature vit, si com moi semble, '
Quand hic et hœc joignent ensemble f
Mais hic e%, hic, chose est perdue , v ,
iNaturè eu 'est tost e^perdue.
Ainsi, pour m'exprimer comme le poète dont je cite les vers, Caoïbacérès était gram/nairien. Mais ayant d'aller plus loin sur ce sujet, je vais, parler d'étv^taieiiiens plvisgrayes qui se sont pas$és albrs.
Ides souverains de l^£uix>pe devaient
voir avec peine Napoléon monter autroQt
de France. Il s'intitulait, par la grâce (jfe
Dieu , par les. constitutions de l'état ^t
par le voeu général j empereur des.Fran^
çaisj si l'on prend bien l'acception de
ce mot y il.signifie général ou çb@f, et par
conséquent, en le reconnaissant en cette
qu^it^ ,, ib admettaient la souveraineté du
peuple ^ toutes les mesures révolution*-
naires qui avaient amené à ce but. Lies
puissances continentales, avaient reconnu
Je titre de Napoléon , l'Angleterre seule
avait toujours refusé; eteaeiîet la France^
son éternelle ennemie, était trop fortes
trop florissante pour que l'Angleterre
pût voir de.bpn œil sa tranquillité; elle
&'attacha dqnp à susciter des ennemis 4Ja
France y et elle réussit. Napoléon désirait
144 VtÈ
que son titre f&t reconnu par le gouvernement anglais : il fit à ce sujet une dé^ nairofae qoi ne fat pas couronnée par lé succès^ et k réponse qui lui Itit faite eut hii être sensible, car -le roî d'Angleterre ne* daigna pftâ lui répondre Itih même/ C'est dans c^elte circonstanee que, le 4 février iSo5, le prince arckichance- ^r y présidant le sénat, prononça le dû« "ufoufs ^iirant.
* « Messieurs, sa majesté tt fait de nouveau c<mnàftre au gouvernement de U Grande-Bretagnte les dispositions paeifi-^ fiques dont* les plus flatteuses espérances ne l'ont détournée dan^ aucune mrcon^ stance de sa vie , et qui toujours lui ont ftdt préférer à là gloire des armes 1^ repos du monde et'ie boilheur de l'humanké.
» Si la- réponse du cabinet de LiMdrel n'a point été telle qu'on devait l'espérelr, la démarche de l'empereur n'en conserve pas moins tout ^on éclat II est beau de voir ui| ptince accoutumé à vaincre éiépiorer ies rhidheurs de la guerteys'occa* per sans rel«4che d'assurer à l'Europe les douceurs de la paix, et renoncer, pour
DE GAMBACén^S, 14^
ainsf dire» à l'esprit de conquête dans Tâge oAÛ. foroe des, passions donne tantd'em^ pire à lavoix de l'ambition,, et en laisse si peu.auK.eonseils deUsagesse.
.».Quel que soit le résultat de cette ou* verture, r^unour des Francis pour leur piduice«,la recoiinaissance de l'Europe, l'admiration même de ses ennenus^sont ime..récoq[>pense digne de son cçeur, et qui ne peut lui échapper.
» Sa m^^esté l'empereur, voulant donvier f u sénat un pouveau témoigoaige de «a .copfîauce , a ordonné, messieurs, qut sa lejttre au roi d'Angleterre fût mise sous vos. yeux, ainsi que la répons^ qui a été faite à. cette lettre au nom du gouvernement.britapiquç. .
«.Tel est l'objet de la présente séance, ique. j'ai reçu la mission de présider, et dans laquelle le ministre des relations extédeure^ se trouve pour satisfaire aux int«ntiops.de samaje^té*» . .
. Lie miuistre des relations extérieures, Talleyrand, prit la parole après le prince archichani^lier, et, développa au $én^t les.raisaiis..qu), devaiept porter à faire la
iV4 Vit.
guerre" à rAûgî'élérre , après &roït m^ pelé qu-àj3rè^ chaque succès def rarmëe fi^ançàise on avait fait des propositions de paix qui n'avaient pas été acceptées. Après ce préambule, il fit part à l'assemblée de la lettré que Napoléon avait adressée an roi d'Angleterre; elle était ainsi conçue:
<f MonsiéUi' mon frère,' appelé au trône de France par* la Providence et par les suffrages du sénat, du peuple et de l'ariiïée, mon premier sentiment est un vora 3e pîaix. ta France et l'Angleterre usent leur pros|>érité. Elles peuvent lutter des siècles; mais leurs gouvememens rem- 'pîisseht-ils bien le plus sacré de leurs devoirs? et tant de 9«ng versé inutilement et sans la perspective d'aucuiï but * ne les iccuse-t-il pas dans leur propre conscience? Jô ti'atta'che point de déshonneur à faire le premier pas : j'ai assez , je pense, prouvé au monde que je ne redoute aucune des chances de la guerre; elle ne th'offre d'ailleurs rien que je doive redou^ ter. iii paix est le vœu de mon cœur; mais là guerre n'a jamais été contraire i ~^a gloire. Je oonjure Votre Majesté de ne
DE CAMBACÉRis. l45
pas se refuser au bonheur de donner ellemême la paix au monde ; qu'elle ne laisse pas cette douce satisfaction à ses enfans ; car enfin , il n'y eut jamais de plus belle circonstance ni de moment plus favorable pour faire taire toutes les passions, et écouter uniquement le sentiment de l'humanité et de la raison. Ce moment une fois perdu , quel terme assigner à une guerre que tous nos efforts n'auraient pu terminer ? Votre majesté a plus gagné depuis dix ans en territoire et en richesses que l'Europe n'a d'étendue; sa nation est au plus haut point de prospérité. Que Teut-elle espérer de la guerre ? coaliser quelques puissances du continent? Le continent restera tranquille; une coalition ne ferait qu'accroître la prépondérance et la grandeur continentale de la France (i). Renouveler des troubles îhtélieurs? les temps ne sont plus les mêm^s.
Détruire nos finances ? des finances fon*dées sur une bonne agriculture ne se détruisent jamais. {înlever à la France ses
(i) Cétait vrai à cette époque.
l4$ VIE
colonies ? les colonies sont pour la France un objet secondaire; et votre majesté n*en possède-t-elle pas déjà plus qu'elle n'en peut garder? Si votre majesté veut elle-même y songer ^ elle verra que la guerre est sans but , sans aucun résultat présumable pour elle. Eh! quelle triste perspective de faire battre les peujrfes pour qu'ils se battent! Le monde est assez grand pour que nos deux nations puissent y vivre, et la raiscm a assez de puissance pour qu'on trouve les moyens de- tout concilier, si de part et d'autre on en a la volonté. J'ai toutefois rempli un devoir saint et précieux à mon cœur. Que votre majesté croie à la sincérité des sentâmeas que je viens de lui exprimer, et à mon désir de lui en donner des preuves. Sur ce, etc., etc. »
Cette lettre est du a janvier iSoS j je la cite comme monument histprique, et parce que le lecteur y peut voir que si Cambacérès a changé de langage selon les circonstances , il suivait en cela l'exemple du maître qu'il s'était donqé.
En effet, quoique écrite avec des vues
bE CAMMCÉRES. I47
.pkilanthr<^iqueâ qui font honneur à son , auteur , elle est cependant , pour les ex - : pressions y bien loin des discours du vainqueur de Marengo. Ce n'est plus ce général qui avait tant fait pour sa patrie^ qui semblait alors sa seule idole. C'est le maître d'un grand empilée qu'il a conquis, et qui déjà parle de son peuple comme s'il parlait de l'héritage de ses apcétres. Il fallait donc que ceux qui se .irouvaient près de lui calquassent leur langage sur le sien, et puisque l'ambition était sa passion dominante , ils devaient toujours flatter son ambition. De ce côté il fut parfaitement servi. Ils allèrent au-devant de ses désirs, et quoi qu'il demandât , il étail sir de l'obtenir ià l'instant. A coup sAr, si Tencens enivre les hommes , nul plus que lui n'a été à même de perdre la raisdn. On voit par cette lettre le motif du discours de l'ar- •chichancelier : il s'agissait de légitimer la guerre contre l'Angleterre. Je crois .cependant devoir donner ici la réponse <lu gouvernement anglais à la lettre de JXapoJéon , car ^ comme je l'ai déjà dit , le
roi d'Angleterre ne daigna pas lui ré* pondte lui-même. Elle complétera les documens qui furent donnés au sénat.
En voici la teneur :
« Sa majesté a reçu la lettre qui lui a été adressée par le chef du gouvernement français , datée du deuxième jour de ce mois4
» Il n'y a aucun objet que sa majesté ait plus à cœur que de saisir la prentière occasion de procurer de nouveau à ses sujets les avantages d'une paix fondée sur des bases qui ne soient pas incompatibles avec la sûreté permanente et les intérêts essentiels de ses états. Sa majesté est persuadée que ce but ne peut être atteint que ,par des arrangemens qui puissent en lùême temps pourvoir à la sûreté et à la tranquillité de l'Europe, et prévenir le renouvellement des dangers et des malheurs dans lesquels elle s'est trouvée enveloppée. Conformément à ce sentiment, sa majesté sent qu'il lui est impossible de répondre plus particulier remenjt à l'ouverture qui lui a été faite, jusqu'à ce qu'elle ait eu le temps de com-
DE CAXBAOÉais. i49
muniquer avec les puissances du continent, avec lesquelles elle se trouve engagée par des liaisons et des rapports confidentiels, et particulièrement avec l'empereur de Russie, qui a donné les preuves les plus fortes de la sagesse et de l'élévation de sentimens dont il est animé , et du vif intérêt qu'il prend à la sûreté et à V indépendance de l'Europe, »
C'est lord Mulgrave qui fut chargé de donner cette réponse vague et indéterminée. Le sénat, présidé par le prince archickancelier , après avoir entendu le ministre des relations extérieures et le rapport de M. François de Neufchâteau , prit l'arrêté qui va suivre : je le rapporte comme un monument de la flatterie qu'employaient alors les membres de ce \ corps conservateur des libertés publiques, et parce que Cambacérès y prit part.
Le gouvernement anglais ayant refusé la paix, comme on vient de le voir, chercha à opérer une diversion qui pAt détourner le coup qui le menaçait. Les côtes de la Manche étaient couvertes d'une armée formidable qui menaçait d'envahir
l50 VIE
les îles britanniques. Cette armée manœuvrait tous les jours; en quinze minutes elle était embarquée, en dix elle débarquait , et n'avait qu'un trajet de sept lieues à faire pour être sur le territoire ennemi. Quelque gigantesque que fiât cette entreprise , quoique bien des chances fussent contre un. pareil trajet , avec une flottille de chaloupes canonnières elle pouvait cependant réussir; il ne fallait qu'un temps brumeux pendant une nuit, pendant quelques heures peut-être, pour que l'armée française débarquât. Il était donc de l'intérêt du gouvernement anglais de susciter à la France un ennemi qui fît retirer l'armée des côtes de l'Océan; il tourne ses vues du côté de rAutriche.
Cette puissance si souveni battue par nos troupes, oubliant ses anciennes défaites, entra dans les vues du gouvernement smglais, et le cabinet de Vienne échangea contre l'or de l'Angleterre le sang de ^es sujets; sans déclaration préalablf, au, mépris du traité du Lunéville, il 6t entrer ses troupes dans rélcctorat de Bavière e| l'envahit en pleine paix. A cette
DE CA^BACÉkÈS. l5l
iiouvelle Napoléon partit; en peu de temps il repoussa les Autrichiens de la Bavière, et termina la campagne par la bataille d'Austerlitz, qui fit sentir aux Autrichiens «taux Russes ce que pouvait Tarmée française commandée par im tel chef. Comme ce n*est pas l'histoire des campagnes de l'armée française ni celle de Napoléon que j'écris, je n'entre dans aucun détail, et je n'en parle que pour expliquer le motif de l'adresse du sénat à l'empereur, que je vais citer, et à laquelle conconmt Cam* bacérès. Si cette adresse présente les -expressions de la flatterie la plus outrée, il faut dire que les faits qui se passèrent dans cette campagne mémorable , la rapidité des mojivemens de l'armée qui lui fit opérer de si grandes choses dans le temps strictement nécessaire de faire la route, avaient excité l'enthousiasme; et cette adresse était moins blâmable que le 4iscours que tint l'arcfaichancelier pour motiver l'invasion de l'Ëspai^ne, et. que nous, citerons dans aou 'lieu. En effet, ici le -chef du gouvernement fiançais défendait un de ses alliés, et attaquait^
i5a VIE
ceux de TAngleterre, son ennemie naturelle ; il B*y avait rien là que de très-juste : tandis que, dans TafFaire d'Espagne, il allait se mêler des discussions qui avaient lieu dans ce royaume, et, sous prétexte de prendre le parti du père contre le fils, s'emparer de ce royaume pour y placer un prince de sa famille. Au reste , sans entrer dans ces détails politiques, je vais transcrire l'adresse dont j'ai parlé ; une députation du sénat la porta à l'armée ; elle était ainsi conçue :
« Sire , il nous semblait encore enteo* dre votre majesté impériale et royale nous adresser, du haut de son trône, les paroles mémorables qui ont donné, il n'y a que peu de jours , le signal des combats; et déjà votre majesté a fixé le destin de la Germanie.
» Elle a paru , et les armées de l'Autriehe ont été détruites ou dispersées.
» La grande nation répond par ses vives acclamations aux chants de victoire dont la grande armée fait retentir les rives du Danube, de l'Iller et de l'Iser, délivrées par les armes de votre majesté.
DE CAXBAC^HÂS. l53
» De toutes les parties de l'empire s'élancent de nombreuses phalauges, im* patientes de combattre sous les yeux de votre majesté. Ces^jeunes Français n'ont qu'un désir, celui d'arriver dans les camps de votre majesté impériale avant que tous les ennemis de la tranquillité de l'Europe n'aient disparu devant votre majesté.
»Le sénat, sire, pénétré de la nouvelle et si honorable marque de la bienveillance (i) de votre majesté, vous présente rhommage de l'admiration et de l'amour du grand peuple,
» Les trophées de votre gloire , ces témoins de la valeur des braves que dirige la puissance irrésistible de votre génie, vont orner le lieu de nos séances; ils y att.esteront à la postérité vos merveilleux triomphes et la reconnaissance des Français, n faudra bien des monumens, sire, pour que l'histoire pirîitee Prendre croyables les prodiges que v^u*'*opérez.
(i) Uenvoides drapeaux pris sur les Aatricbien».
i54 VIE
» Le sénat tout eotier voudrait aller vous exprimer tous les sentimens qui raniment; un devoir sacré peut seul le retenir loin de votre majesté : son respect , son dévouement et ses vœux tous suivront partout où la gloire conduira vos légions victorieuses. »
C'est à la suite de la séance du !24 octobre i8o5 y que cette adresse fut rédigée.
Des membres furent nommés pour aller la présenter à Napoléon; mais ils ne purent de long'temps l'atteindre ^ chaque jour augmentait la dbtance qui les séparait; l'armée semblait portée sur les ailes de la victoire.
Bientôt après vint la paix de Prèsbourg , et TAutriche fut obligée de faire des concessions pour obtenir la paix ;, Ifapoléon dans cette circonstance usa de la victoire avec modération. Quoique les événemens militaires n'aient aucun rap port avec Capb^térès , je ne puis passer sous silence quelques faits qui font honneur à Napoléon, et qui, par conséquent, peuvent servir à justifier la manière dont le prince archichancelier se conduisit à
DE CAMBAC^RÉS. l55
son égard. li est certain ^u'à cette époque la façon d'agir de Napoléon fut pleine de grandeur et de magnanimité ; Cambacérès a donc pu être de bonne for dans les dis> cours qu'il prononça : il outra un peu, cela est vrai ; mais quel est Tbomme qui se tient toujours dans les bornes qui sont prescrites par les convenances? Je crois que le lecteur sera bien aise de trouver ici ce que je vais transcrire et que j'ai pris dans l'ouvrage que j'ai nommé plus haut : comme d'un bout à l'autre ce narré des hits est de la plus grande impiartîalité , je crois pouvoir le citer. Comme poai»
juger des actions d'un homme il faut faire* la part des circonstances, il faut de même en lisant les discours prononcée par le prince archichanceËer, se reporter au temps où ils ont été prononcés ; et tel qui lira ces lignes , s'il veut avoir de la mé*moire, se rappellera le temps où il partagea alors l'enthousiasme qu'insipîrait l'homme extraordinaire qui depuis* abusa de ses talens et de la vénération qu'on Importait, pour entraver les libertés pUH bliques. Mais il est mort dam l'exil , privé
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de tout œ qui peut faire supporter la vie; c'est ainsi qu'il expia le mal qu'il a fait D'ailleurs ce n'est pas son histoire que j'ai entreprise, je vais parler de ce qui- suivit la bataille d'Austerlitz.
» Dans la journée du 4 décembre 1 8o5 , Napoléon reçut à son bivouac remperear d'Allemagne : l'entrevue dura deux heures. «Je vous reçois dans le seul palais que j'habite depuis deux mois, dit Napoléon à l'empereur d'Autriche en le faisant approcher du feu. — ^Vous tirez si bien parti de cette habitation qu'elle doit vous plaire,» répondit le monarque vaincu. Dans la conversation, Napoléon lui reprocha si faiblesse pour les agens du caJ>inet anglais , et il ajouta : « M. et M™*' CoUoredo, MM. Pajet et Rasumowski ne font qu'un avec votre ministre Cobentzel Voilà la vraie cause de la guerre; et si votre majesté continue à se livrer à ces intrigans, elle ruinera toutes ses affaires et s'aliénera le cœur de ses sujets; elle cependant qui a tant de qualités pour être heureuse et aimée! » L'empereur d'Aïmagne ne cacha point le mépris que lui
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inspirait la conduite de TAiigleterre. « Les Anglais y s'écria -t- il, ce sont des marchands qui mettent le feu au continent
pour s'assurer le commerce du monde
Il n'y a point de doute , dans sa querelle avec l'Angleterre la France a raison. »
Un armistice et les principales conditions de la paix furent convenues entre les deux monarques.
» L'empereur d'Allemagne, en informant Napoléon que l'empereur de Eussie voulait faire sa paix séparément, qu'il abandonnait également les affaires de l'Angleterre et n'y prenait plus aucun intérêt, demandait qu'en attendant cette p^ix une trêve fût aussi accordée au. reste de l'ig:mée russe. Napoléon lui ût observer que les Russes étaient cernés, que pas un ne pourrait échapper « Cependant, reprit-il, je désire faire une chose agréable à l'empereur Alexandre ; je laisserai passer l'armée russe. J'arrêterai la marche de mes colonnes. Mais votre onajesté me promet que cette armée retournera en Russie..... — C'est l'intention de l'empereur Alexandre,» répliqua le monarque
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autridkien; et il se retira accompagnejusqu'à sa voiture par Napoléon , qui se fit présenter les princes de Lichtenstein et le général de Schwartzemberg : c'est du prince Jean de Lichtenstein dont il faisait surtout le plus grand cas. En revenant à ^son bivouac Napoléon disait :
« Comment , lorsqu'on a dés * hommes d'aussi grande distinction ylaisse-t-on mener ses affaires par des sots et des intrigans? » On l'entendit répéter plusieurs fois , lorsqu'on lui pariait de M. de Cobentzél : « Je ne veux rfcn de commun avec cet bomine qui s'est vendu à l'Angleterre. pour payer ses dettes*, et qui a ruiiié soh maître et sa nation en suivant les conséHsde sa sœur et de M*"* de Colloredo. » . - .
» Napoléosi dî^it encore dans son bivouac, en èerapj^lant ce qu'il venait de promettre. à l'empereur d'Allemagne :
A Cet homme me fait faire une faute , car j'aurais ' pu suivre ma victoire et prendre toute farmée russe et auttiehienne; mais enfin quelques larmes de moins seront versées. T»- . .
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. » En effet, le général Savarj , aide-de* camp de Napoléon, qui avait acoompagné l'empereur d'Allemagne après l'entrevue, pour savoir les intentions de l'empereur Alexandre, trouva les débris de l'armée russe dans un épouvantable désordre; ainsi. que Napoléon l'avait avancé, pas un homme n'aurait pu échapper. Aussitôt que l'empereur Alexandre aperçut l'aide* decamp de Napoléon il lui cria : « Dites à votre maître que je m'en vais; qu'il a fait hier des miracles; que cette journée a ac* cru mon admiration pour lui; que c'est iine prédestinée du ciel; qu'il faut à mon armée cent ans pour égaler la sienne.
Mais puis-je me retirer avec sûreté ? — Oui, sire, répondit le général Savary, si votre majesté ratifie ce que les deux empereurs de France et d'Allemagne ont arrêté dans leur entrevue. — Et qu'estce ? — Que l'armée de votre majesté se retirera chez elle par les journées d'étapes qui seront réglées par l'empereur, et qu'elle évacuera l'Allemagne et la Pologne autrichienne. A cette condition j'ai l'ordre de l'empereur de me rendre à nos
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avant-postes, qui vous ont déjà toamé, et d'y donner ses ordres pour protéger votre retraite, l'empereur voulant res^ pecter Vami du premier consul. — Quelle garantie faut-il pour cela ? — Sire , votre parole (i). — Je vous la donne. » L'empereur Alexandre s'entretint quelques moment sur la journée du a avec le général Savary : « Vous étiez inférieurs à moi, lui dit-il, et cependant vous étiez supérieurs sur tous les points d'attaque. — Sire, c'est l'art de la guerre, et le fruit de quinze ans de gloire : c'est la quarantième bataille que donne l'empereur. — Cela est vrai ; c'est un grand homme de guerre.
Pour moi , c'est la première fois que je vois le feu. Je n'ai jamais eu la prétention de me mesurer avec lui... Je m'en vais donc dans ma capitale. J'étais venu au secours de l'empereur d'Allemagne : il m'a fait dire qu'il était content; je le suis aussi. » » Napoléon, qui dans un autre temps avait renvoyé, tout habillée et rééquipés,
(i) On peut comparer cette conduite de Napoléon avec celle que tint plus tard à son égard Pemperettr de Ruflsie. LeB faita parlent.
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six mille hommes à l'empereur Paul, voulut encore essayer de gagner la Russie par un acte de générosité. Il appela le prince B.epnin, fait prisonnier à la tête des che- Taliers-gardes, dont il était le colonel, et lui dit : «Je ne veux pas priver l'empereur Alexandre d'aussi braves gens; vous pouvez réunir tous les prisonniers de sa garde impériale, et retourner avec eux en JRussie. » -.
» L'armistice entre les armées françaises et autrichiennes fut conclu à Austerlitz même, le 6 décembre, par le maréchal Berthier pour Napoléon 9 et le lieutenantgénéral prince Jean de Lichtenstein pour l'empereur d'Allemagne. Ce même prince entra immédiatement en conférence pour la paix avec le ministre des relations ex-r térieures de France M. de Talleyrand. »
«t L'empereur a passé la revue, etc.
» Arrivé au premier bataillon du quatrième régiment de ligne, qui avait été entamé à la bataille d'Austerlitz et y avait perdu son aigle, l'empereur lui dit : « Soldats , qu'avez-vous fait de l'aigle que je yons ai dcmnée? vous aviez juré qu'elle vous
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ment à un sénatos-consnlte du 22 finietidor , elle se termina le 10 nivôse an i4 (i" janvier 1806).
Si je pouvais me permettre de rapporter ici les discours qui furent prononcés relativement à cette brillante campagne parles députations du tribunat, du corpslégislatif, on verrait que Cambacérès ne fut pas le seul à encenser l'idole , et qu« ses discours, que nous avons rapportés, ne sont rien en comparaison des autres ; il faut dire que plusieurs de ceux qui se rendirent coupables l'expièrent depuis, en parlant en sens contraire. Honni soit qui mal y pense !
Le I*'" janvier 1806, il y eut, au sénat, une séance publique. Le tribunat fut chargé de présenter les cinquante-quatre drapeaux pris sur l'ennemi. Avant de donner la réponse du président, je suis forcé de mettre sous les yeux du lecteur ce discours , qui fut prononcé par le président du tribunat ( M. Fabre de l'Aude ). Voici comment il s'exprime :
« Le tribunat a été chargé par sa majesté l'empereur et roi d'apporter au se-
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nat une partie des drapeaux pris sur les ennemis de la France.
9 Cette mission nous a d'autant plus flattés, qu'en même temps qu'elle est un gage de la bienveillance de l'empereur, elle nous met à portée d'ofTrir, dans cette auguste enceinte , le tribut de nos hommages au premier corps de l'état , présidé par un prince que d'immenses services ont rendu si cher à la nation , et qui justifie si bien la confiance dont sa majesté l'honore.
» En voyant ces enseignes arrachées aux ennemis de l'état , le peuple de Paris s'est livré aux transports de la plus vive allégresse ; ses acclamations non interrompues se sont fait entendre depuis le palais du tribunat jusqu'à celui du sénat :
c'était le cri de l'enthousiasme, de l'amour, de la reconnaissance pour le triomphateur ; sentiment d'autant plus doux à exprimer , que les nombreuses victoires remportées par la grande armée l'ont été presque sans effusion de sang français.
» C'est aux sublimes conceptions de son génie , à un genre de tactique inconnu
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jusqu'à nos jours , et à la célérité de ses grandes manœuvres, que l'empereur a dû des succès aussi inouis/et la conquête, en une seule campagne, do vastes états sur la maison d'Autriche.
» A mesure que les bulletins de la grande armée annonçaient lès progrès rar pides de notre empereur, et sa marche en quelque sorte triomphale , on se demandait cômmetit tant de miracles avuent pu s'opérei*; et les récits les plus vrab étaient soupçonnés d'exagération.
» Le vainqueur d'Aroole, de Lodi, de Marengo, avait déjà effacé la gloire des plus grands capitaines.
» U a plus fait dans la campagne coh'^ tre la trbisiètue coalition; il s'est surpassé lui-même.
» Ses ennemis ont été confondus , et le monde entier est resté frappé d'étonnement et d'admiration.
» Combien les Français doivent s'enorgueillir d'être gouvernés par ce chef illustre, dont le génie et la fortune ne connaissent point d'obstacle , et dont les lauriers ont coûté si peu de larmes à l'humanité.*
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9 Messieurs, les députés du sénat ont été, ooamM ceux du tribunat, téi!noins de la reconnaissance des peuples vaincus ^ et de leur empressement à bénir le héros qui a su leur épargner les calamités de la guerre.
» Ainsi aucun douloureux souvenir ne peut troubler la joie du sénat, en reoe* vant ces préseps du. vainqueur: ils vont orner la salle de $es séances , et c'est dé^ sonnais «ous ces auspices qu'il délibérera sur les grands intérêts de l^état.
» Puisse la considération dont jouissent à tant deàitres ces pètp» de la patrie ^s'accroître, s4l est possiUef^' de jour en jour, par des témoignages fréqnens de ponfianoe <et d'affection de la p^rt 4'un fnoaarqueqùi sait apprécier tous l^s gen* res de talei^s, qui les a réunis dans cette auguste < assemblée par des choix aussi /dignes de lui qu'honorables pour ceux jqui en ont çté l'objet, et dont enârï toutes les pensées tendlent à la gloire et ati bonheur de la grande nation I »
Yoki la> réponse que fit le président du sénat an disoctars précédent :
« Le sénat voit avec nae vive éoiotioD ces trophées de la valeur française , ces gages de Thonorable bienveillance de Fempereur.
» Lorsque sa majesté les a confies à des magistrats si souvent les organes du vceo de la nation, elle a pressenti que l'armée applaudirait à son choix. Fidèle à sa xadjÂmQ,. rien défait, tant qu'il reste quelque chose àjaircy Tempereur n'a voulu enlever à aucun des vainqueurs l'avantage de combattre encore.
» £n exposant à l'admiration publique ces enseigueS(^ui attestent les succès prodigieux de lac grande armée, le tribunat a exercé sur l'opinion l'initiative qui loi est propre; il a pu se convaincre à son tour que si nos espérances étaient trompées, nous saurions mériter par de nouveaux efforts une paix {^permit, à la génération qui s'élève, de jouir du fruit de tant de victoires, et la défendît contre les suggestions sans cesse renaissantes de l'ennemi du continent.
» Déjà cette jeunesse bouillante se précipite en foule dans les rangs glorieux de
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la grande armée ! C'est ainsi que le grand peuple répond aux cris de victoire de ses en/ans; c'est ainsi qu'il applaudit aux propositions pacifiques du héros qui n'a voulu vaincre que pour obtenir une paix durable , seule digne de la prévoyance de son géme , de l'énergie et de la grmdeur de la nation !
» Le sénat vous voit avec beaucoup de plaisir dans son sein , messieurs , et vous invite à assister à sa séance. »
On voit que le gant fut relevé par Cambacérès , et qu'il rendit flatterie pour flatterie ; c'était alors à qui en dirait le plus, et certes ils ne s'y épargnaient pas.
La séance se termina après plusieurs dis« cours de la force de ceux que je viens de citer.
Napoléon revenait victorieux; mais il s'arrêta <\ Munich pour la célébration du mariage du prince Eugène avec la princesse Auguste, fille du roi de Bavière; le sénat, en fut informé par une lettre que lui écrivit l'empereur, et qui fut lue par le prince archichanceliery dans» la
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séance du 1 4 janvier 1 806. Le 2 a du même mois, une autre leUre de Napoléon fut lue par Cambacérè^ ; elle âippelàit le priace Eugène au trône d'Italie après la mort de Tempereur, qui Tadoptait.
Le 3i mars suivant 9 le prince archichancelier présida la. séance du sén^t. C annonça par un discouis Tol^et de cette séance^ qui était pour lui du plus grand intérêt, comme on yale voir par les pièces qu'il communiqua, et que je vais transcrire pour £aire voir la conduite de celui qui, s*étant fait chef de la révolution fraoçaise, .renonçait à ses institutions d créait là féodadité que la révolution avait détruite-: aiqsi, a|irès avoir suivi la drconférence d'un cercle^ on était reVenu au point d'où l'on était parti. L'on pense que Cainbacérès « devait trouver trèsjuste cette mesune. qui lui donnait ud granjd accroissement de. richesses et un titre de plus. Âl en arriver^ souvent ainsi quand on placera, les hommes entre leur eonscience et leur intérêt.. Ceci est prouvé par uu'nombre infini d'exemple^. Je pasr
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serai sous silence le message de l'empereur, pour citer, à ce sujet, les différentes pièces qui y étaient jointes.
Lia première réglait l'état des princes et princesses de la famille impériale, la formation des actes relatifs à leur naissance, adoption, mariage, etc., etc.
La seconde, après avoir statué que les états vénitiens ,-xjue l'empereur d'Autriche avait cédés par le traité de Prèsbourg, seraient réunis en royaume d'Italie, l'empereur érige en grands fiefs de FEmpire : la Dalmatien VIstriey le Frioidy Cadorcy Bellune , Conéglianoy Tréçise, Peitrey Bassano, FicencCy Padoue et Rovigo. Le quinzième des revenus que le royaume d'Italiç retirera desdites provinces devra être possédé par ceux qui en seront investis, etc.
La troisième portait Joseph Napoléon au trône de Naples , et instituait six grands fiefs de l'empire avec le titre de duché, etc.
La quatrième transférait les duchés de Clèves et de Berg à Joachim Murât.
La cinquième disposait de la princi-
pauté de Gûastalla en faveur de ia princesse Pauline et de son mari le prince Borghèse.
La sixième investissait le maréchal Berthier de la principauté de Neufchâtel.
Les septième et huitième érigeaient en duchés grands fiefs les pays de Massa, Carrara et les états de Parme et de Plaisance.
On voit que personne n'était oublié et que Cambacérès eut part au gâteau; deux cent mille francs de rentes sont un joli cadeau I Je n'ai pas besoin de dire cpie le discours que prononça le prince archichancelier duc de Parme ne blâmait pas cette institution.
Le 5 juin 1806, .Cambacérès présida la séance du sénat, et donna une analyse des communications qu'il était chargé de donner au sénat. Il annonce que , d'après le vœu des hautes puissances ^ l'empereur avait proclamé le prince Louis Napoléon roi de HoUande. Il donnait ensuite des détails des vues qui avaient porté l'empereur à accepter cette couronne pour un prince de sa famille. Suivaient les condi-
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tk>ns du traité fait par le prince de Bénévent (i) (Talleyraud de Périgord) pour la France , et par Tamiral Verhuel pour le grand pensionnaire de Hollande.
Bientôt après, les arméniens de la Prusse, résultat d'une coalition entre celte puissance et la Russie, ayant pour objet d'attaquer la confédération du Rhin , protégée par l'empereur des. Français , forcèrent celui-ci à quitter Paris le a 5 septembre i8b6 , pour se mettre à la tête de ses armées. Le 14 octobre suivant, le prince archichancelier présidant la séance du sénat l'ouvrit par ce discours :
«Messieurs, la lettre que sa majesté l'empereur et roi écrit au sénat, et les communications que je viens faire de sa part, ont pour objet de vous instruire d'une ré^ solution devenue nécessaire par la con^ duite du gouvernement prussien.
» On se demande qu'elles sont les causes d'une rupture difficile à prévoir d'après la bonne intelligence qui depuis plusieurs
(i) CTest dans la même séaiàce que la princijiaalé de Bénévent fui donnce au ministre diS r«lalionii extérieurea. ^
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années a régné entre là France et la Prusse, et surtout d'après les irapports d'intérêts communs aux deux nations.
» La solution de cette question se trouve dans les rapports faits à sa majesté p^r son ministre des relations extérieures, et dans plusieurs notes échangées par les ministres des deux puissances.
» La lecture que vous allez entendre de ces pièces vous convaincra, messieurs, que sa majesté n'a rien négligé pour la iconservation de la paix, et qu'elle en a eu long-temps Tespérance. Vous reconnaîtrez aussi que la dignité de sa couronne et les obligations qu'imposent à sa majesté la protection et la garantie qu'elle accorde aux états confédérés du Rhin , ont dû la déterminer à repousser la force par la force.
» Aucun souverain n'est moins que l'empereur dans le cas de redouter la guerre; aucun né sera dans tous les temps plus di^)osé à arrêter l'effusion du sang par le rétablissement de la paix.
» Dans la guerre qui commence, tomme dans celles qui ont été si glorieu-
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sèment terminées, sa majesté a pour elle le témoignage de sa conscience et la justice de sa cause; elle compte sur l'amour de ses peuples et sur le courage de ses armées ; elle place aussi une confiance entière dans votre zèle, si souvent éprouvé pour son service et pour le bien de l'état, qui en est inséparable. »
Il donna ensuite connaissance des deux rapports faits à l'empereur par le ministre des relations extérieures; ils contenaient les notes échangées entre ce dernier et l'ambassadeur de sa majesté le roi de Prusse, l'ultimatum de celui-ci, et enfin le rendez- vous qu'il donnait à l'empereur pour le 8 octobre, et qu'en brave chevalier il ne manquera pas. Le sénat décréta, entre autres choses , qu'une adresse serait présentée à l'empereur par une députation de trois membres qui lui offrirait l'hommage du dévouement du sénat et du peuple français à la juste causé qu'il est devenu nécessaire de défendre par les armes. Cette adresse ne fut présentée à Napoléon qu'à Berlin , la rapidité de ses mouvemens ne permit pas