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mes sages n'(»it vu dans le mariage de Napoléon que Tambition, pour lui si puérile, de posséder unefiUe des Césars y et ils ont gémi de cette séance du s^at dans laquelle un (ils, le prince Eugène, est venu solliciter l'afFront de sa mère; ils ont rougi de ces paroles, redites de cent manières , et dont l'analyse se réduit exactement à une espèce de syllogisme au moins inconvenant : Napoléon veut un héritier légitime, et Joséphine ne peut plus avoir d'enfans : Napoléon renvoie Joséphine, etprendune jeune femme qui accomplisse sa volonté. L'archiduchesse Marie-Louise se trouvait ainsi , aux yeux d'un peuple naturellement gai et satinrique , dans une situation offensante pour une jeune personne. Cette seule circonstance jeta d'abord sur elle de l'intérêt; on la reçut , on la fêta comme une victime.
Bientôt après , elle eut la consolation de se voir un fils; et l'enthousiasme , qui tant de fois égara les Français, les rendit encore à cette espèce de culte qu'ils avaient professé jadis pour des enfans.
Quant à^Napcdéon, dès son mariage il
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cessa d'être lui-même. Inquiet et sombre, quoiqu'il fût encore prospère, préoccupé de faibles intérêts, soupçonneux sans objets et accessible à l'astuce, impérieux sans dignité, il n'eut plus dans son intérieur cette apparente franchise, cet abandon, qui lui avaient gagné tant de cœurs. Ses actes et ses démarches politiques n'eurent plus ce caractère si fortement imprimé, de pénétration , de justesse, de grandeur qui avaient signalé les premières périodes de sa glorieuse vie; aussi le peuple, juge suprême qui semble inspiré d'en-baut, çessa-t-il de le saluer comme un être surnaturel ; il pouvait enfin , ^ Ton peut ainsi s'exprimer , mesurer sa stature /nQrale.
Le 1 6 décembre 1809, le prince Eugène parla ainsi au sénat : «Princes, sénateurs, depuis que les bontés de sa majesté l'empereur et roi m'ont appelé à compter parmi vous, des témoignages de sa confiance m'ont tenu continuellement éloigné de Paris, et c'est pour la première fois aujourd'hui que j'ai le bonheur de paraître dans vo.tre s^ein.
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» le suis heureux de pouvoir vous dirr qu'au milieu des bienfaits dont sa majesté n'a cessé de me combler , j'ai étiparticulièrement sensible à l'honneur qui m'était accordé de faire partie du premier corps de l'empire.
» Agréez, sénateurs, Texpres^idii de mes séntimens et l'assurance du bonheur que j'éprouve à prononcer au milieu de vous ce serment qui est pour mm celui du devoir, de l'amour et de la reconnaissance. >
Suivait le sermeiit.
Cambacérésy en sa qualité de président, répondit ainsi :
«Prince, lorsque sa majesté l'empereur et roi vous conféra la iiaute dignité dont vous venez exercer Fune des plus esseiH tielles prérogatives, le sénat applaudit k cet acte de justice. Il se félicita de compter parmi ses membres un prince donttes qualités brillantes donnaient de si justes espérances : aujourdliui que ces ' espérances sont réalisées par la gl6ire de vds dernières campagnes et par la sagesse de votre administration, le sénat épronve Une grande satisfaction
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de vous voir dans son sein concourir à la délibération importante qu'il va prendre. Vous vous montrez vraiment le fils adoptif du héros qui nous gouverne, en faisant comme lui laire les afFections privées déliant rintérét des peuples.
» Vos premiers pas dans cette enceinte ne pouvaient être signalés plus digne»
Bsent que par ce grand témoignage de patriotisme , de dévouement et de fidélité.
t> Je me félicite d'être , auprès de votre altesse impériale, l'interprète des senti* mens du sénat , et de vous exprimer les vœux qu'il forme pour votre prospérité. »
On annonça des orateurs du conseil d état; lorsqu'ils furent introduits, le prcn sident reprit en ces termes :
« Messieurs, le projet qui sera soumis dans cette séance à la délibération du sénat, contient une disposition qui embrasse nos plus chers. intérêts.
» Fl\e est dictée par cette voix impérieuse qui avertit les 'souverains et le^ peuples que pour, assurer le salut des états, il faut écouter les cQnseils d'une <age:prévoyance5 rappçler sans cesse le
passé y examiner le présent, et porter ses regards sur Tavenir. .
» C'est devant ces hautes considérations que, dans cette circonstance à jamais mémorable, sa majesté l'empereur a fait disparaître toutes les considérations personnelles, et réduit au silence toutes ses affections privées.
» La noble et touchante adhésion de sa majesté l'impératrice est un témoignage glorieux de son affection désintéressée pour l'empereur, et lui assure des droits étemels à la reconnaissance de la nation.»
Monsieur le comte Regnault de Saint- Jean-d'Angély obtient ensuite la parole pour soumettre à l'assemblée un projet de sénatus-consutte ainsi conçu :
« Le sénat conservateur réuni au nombre de membres prescrit par l'article 90 de l'acte des constitutions, en date da i3 décembre 1799;
» Yu l'acte dressé le 1 5 du présent mois par \e prince archtchanceUer de l'empire, et dont la teneur suit :
«L'an 1809, le quinzième jour du mois de décembre, à 9 heures du soir, nous.
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Jean-Jacques^Régis Cambacérès, prince archichancelier de Vempire^ duc de Par* me y exerçant les fonctions qui nous sont attribuées par le titre li, article 14 du statut de la famille impériale, et en vertu des ordres qui. nous ont été adressés par sa majesté Feo^ereur et roi dans sa let- ,tre close en date de ce jour, dont la teneur suit :
iR Mon cousin, notre intention est que vous vous rendiez aujourd'hui, i5 décem^ bre, à 9 heures du soir, dans notre grand cabinet au palais des Tuileries, assisté du secrétaire de l'état' civil- de notre famille impériale, pour y recevoir de notre part et de celle de If impératrice, notre chère .épouse,. une communication de grande importance. A cet effet, nous avons or- 4ionné que la. présente lettre close vous ôoit expédiée. Sur. ce, nous prions Dieu qu'il vous ait, mon cousin, en sa sainte et digne garde.
» A Paris ,. le . i5 décembre iBog^.]»
» Nous uQus sommes rendus dans la salie du trône, ^u palais des Tuileries, assisté de Michel-Lpuis -Etienne Regtiault
ig% VIE ,
de Saint«^JeaiHl*Atigély, comte de Te pire, ministre d'état, secrétaire de Fétat de la famille impériale»
. » Un quart-d'heure après nous avons été introduits dans le. grand cabinet de rjË;nipereur> OilnQDS.aTons trouvé sa majesté l'empereur et roi avec sa majesté l'impératrice, et accompagnées de leurs majestés tes rois de Hollande, de West- 'pbalsie. et de Naples, dQ:soa Jiltesse impériale le prince viçe^roi, des reines d'Espagne, de Hollande, de.Westphalie et de If aptes , de Madame et . dé ion altesse impériale la princesse Pauline.
» Sa majesté l'empereur et roi a daigné nous adresser la parole en oès termes:
« Mon cousin le prince archichancelier, je vous ai expédié une lettre close, en «date de ce jour^ pour vous ordonner de vous rendre dans, mon cabinet, afin de vous faire connaître k i^olmion que moi et l'impératrice, ma très- chère épouse, nous aurons prise. J'ai été bien aise que les rois, reines et princesses nies frères et soeurs, beaux-frères et belles-soeurs, ma beUe-Qlle et mon beau-fils > devenu
DE CAMBACiEis. «99
nlon fils d'adoption, ainsi que ma mère, fussent présens à ce que j'avais à vou* faite connaître.
».La politique de ma nionarchiet Tin^ t«rét et le besoin dermes peuples, qui ont constamment guidé toutes mes ac* tioi^^ veulent qu'après moi je laisse à des eofans-'héritiers de mon amour pottt* imes peuples, ce trône o(i la Providence m'a placé. Cependant depuis plusieurs années j'ai perdu l'espérance d'avoir des «nfan^ de mon mariage avec ma biennalsnée épouse 4'impératriceJpséphine. C'est ce qui me porte à sacrifier les plus douces affections de mon coeur, à n'écouter que -le bien de l'étal ; et à vouloir |a dissolu'tion- de mon mariage.
i> Parvenu à l'âge de quarante ans, je pui^: concevoir l'espérance de vivre assee ^ur' élever dans tt)on esprit et dans ma penséie les enfant qu'il plaira à la Providemie de me donner. Meu sait combien one pareille résolution a coité à mon «eeur! mais il n'est aucnn sacrifice qui 4oit au-dessus de mon courage lorsqu'il
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m'est démontré qu'il est utile au bien de
la France.
» J*ai le besoin d'ajouter que, loin d'avoir jamais eu à me plaindre, je n'ai au contraire qu'âme louer de l'attachement et de la tendresse de ma bien*aimée épouse :
elle a embelli quinze an& de ma vie ; le souvenir en restera toujours gravé dans mon ciœur. Elle a été couronnée de ma main; je veux qu'elle conserve le rang et le litre d'impératrice, mais, surtout qu'elle ne doute jamais de mes sentimens, et qu'elle me tienne toujours pour son meilleur et son plus cher ami* »
'^ $a majesté j'empeoeur et roi ayant cessé de parler, sa .majesté l'impératricereine a pris la parole en ces termes :
« Avec la permission de notre auguste et cher époux, je dois déclarer que, ne .conservant aucun espoir d'avoir des enfans qui puissent satisfaire les besoins de sa politique et l'intérêt de la France, je me plais à lui donner la plus grande preuve d'attachement et de dévouement qui ait jamais été donné sur la terre. Je tiens tout de ses bontés^ c'est sa main qui m'a cou-
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ronnée, et du haut de ce trône je n'ai reçu que des témoignages d'affection et d'amour du peuple français.
. » Je crois reconnaître tous ces sentimens en consentant à la dissolution d'«n mariage qui désormais est un obstacle au bien de la France , qui la prive du bon^ heur d'être un jour gouvernée par les descendans d'un grand homme si évidemment suscité par la Providence pour effacer les maux d'une terrible révolution, et rétablir l'autel , le trône et l'ordre social. Mais la dissolution de mon mariage ne changera rien aux sentimens de mon cœur; l'empereur aura toujours en moi sa meilleure amie. Je sais combien cet acte, commandé par la politique et par de si grands intérêts, a froissé son coeur; mais l'un et l'autre nous sommes glorieux du sacrifice que nous faisons au bien de la patrie. »
» Sur quoi leurs majestés impériales et royales nous ayant demandé acte de leurs déclarations respectives, ainsi que du consentement mutuel qu'elles contiennent et que leurs majestés donnent à la
dissolution de leur mariage , comme aussi du pouvoir que leurs majestés aous confèrent de suivre , paitout où besoin serait et prés de qui il appartiendrait , l'effet de le*ir volonté; nous, prince arckichan-' €eUer de V empire^ déférant aux ordres et réqmsitkms de leurs majestés , avons donné le susdit acte , et dressé en cottséqueuce le présent procès-^verbal, pour servir et valoir ainsi que de droit ; au> quel procès - verbal leurs majestés ont apposé leurs signatures^ et qui, après avoir élié sigué par les rois , reines , prin* œsses et princes pcésens, a été signé par nous, et contre^signé par le secrétaire de Vétat de la famille impériale, qui Ta écrit. de sa main :
x.Fait au palais des Tuileries > les jour, heure et an que dessus.
» Signé: Napoléon^ — iJos^bine, — Madame, — Louis, — Jérôme Napoléon , — Joachim ^Napoléon, — Eugène liapoléon, — Julie ^ — Hortense, — . Catherine,* ~ Pauline, — Caroline, — Cambaoérès, — Regnauk de Saint- Jean* d'Angéiy. »
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Le sénat délibérant sur cet article décréta que « le mariage contacté entre l'empereur Napoléon et Fimpératrice Joséphine est dissous.
» L'impératrice Joséphine conservera les titres et rang d'impératrice et reine couronnée*
» Son douaire est fixé à une rente annuelle de deux millions de francs , sur le trésor de l'état , etc. , etc. »
Après les discours faits par le comte Regnault de St.-Jean-d*Angé!y, le prince Eugène et M. Lacépède, le sénateur Grégoire voulut s'opposer au sénatusrconsulte ; mais la majorité enleva la délibération sans perniettre qu'on discutât, ce qui d'ailleurs n'était plus d'usage; les orateurs d\t gouvernement obtenaient seiiïs la parole.
Je ne m'arrêterai pas sur les mesures ^erofficiâlité, et je n'ai parlé même de ce ^qui s'est passé , qu'à cause de la part qu'y a prise le prince archichancelier. Le mariage avec Joséphine rompu, Napoléori épousa rarchiduchesse Marie -Louise, fille de l'empét-eiir d'Autriche. Il espérait
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afFennir son pouvoir par cette union ; il ne devait pourtant pas ignorer que les liens du sang , surtout dans la cour d'Autriche, étaient toujours sacrifiés aux intérêts de la politique. C'est de cette époque, comme nous l'avons dit , que date la décadence de l'empire français.
Cambacérès présida J^ientôt après la séance du sénat dans laquelle fut décidée la réunion de la Hollande et du Valais à l'empire français : dans la même séance, sur les motifs exposés par le conseiller d'état Caffarelliy et par le comte de Saint- Jean-d'Angély , on envoya devant une commission de quatre membres le projet de sénatus-consulte, qui devait mettre à la disposition du ministre de la guerre cent vingt mille conscrits. Ce fut le x3 décembre 1810 , que l'on accorda cette levée , qui fut suivie d'une adresse à l'empereur, trop semblable à celles que j'ai rapportées pour que je la transcrive ici, quoique Cambacérès y ait pris part en sa qualité de président.
L'année 181 1 se passa sans autres événemens remarquables que la naissance
DE CAMBAGÉRKS. jto5
du fils de Napoléon ;' mais Tannée suivante se préparèrent les événemens qui amenèrent la chute de l'empire français; je veux parler de la guerre qu« la France fit à la Russie en i8ia, et qui détiruisit la plus belle armée qui jamais ait été réunie.
Je dois donner des détails smr ce qui précéda cette guerre , attendu que le prince arcbichancelier, par sa charge, fut pour ainsi dire chargé du fardeau des affaires tout le temps qu'elle dura, et parce que dans cet espace de t^mps se passa un événement remarquable et qui parut devoir avancer la chute de Napoléon , que la suite de cette guerre amena.
Un sénatus-consulte du ao décembre 1811 avait appelé sous les drapeaux cent mille hommes de la conscription de 181 a. Il n'y eut pour cet acte ni exposé de motifs ni rapports;^ il fut adopté sur une simple proposition , et d'après ce principe que la conscription était un tribut personnel, qui devait être acquitté chaque année, en temps de paix comme en j^mps de guerre.
Cambacérès présida la fameuse séance ^ 6...
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du i3 mars tSiii, elle fut remarquable par la mesure qui fut prise et dont je vais rendre compte : le sénatixs^onsuUe adoptait les dispositions suiraotes : « L.a garde nationale de Tempire se divise en premier ban, Second ban, et arriére^ban. — Le premier ban se compose des hoinmes de vingt à vingt-six ans qui , apparceiuint aux six dernières clashs de la conscriptiot mises en activité, n'ont point été appelés à l'armée active lorsque ces classes ont I fourtii leur contingent. — Le second bw se compose de tous les hommes valides depuis l'âge de vingt-six jusqu'à Tâge de quarante ans. — L'arrière-ban se compose de tous les hommes valides de quarante à soixante ans. — Cent cohortes du premier ban sont mises à la dispoâtion du ministre de la guerre* Les conscrits des six dernières classes qui se sont mariés avant h publication du prés^it acte, ne feront point partie dé ces cohortes. — Les hommes composant les cohortes du premier ban, se renouvelleront par sixième chaque année; à cet effet, ceux de la plus ancienae i^lasse seront rem{^aeés j^r les homiDei
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de la conscription de Taniiée courtuite^ — Le premier b^n ne doit point sotfir du territoire de Vempire; il est exclusive^ ment destiné à la garde des frontières , à la police intérieure et à la Goi^v^ati4>n des grands dépôts mari tûnes, arsenaux et places fortes. —^Jusqu'à ce qu'il ait été pourvu par im sénatus-consulte à Torganisation du second et de Tarrière-ban, les lois relatives à la garde nationale sont inaintenues en vigueur. »
Le i4 mars i8itA, un décret impérial prescrivit le mode die formation de répartition et de mise en activité des cohprtçs placées à la disposition du gouyernettient.
Le S juillet i&ia^ Cambaeérès annoi^ ^u sénat qu0 sa (Convocation avait . pour objet ! i -communication des tiiadtés d'alliance conclus Tun avee la Prusse^ l'autre avec r Autriche ; un secrétaire donne lectui^e des pièces : ce sont ce^ "deux traités qui firent.depuis le malheur de Napoléon; je m'abstiens de réflexions à c^t égard, li'empel^eur partit le 9 mai» aeçompagaé de Fiimpératrice. U se rendit d'abord à Dresde, x>ù il eut, une entrevue avec 1«
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roi de Prusse et Tempereur d'Autriche.
Marie Louise se retrouva ainsi pendant quelques jours dans le sein de sa famille.
Le 29 du même mois, Napoléon quitta Dresdè^'pour aller inspecter ses troapes, visiter lès places de guerre, etc.
Le prince archichancelier se trouva seul chargé des communications au sénat. Cest alors qu'on vit la plus belle armée qui jamais ait été réunie, marcher de victoires en victoires et repousser partout l'ennemi; mais la fortune est inconstante : en une nuit trente mille chevaux moururent; l'armée privée de ses transports, accablée par des froids excessifs, se débanda; une grande partie des hommes qui la composaient resta dans les mains des Russes ou mourut du froid excessif qui se fit sentir.
Je ne m'arrêterai pas à ces détails , ils sont trop affligeans, je vais parler d'un événement qui eu!t lieu au mois d'octobre de la même année. Le a3 de ce mois il éclata à Paris une conspiration qui avait pour objet.de renverser le trône impérial. Elle comptait pour chefs trois généraux républicains indomptables, Mallet, Guidai et
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Lahorie, ainsi qu'un abbé nommé Lafon.
Cette conspiration fut aussitôt comprimée, et plusieurs malheureux qui s'étaient laissé entraîner sans avoir de but fixe, payèrent de leur tète un moment d'imprudence. Je vais rendre compte àe cet événement, qui causa beaucoup de rumeur, mais, qui n'eut que la durée de l'éclair.
C'est le !k3 octobre, le jour même oh Napoléon fit sauter le Kremlin , que cette conspiration éclata. Mallet, Lahorie, Guidai et Lafbn joignaient à beaucoup d'audace des talens et des qualités, et il ne leur a peut-être manqué pour réussir que d'être unis tous quatre par une même opinion ; il en serait résulté un calme d'esprit, une sagacité et une franchise de dispositions que des. républicains «t des royalistes ne pouvaient apporter entre eux.
Mallet, détenu depuis pluâeurs années, venait enfin d'obtenir pour prison une maison de santé où se trouvaient Lafon et d'autres contre-révolutionnaires, également prisonniers d'état. Lahorie et Gui-^ idal étaient renfermés à la Force. Mallet
confia à lafoà le projet quHl avait depuis kmg-tempB conçu d'atjbaquer et d'abattre la puissance do Pïapoléon. L'abbé roya^ liste saisit avec empreasemezit Toccasion .de servir encore une cause qu'il croyait désespérée. Bientôt séduit, le répnblicaifi Hallet eonsôit à combiner ses vues avec ^Ues de Lafon, et il e;stcopveiiu qu'au lieu d'un gouvernement démocratique on Rétablira la dynastie des Bourbons, à la audition seulement que le cbef de cette maison acceptera là cùnstitutioD de 1791 avec des m<Miificaftions qui la rendait plu9 populaire. Les conjurés bâtent leurs «disfkositions afin de. profiter du moment où des bruits sinistres peuvent être aisément accueillis du public Alors les bnV- . letins de la grande armée devenaient plus rares et moins satisfaisants. Quelques c^efs de troupes sont dans leurs intérêts; ib ont fabriqué un faux sénatus^ccmsulte, rédigé des proclamatiohs, etc. , etc. Dans k nuit du a3 octobre ils quittent leor maison de ifetrùte, se répandent dam les éasemes^! annoncent aux soldats la mort de Napoléon et l'acte du fu?emier corps
4q, l'état qcà nojBame un gouiBemeihent provisoire, au mépris des actes constitua tionnaU qui reliaient la suecession au trdne. lia ae readent à la Force et àéH^ vrent eeiix des leurs qui y étaient détenus* Enfin ils se partagent les kommes -qu'ils ont' abusés , et chacun d'eux se porte dur un point désigné* L'Hôtel-deHyiUe , le Ministère et la Préfeèture de police sont surpris et occupa sans rénstance : à la Ville on prépare des salles pour les conjurés , tandjis. que le ministre Savary (duc de Rovigo) et le préfet Pasquier , frappés -de stupeur, abandonnent leurs fonctions et sont conduits prisonniers à la Force.
Mais le général HulUn, commandant de Paris , ne se montre ni aussi • abattu ni aussi crédule, et, quoique ble&sé à la télé d'un coup de pistolet que lui a tiré Mal- . let, il déploie v^ne telle résistance que cette entreprise téméraire, commencée dans la nuir, est d^ouée dès les premières heures du jour. Traduits immédiatement devant une commission militaire, M^dlet, Lahorie,« Guidai , et onze de leurs complices furent condamnés à mort ^ et fusil-
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lés le 39 dn même mois. Lafon parvint à
s'échapper.
Napoléon, de l'avis dé toutes les sections du conseil d'état , destitua le préfet de la Seine, Frochot, qui^ accablé par une douleur sincère, mais trop confiant dans la nouvelle et dans les actes^ signifiés par les conjurés, leur avait fait préparer des salles de THôtél-de- Ville. Il conserva dans leur empk>i le ministre Savary et le préfet Pasquier, qui de leur côté s'étaient laissé enlever comme des femmes.
Cest cet événement qui détermina Napoléon, avant de partir po.ur reprendre le commandement de ses armées, à établir une régence.
J'ai dit plus haut que Mallet et Tabbé Lafon avaient organisé ce complot; il est probable que tous deux, s'accordant à renverser Napoléon, voulaient après l'événement en tirer parti selon leurs vues particulières. Quoi qu'il en soit, depuis l'on a prétendu que c'était imiquement pour rendre la couronne aux héritiers de Louis XVI qu'on avait tramé cette con-
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spiration ; mais il est probable que Mallet, Guidai et Laborie avaient un tout autre but. Il est certain qu'à Paris Ton apprit en même temps la nouvelle et la répression de cette conspiration, qui avait toutes les chances contre sa réussite , car ceux qui entreprenaient de renverser le gouvernement existant n'avaient ni assez de moyens ni assez d'influence pour réussir.
Cambacérès, comme nous l'avons dit, se trouvait à la tête du gouvernement; l'impératrice Marie-Louise le consultait.
C'est à cette époque que courut dans Pa^ ris une anecdote qui, quoique dénuée de fondement, montre quel est l'esprit des Français, qui se vengent du mal qu'ils éprouvent par des bons mots et des cban* sons, ce que du reste ils ne font pas tou-^ jours impunément. On prétend qu'avant son départ et son traité avec l'Autriche^ Napoléon, parlant à Marie-Louise de son père, dont la conduite en affaires ne lui plaisait pas , dans un moment de dépit dit :
ToftperCy ton père est une ganache, Marie-Louise, quoique parlant bien fïan-
»l4 Vl£
ÇÛ9, ignorait pJtisieurs mots cte notre lân^ pxe qui, pour n'être pas employés dans la bomie compagnie, n'en ont pas moins beaucoup de forcer elle s'adressa donc à sa première dame d'honneur pour demander la signification du mot qui l'avait étonnée : celle-ci, embarrassée et n'osant pas dire la vérité ^ répondit à l'impéra»
trice que par là on entendaic un homme de mérite et de beaucoup de tète. Quelque, temps après , Cambacérès présenté à l'impératrice, et lui faisant nn discours an nom du sénat, elle lui répondit qu'elle était charmée des dispositions de ce corps respectable , et surtout de ce qu'il avait choisi , pour porter la parole en son nom, celui qui passait à juste titre pour la pre* mière ganuche de l'empire» Je le répète, je suis certain que ce fait est conti*ouvé, mais je n'ai pas cru devoir le passer sous silence, parce qâe dans le temps il a cours tout Paris. Cambacérès était donc alors le premier personnage de l'état , mais on ne pensa pas à lui , et il eut le temps de faire ^enir un bataillon de vieiUe garde
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qui eampa dans la cour. Bientôt Je pro^ ces s'instruisit. Il se trouvait parmi les ao* cusés un colonel d'une cohorte du premier ban , qui précédemment avait servi dans 1« garde des consuls , qui avait aidé Napoléoa à s'emparer du pouvoir; il était condamné* Sa fiUe'y conduite parCambacérés, obtint de rimpérati4ce un sursis et courut se jeter aux pieds derempereur; elleobti^t la com-* mutation de la peine de son père en un« prison, et Tannée 1814 le rendit à la iii* berté. Quatorze des. accusés furent exécutés dans la plaine de Grenelle. La mût qui précéda, Mallet , Guidai et Lahorie, tous trois générau^^, avaient été dégradés sur la place de TAbbaye; je puis attester»
car je fus témoin de cette affligeante cé« rémonie, que rien n'était plus. lugubre; rbeure choisie , il était deux heures du matin; la nuit qui était très-sombre, \é lieu de la scène qui n'était éclairé que par quelques torches , et pour fond du ta*p lileau la prison de l'Abbaye qui rappelle de si fâeheux souvenirs; tout cela pré>^ sentait un tableau digne du pine^au d'un
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grand peintre; jamais il ne sortira de ma mémoire.
Le 29, les accusés furent conduits dans des fiaeres à la plaine de Grenelle ; la pla< piart faisaient retentir les rues par lesquelles ils passaient des cris de vîife rempereur! U est certain que la plupart de ces malheureux étaient abuséS et qu'ils croyaient l'empereur mort. En général ils montrèrent beaucoup de courage. Arrivés à la plaine de Grenelle, le carré était formé pa^r k partie de la garde impériale qui se trouvait à Paris, les soldats du premier ban qui avaient été entraînés assistalent sans armes à cette exécution. Je ne pus rien voir, la cavalerie empêchait ; mais, après un roulement, j'entendis un feu de peloton suivi d'un feu de file : ils avaient cessé d'être. Cette conspiration fut une des causes qui amenèrent Napoléon à Paris; après avoir vu, comme on le disait alors à Paris , ses lauriers et ses grenadiers gelés. Il quitta l'armée le 5 décembre; il en confia le commandement suprême au roi de Naples : ce fut encore une de ses fau-
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tes. £t lui, avec le duc de Vîcence et sous son nom, voyagea incognito dans un seul traîneau. Il arriva à Paris le 18, quarantehuit heures après le courrier qui avait apborté ce vingt-neuvième bulletin qui r€)ndait compte des désastres de l'armée françûse. Le surlendemain il permit que ^on sénat vînt en corps lui offrir ses respectueuses félicitations. Voici le disiûOùrs prononcé par Cambacérès dans cette circonstance :
« Sire j le séiïat s'empresse de présenter au pied du trône de votre majesté im|]lériale et rojtale nommage de ses fè»
licitations sur V heureuse arrivée de votre majesté au milieu de ses peuples.
«L'absence de votre majesté, sire, est toujours une calamité nationale ;^^ présence est un bienfait qui remplif:
de joie et dé confiance tout le peuple français.
» Votre majesté impériale et royale a posé toutes les bases de l'organisation de son vaste empire ; mais il lui reste encore bien des objets à consolider ou à terminer, et le moindre retard dans lé
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compléinent de nos iastitutions est un malheur national.
» Pendant que votre majesté, sire, était à huit cents lieues de sa capitade, à ht tête de ses armées victorieuses , des hommes échappés des prisons , où votre clémence impériale les avait soustraits à la mort méritée par leurs crimes passés, ont voulu troubler l'ordre public dans cette grande cité. Ils ont porté la peiae de leurs nouveaux attentats. . «Heureuse la France, sire, que si ccmstitution monarchique met à* i'aliri des elTets funestes âes discordes civiles, des haines sanglantes que les partis enfantent, et des désordres horribles que les révolutions entraînent I
D Le sénat, premier conseil de l'em^ pereur, et dont Vtmtorité n'existe que hrsque le numarque la réclame et la met en mouvement, est établi pour la conservation de cette monarchie et de l'hérédité de votre trône dans notre quatrième dynastie.
» La France et la postérité le trouveront, dans toutes les circonstances, fidèle
DE CAtti»ACEaà^ dtgi
ji ee devoir sacré, et tous ses membres seront toujours prêts à périr pour la défiense de ce palladium de la sûreté et de la prospérité nationale.
» Dans les commencemens de nos anciennes dynasties y sire, on vit flui d'une fois le monarque ordonner qu'un serment solennel liât d'avance les Français de tous les rangs à Théritier du trône, et quelquefois, lorsque Tâge du jeune prince le permit, une couronne fut placée, sur sa tête , comme le gage de «on autorité future, et le symbole de la perpétuité du gouvernement.
» L'affection que toute la nation a pour le roi de Rome prouve, sire, et rattachement des Français pour le sang de votre majesté , et ce sentiment intérieur qui rassure chaque citoyen , et qui lui montre dans cet auguste enfant la sûreté des siens, la sauve-garde de sa fortune, €t un obstacle invincible à ces divisions intestines, ces agitations civiles et ces bouleversemens politiques , les plus grands fléaux qui puissent assiéger les peuples.
» Sire, votre majesté a arboré les^aigfes françaisestSiir les.tours de Moskow. L.*ennemin'a pu arrêter âes succès et contrarier ses projets qu'eu ayïmt recours aux affreuses ressources des gouvememeos despotiques, en créant des déserts -sur toutes ses frontières , en portant Fincendie dans ses provinces, en livrant aux flammes sa capitale, le centre de ses riche^es et le produit de tant de siècles.
» Us connaissent mal le cœur de votre majesté, sire, ceux qui ont renouveié cette tactique barbare de leurs sauvages ancêtres! elle eût volontiers renoncé à ces trophées qui devaient coûter tant de sang et de maux à Thumanité.
«L'empressement avec lequel on voit arriver, de tous les départemens de reinpire, sous les drapeaux de votre majesté, les nombreux soldats appelés par le sen^tus-Kïonsulte de septembre dernier, est un exemple de tout ce que votre majesté doit attendre du zèle, du patriotisme et de Tardeur belliqueuse des Français pour arracher à l'influence de nos ennemis les
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li'V' erses portions du continent , et pour îonquérir une paix honorable et solide.
» Que votre majesté impériale et royale, tire, agrée le tribut de la reconnaissance, ie Tamour et de Tinviolable fidélité du ^oat et du peuple français. »
li'empereur répondit à ce discours liTisi qu*à celui de Voraieur du conseil l'état ; bien que ces deux réponses soient très-curieuses, je ne puis les transcrire Ici. Dans ces discours il justifiait la guerre entreprise contre la Russie pour letal3li$sement du blocus continental. Je ne puis cependant passer sous silence deux phrases qui ont rapport à Tévénement dont j'ai rendu compte ci-dessus, et qui étaient terribles pour les préfet et ministre de la police, qui furent. cependant maintenus dans leur place; les voici :
« Des soldats timides et lâches perdent l'indépendance des nations; mais des magistrats pusillanimes détruisent Tempire des lois, les droits du trône, et Tordre social lui-même. »
« X^a plus belle mort serait celle d'un soldat qui périt au champ d'honneur, si
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la mort d'un magistrat périssant en défendant le souverain, le trône et les lob, n'était plos glorieuse encore. »
Le dimanche y 1 4 février i8 1 3 , -vit s'ouvrir la session du corps législatif; c'est là que Napoléon déroula le tableau des souf- 1 frances qu'avait éprouvées l'armée française , et dont le vingt-neuvième bulletin avait déjà parlé. Cette session se termiu comme les autres, par une adresse à I empereur, où les vies et les biens de ses sujets loi étaient offerts.
Le lo et le ii janvier de cette année, Cambacérès avait présidé la séance du sénat, il s'y trouvait toujours pour appuyer par sa présence les demandes d'hommes qui étaient faites par l'empereur. Il est certain qu'on ne peut trop admirer le sang-froid avec lequel messieurs les sénateurs mettaient la Franct en coupe réglée. Après avoir fait donner au sénat la communication des pièces envoyées par le gouvernement, on lut un projet de sénatus-consulte qui accordait une nouvelle levée de conscrits, et il passa encore sans opposition. Le sénat décréta
DB CAMB ACÉRÉS. ai 3
que « trois cent cinquante mille hommes sont mis à la disposition du tniniitre de la guerre; savoir : cent mille hommes for« mant les cent cohortes du premier ban de la garde nationale (i) ; cent mille hommes sur les conscriptions de 1809 , 1810, 1811 eti8isi, pris parmi ceux qui n'auront point été appelés à faire partie de Varmée active; et cent cinquante mille hommes de la conscription de 1814* — Les cent cohortes du premier ban cesse* ront de faire partie de la garde nationale, et feront partie de Tarméë active. — Les hommes qui se sont mariés avant la publication du présent sénatus-consulte ne pourront être désignés pour faire partie de la levée prise sur les conscriptions des années 1809, 1810,1811 et i8iài. Le sénat adopta également une adresse qui fiit proposée par M. Lacépède au noiki^ àû la commission.
Le i" avril 181 3, Càmbacérès, présidant le sénat, lui fit donner communication des pièces qui rendaient cfompte de la dé-
(i) Qui aux termes de la jot ne devait pas quitter ta France.
fection du général d'Yorck^ et annonça que d'après cela l'armée avait be;soin d'augmentation; deux rapports furent faits sur c<t sujet, et sur la nécessité de suspendre le régime constitutionnel dans les départemens menacés par l'ennemi. Ces rapports furent envoyés à la discussion d'une commission , et le 3 du même mois le sénat décréta que :
«Le régime constitutionnel était suspendu pendant trois mois dans les départemens de l'Ems-Supérieur, des Bouchesdu-Weser et des Bouches-de-r£lbe , composant la trente-deuxième division militaire.
» Une force de cent quatre-vingt mille hommes était mise à la disposition du ministre de la guerre pour augmenter les armées actives , savoir : Dix mille hon>mes de gardes-^l'honneur à cheval ; quatrevingt mille hommes qui seront appelés sur le premier han de la garde nationale; et quatre-vingt-dix mille hommes de la conscription de 18x49 fl^î étaient destinés à la défense des frontières de l'ouest et du midi. — Les gardes- d'honneur for-
DE GAMBACléRÈs. 125
meront quatre régimens; les hommes composaxit cesdits régimens devront s'habil- 1er y s'équiper et se monter à leurs frais.
Lics membres de la Légion-d'Honneur ou leurs fils, s'ils n* ont pas assez de fortune , pourront être montés et équipés aux irais de la Légion. — Ils auront la solde des chasseurs de la garde. — Lorsqu'après la campagne il sera procédé à la formation de quatre compagnies degardes-du-corps^* une partie de ces compagnies sera choisie parmi les hommes des régimens de gardes*-' d'honneur qui se seront le plus distingués*- — Afin de rendre disponibles les quatre-* vingt-dix mille hommes de la conscription de 1 8 1 4 9 qui étaient destinés à la défense des frontières de l'ouest et du midi, il y sera pourvu par les gardes nationales sédentaires, qui seront en conséquence organisées dans ces départemens. » >
Conformément à cette dernière disposition du sénatus-consulte du 3 avril, un décret impérial du 5 appela tous les Français de vingt à soixante ans pour former dans les arrondissemens désignés, et d'après les obligations déjà imposées aux ci-
a!i6 vtK
toyens par les lois relatives à la forée publique y des cohortes de garde natioiule divisées en grenadiers et chasseurs, des cohortes urbaines composées de grenadiers , de chasseurs et de canonniers, etc.
On volt par les dispositions de ce se* natus-consulte que Napoléon usait de ses derniers moyens; déjà une foule considérable déjeunes Français avaient été engloutis dans les guerres précédentes; les désastres de la campagne de Russie avaient détruit une armée superbe; Fennemi menaçait nos frontières 9 il fallait les défendre, on appelait sous les armes tous ceux capables de les porter; et jamais aucune opposition dans le sénat n'avertit Napoléon qu'il abusait des forces de la nation. Les esprits étaient aliénés : il n'y avait pas, pour ainsi dire, en France, de famille qui n'eût à déplorer la perte d'un ou plusieurs de ses membres : quel était le fruit de ces sacrifices? la perspective d'une invasion qui ferait perdre à la France sa prépondérance en Europe. Napoléon, ^mtouré de gens qui l'abusaient, pouvait croire que les journalistes et les préfets disaient la vérité,
i>e CAMBAcéais. ^27
lorsqu'on lisait dans leur9 écrits que ô'était avec la plus vive allégresse que les con*scrits quittaient leur» départemens rès-* pectifs, parce que ces jeunes gens, arrivés à Tannée, prenaient bientôt l'esprit des vieilles bandes dans lesquelles ils étaient incorporés, et qu'en effet sa présence causait l'enthousiasme : mais il ignorait que la plupart de ces malheureux étaient traînés de force à l'armée.
D'un autre côté la mesure qui forma leâ gardes^'honneur; quoique injuste en soi, était conséquente; messieurs les préfets trouvaient moyen de faire exempter les conscrits dont les parens étaient riches^ ou ceux-ci se faisaient remplacer; de cette manière la loi, qui voulait que le sort désignât ceux qui devaient partir, était élu^ dée, et l'armée ne se trouvait composée que de ceux qui n'avaient pas le moyen de se faire remplacer : la formation des gardes-d'honneur reprenait tous ces jeu-' nés gens.
C'est dans la séance du i®' avril que le prince archichancdier rendit compte des motifs qui faisaient donner la régence à
aaS VIE
l'impératrice Marie-Louise. Napoléon fot
porté à cette mesure par les événemens
qui s'étaient passés pendant sa dernière
absence.
Le prince archichancelier prit la parole en ces termes :
« Messieurs y sa majesté l'empereur et roi se met à la tète de ses armées.
» L'eïhpereur a voulu donner à son auguste compagne un double témoignage de' sa confiance.
» C'est par ces motifs qu'il a fait expédier les lettres-patentes que je suis chargé de vous communiquer.
» Désormais y messieurs, rimpératrice assistera aux conseils dans lesquels sont discutés les grands - intérêts de Fétat; elle aura la régence de l'empire jusqu'au moment où là victoire aura rendu l'empereur à nos vœux.
» Sa majesté ne pouvait faire une disposition plus conforme au bien public et qui fût plus agréable à ses peuples.
' »' Le sénat s'empressera d'y applaudir, et de conserver dans ses fastes ces actes de la volonté souveraine.
DE CÀMBACEIllùS. 229
. » D'autres objets d'une haute' importance doivent aussi , me^ssieurs, fixer vor tre attention*
» Un rapport du ministre des relations extérieures vous fera connaître le changement intervenu dans nos relations politiques par la défection d'une des puissances du nord.
» Le parti qu'elle embrasse est une triste conséquence du caractère qu'ont ipris depuis long-temps les démarches de son cabinet.
» Cette circonstance impose à la nation l'obligation d'un grand effort , dont les moyens se trouvent dans les projets qui vont être proposés à votre délibération.
» Dans des momens d'un si grand intérêt, le sénat reconnaîtra combien il importe de développer les ressources de la France , d'en faire sentir tout le poids à Tennemi , de le convaincre de l'inutilité de ses projets , et de le réduire enfin à désirer sincèrement cette paix que la main triomphante de l'empereur lui a si souvent offerte, mais qui ne, peut être
tl30 VIK
digne de sa majesté qu'autant qu'elle assurera le repos de l'Europe et le cooh merce libre des nations.
» ds lettres- patentes sopt conçues ainsi qu'il suit :
« Napoléon , etc. , etc.
» Voulant donner à notre bien-aiœée épouse , l'impératrice et reine Marie- Louise^ des marques de la haute confiance que nous avons en elle , nous ayons résolu de l'investir y comme nous l'investissons par ces présentes du droit d'assister au conseil du cabinet, lorsqu'il en sera convoqué, pendant la durée de notre règne, pour l'examen des affaires les plus importantes de l'état; et attenda que nous sommes dans l'intention d'aller incessamment nous mettre à la tète de nos armées pour délivrer le territoire de nos alliés, nous avons également résohi de conférer, comme nous conférons par ces présentes à notre bien- aimée épouse l'impératrice et reine, le titre de régente, pour en exeicer les fonctions en conformité de nos intentions et de nos ordres , tels que nous les aurons fait transcrire sur
DE CAMBAClÉRàs. TÎ^l
le livre d*étât; entendant qu'il soit donné connaissance aux princes grands dignitaires et à nos ministres desdits ordres et instructions , et qu'en aucun cas l'impératrice ne puisse s'écarter de leur teneur dans l'exercice des fonctions de régente.
» Voulons que Timpératrice régente préside en notre nom le sénat , le conseil d'état , le conseil des ministres et le conseil privée notamment pour l'examen des recours en grâce , sur lesquels nous l'autorisons à prononcer , apt^ès avoir entendu les membres dudit conseil privé.
ToutefMs notre intention n'est point que, par suite de la présidence conférée à l'impératrice r^ente, elle paisse autoriser par sa signature la présentation d'aucun sénatus- consul te, ou proclamer aucune loi de l'état , nous référant à cet égard au contenu des ordres et instructions mentionnés ci-dessus.
» Mandons à notre cousin ie prince archickancelier de Vempire de donner communication des présentes lettres-patentes au sénat, qui les fera transcrire sur ses registres , et à notre grand-juge,'
a3ft VIE
ministre de la justice, de les faire publia aa bulletin des lois, et de les adresser k nos cours impériales, pour y être lues, publiées et transcrites sur les registres d'icelles.
. » Donné en notre palais de l'Elysée, le trentième jour du mois de mars. Van mil-huit-cent-treize, et de notre règne le neuvième. Signe Napoléon. \»
Le même jour, le siénat vota une adresse à Tempereur, semblable à toutes celles qui ont été ou seront faites en pareilles circonstances ; une autre fut adressée à Timpératrice, et celle-ci y répondit. Ainsi voilà le gouvernement remis entre les mains d'une femme : il est vrai que le prinoî archichancelier faisait partie du conseil de régence , et que c'était lui qui devait le diriger. Ce fut un tort de Napoléon, car Cambacércs avait des talens pour les affaires, mais il lui manquait l'énergie nécessaire à un chef de gouvernement : il Ta bien prouvé depuis, en faisant transférer le siège du gouvernement à Blois ; il devait cependant penser que les faahitans de Paris seraient inquiets nde cette
DE GAMBACE&éS. 233
mesure , qui pouvait leur faire supposer qu'on les abandonnait. C'est ce qui contribua à la reddition de cette capitale, qui sans cela aurait pu résister et donner par] là le temps à ISapoléon de venir à son secours. Chacun, comme il arrive en pareil cas, traita pour son propre compte, et Cambacérès, comme les autres, espéra pouvoir jouir en paix des richesses qu'il avait accumulées sous le règne de Bonaparte. /
Napoléon était rentré à Paris le i8 décembre 1812.
Il trouva la nation consternée : cette nation était depuis si long- temps accoutumée à la victoire I Le style du vingtneuvième bulletin était nouveau pour elle.
Cette sorte d'humiliation du grand peuple garantissait son dévouement. £n effet, indépendamment des sacriGces imposés par les s éna tus-consul tes, Napoléon en obtint encore des sacrifices volontaires.
Des adresses à l'empereur, dont Vidée ou le modèle avait été , selon l'usage nécessaire, envoyé de Paris dans les départe-
a34 VIE
mens y revenaient à Paris pour être publiées avec «clat et donner naissance à d'autres 9 les cohortes de la garde nationale s'indignaient d être sédentaires ; elles voulaient être associées aux malheurs comme à la gloire de l'immortelle grande armée; les communes offraient à l'envi un nombre plus ou moins considérable dé cavaliers tout montés... Si Napoléon n'eût trop redouté les souvenirs populaires ^ il eût permis les dons patriotiques : d'un autre coté^ lé vaste système de ses finances le plaçait encore au-dessus du besoin d'argent : il ne lui fallait que des hommes^ et il se retrouva bientôt à la tête de six cent mille combattans.
Il avait calmé des consciences par la signature d'un nouveau concordat avec le pape, libre et honoré à Fontainebleau ; il avait rendu le peuple orgueilleux de la richesse intérieure de l'empire par le tableau de situation présenté aux députés des départemens assemblés; il avait rassuré les amis du gouvernement par l'établissement de la régence. En révélant la conduite de la Prusse , il n'étonna per-
BE GAMBAClÊRés. ^35'
sonne; mais il obtint de l'opinion publique l'intérêt que commande une illustre victime de la trahison. Des nominations nouvelles, des réglemens mieux entendus, avaient donné plus d'activité aux ressorts de l^administration générale ; des promotions et des récompenses avaient honoré les dévouemens et relevé les courages; enfin, soit dans le gouvernement intérieur, soit pour les événemens du dehors, Napoléon , pendant son séjour de quatre, mois à Paris ,^'était occupé de tout, avait tout réparé, et semblait avoir assuré, prévu tout ce qui pouvait commander le retour de la victoire sous ses drapeaux.
Mais, toujours grand capitaine. Napoléon avait cessé d'être armé contre la di-^ plomatie. Lui seul en France, lorsqu'il, ressaisit ses armes , comptait sur la foi de. l'Autriche : sans doute par égard pour son beau-père, car déjà les manœuvres équivoques des corps autrichiens révélaient cet esprit de duplicité qui paraît inhérent au cabinet de Vienne. Napoléon s'était de même abusé sur la Prusse ^ lors de la trahison combinée du général
d'Yorck \ de cet autre Schill , instrammit de sa cour, mais plus heureux que le Schill de 1809. Il s'ahusait également sur Tmfluence de réraigration française dans les déterminations de la politiqiie européenne. *
Quant à la Suède, elle avait cessé d'être un ennemi secret ; la rupture était ouverte , et Bernadotte se permettait d'adresser des remontrances à l'empereur des Français.
Napoléon quitta Paris lefjS avril 181 3.
Les armées, confiées d'abord à Murât, puis au prince Eugène, proclamé comme plus capable d'un grand commandement en chef, s'étaient successivement reployées sur la Pologne , sur la Prusse , sur la Saxe, et enfin dans l'Allemagne; elles occupaient les places fortes et les positions militaires , et malgré la défection de la Prusse et les malheurs d'une longue retraite , qui avait facilité à l'ennemi l'envahissement de plusieurs villes , elles présentaient encore une forte digue aux barbares, et un obstacle imposant aux traîtres* Déjà dans plusieurs combats l'é-
DB CAMBACÉRis. 987
tranger avait reconnu les héros d'Auster- Utz et de Friedland.
.Quarante heures après son départ dès Tuileries, Napoléon était à Mayence; il y inspectait ses nouvelles troupes qui passaient aussitôt le Rhin. Réunis à leurs aînés, ces jeunes bataillons n'ont pas tardé à se comporter avec autant de sangfroid et d'intrépidité que les plus vieilles troupes. On ne s'apercevait dans l'armée fies effets de la campagne de Russie que par la faiblesse de la cavaterie ()ui n'était ni aussi aguerrie, ni aussi nombreuse qu'avant ce désastre ; immense désavantage souvent balancé par l'extrême bravoure de l'infanterie ; mais quel que fût le succès d'un engagement, la poursuite des vaincus devenait impossible.
Les victoires de Lutzen, Bautzen, remontèrent un peu nos affaires; mais bientôt l'armée saxonne, par la plus infâme trahison, infanterie, cavalerie, artillerie, passant du côté de l'ennemi, laissa un vide dans nos rangs, et livra à l'ennemi le débouché important qui lui était confié, et tourna sur-le-champ ses
quarante pièces contre la diinsîoii Da** rutte.... Cependant le champ de bataille resta entier en notre pouvoir, e* Tarmée française fut victorieuse aux champs de Leipsick, comme elle l'avait été aux champs de Wachau. La cavalerie vrurtembergeoise suivit l'exemple des Saxons; un bataillon bavarois, que les dispositions militaires avaient retenu dans nos rangs, pouvait être, selon les lois de la guerre, retenu prisonnier, Napoléon le renvoya en faisant donner aux officiers leur parole d'honneur de ne pas servir contre la France avant un an.
Les difFérens corps de la grande armée, forcés de céder au nombre, mais dispn»
tant le terrain pied à pied, parvinrent encore à se rendre redoutables pendant leur retraite. La bataille de Hanau, gagnée le 3o octobre par ces illustres débris, est le dernier des faits d'armes de cette campagne à la fois glorieuse et fur neste; il a donné aux alliés une nouvelle preuve de leur faiblesse et de leur inhabilité lorsqu'ils cessaient un moment d'avoir la trahison pour auxiliaire.
DB CAXBACi&is. «89
AtrjnovembFe, toute Tannée française avait repassé le Bhin, et se reformait dans les places de Colore, Mayence, Strass bourg 9 Metz 9 etc. Napolécm était de retour à Paris le 9 du même mois.
Je ne suis entré dans tous ces détails que pour indiquer les £aits qui amenèrent la; diute de Tempire fraaçsis^ et terminèrent la vie poHdque de Canibacérès. Le moment approche où nous allons voir Cambacérès abuidonner celui qui a tant fais pour lui.
Dans les séances des ^S et a4 ae4t i8i3 il présida à une nouvelle levée de aon* iK^rits : trente miUte hommes des départe* meas méridionaux, pris sur les conscriptions antérieures, furent mis à la disposition du ministre de la guerre : ils durent être répartis dans les difiérens corps de l'armée d'Espagne.
Les ifteti5 noveml>re 181 3, le sénat , toujours présidé par le prince arohichan* celier^ mit à la disposition du gouverne^ ment trois cent mille conscrits : ce fut le dernier effort de la France épuisée, et bientôt oniwrra ce gouvernement si vigoureux
a4o viK
se dissoudre > pour ainsi dire, sans efibit.
Deux commissions extraordinaires furent nommées : une pour le sénat, l'autre pour le corps législatif, afin d'entendre les communications des ministres de Temperenr.
Les conférences s'établirent immédiatement; elles présentèrent un contraste frappant : les commissaires du sénat ne démentirent point le dévoueaient comm de leur corps ; mais un sentiment marqué de défiance, un esprit dé sédition animaient les députés commissaires. La liberté, dont le sacrifice avait été supporté depuis si long-temps sans effort; la paix, qu'il n'était pas possible d'obtenir que par une attitude guerrière; la liberté et la paix, voilà ce qu'avant tout les députés réclamaient avec chaleur, qiiand on attendait d'eux, pour conjurer. l'orage politique, une médiation généreuse et efficace auprès de leurs coounetfans.
•M. Eàyaouard se fit surtout remarquer chez Yarckièhançelier par la* turbulence ' de .ses discours.
Napoléon, en accordant au corps lé^ ' gislatif une confiance inusitée sou^ son
os CAKBACiliÂS. It^l
règne, voulait rattacher encore plus étroitement tons les citoyens à sa cause, devenue en effet la leur, et répondre ainsi aux alliés qui, dans leur déclaration, s'efforçaient de séparer le peuple du trône, afin d'éviter une guerre nationale. Napoléon ne rencontra que des accusateurs empressés dé seconder les vues de ses ennemis.
Sans doute il venait d'avoir an grand tort envers le corps législatif en lui imposant un président de son choix (i) , un président non. député , et pris parmi les agens de la couronne. Le duc de Massa avait été accueilli par des murmures, et la ehambre entièkte, dans ses relations avec cet organe du pouvoir devenu aujssile sien, témoignait heancoup de répugnance. Un membre dé la commission, M. Flaugergues, à qui le duc de Massa reprochait Vinconstitutionhalité d'une observation, répondit à ce président intrtis : « Je ne connais ici rien de plusinc(Histitdtionnel que vous-même, vous qui, au mépris àe nos
' (i) Le duc de
«4^ yn
lois^ yenez présider les représetttans ds peuple 9 quand TOUS n'avez pas même k droit de siéger à leurs €Ôtés. » Et cette ré> plique obtint l'approbation de toute la chambre. Toutefois ce n'est point Vinconsikntioimaiité du sénatus-* consulte dv i5 iKQYemkre, grave iodpntdeiice de Napcdéon, qui certes aurait trouvé aussi bien parmi les députés que parmi les mtkiistresv un président dévoué à ses voIodtés; ce n'est pas cette meonstitutionnaiité qui fit ttsiitre une opposition au sein do corps Législatif; mais elle, détermina la maîèrité'à suivre, suis réflexion, wel parti qui^ en prononçant les mots de liberté et d'indépendance, se montrait sous des de* hors dont, la séduction est infaillible»
C'est dans ces dispositions si différeùCes qne les deux commissioDS rédigèrent leur rajiport. • •
L'orateur du sénat, M. de Fontanes, modérant le style adulateur dont il s'était fait une si longue habitude, sut respecter la vérité sans blesser les égards commandés par les circonstances, et dus surtout à une grande infortune^ il* s'attacha sur* |
tout à démontrer la marche tortueuse dess cabinets alliés. Le sénat entendit son rapport le 37 y et vota une adresse à l'empereur, qui fut présentée le So décembre,
M. Raynouard devait parler au nom de la commission du corps législatif; mais»
soit empêchement légitime, soit calcul »
|kf « Latné fut chargé du rapport, qu'il prononça le a8; et cet orateur, autant dirigé peut-^être par des engagemens secrets, qu'entraîné par l'ambition de donner à son début politique un genre quelconque d'éclat, fit un appel indiscret à toutes les passions, lorsqu'une seule, l'amour de la patrie, devait réunir tous les Français.
Au moment où ses concitoyens se levaient de tous côtés pour s'opposer à l'invasion des barbares, il arrêtait leurs pas, il refroidissait leur courage en les entrer tenant du besoin de recouvrer le libre exercice de leurs droits politiques ^ provoquant ainsi, publiciste rhéteur, une di^ vision intestine, quand les malheurs de la guerre extérieure avaient amené l'ennemi aux portes de la cité... Ces considérations si puissantes furent senties et exposées
par un petit nombre de députés; mais M. Laîné et les siens nommaient courage ce réveil tardif de la représentation nalionale, protégée par des puissances qui ne s'étaient y disaient- elles , armées que contre un seul homme; et ce courage fat celui de la majorité d'un corps législatif souple et muet pendant neuf années.
Le rapport de M. Laîné , mis aux voix dans la séance du 29 , fut adopté à la majorité de deux cent vingt-trois 'voûc contre trente et une. L'assemblée en ordonna l'impression à six exemplaires pour chacun de ses membres. On confia, à la même commission la rédaction d'une €uiresse qnianr ait porté au pied du trâne l'esprit et les vues du rapport.
Mais le 3o, Napoléon fit arrêter l'impression et saisir les premières épreuves de ce rapport, qu'il condamna comme séditieux et injurieux à sa personne ; il ne voulut point recevoir l'adresse. Le 3i, par un décret impérial , le corps législatif fut ajourné.
Il n'y avait pas eu de discours de cl6ture; mais le lendemain , j.our de récep-
DE GAMBAGIÊRÂSJ^ 24^-
tLon d*étiquette à la cour, PiTapoléoii répondît aux hommages du corps législatif en s' abandonnant à une improvisation qui montre moins l'empereur justement irrité y que le magistrat trompé dans ses espérances, dans ses affections civiques.
Ce morceau est pris dans l'ouvrage que j'ai cité plus haut. C*est en effet de ce moment que Napoléon put voir qu'il avait perdu son influence; il aurait du choisir pour présider ces commissions un homme plus ferme que Cambacérès, et le mauvais succès de cette mesure y qui devait tendre à remonter l'esprit public, doit en partie lui être attribué. Je ne pui$ donner ici les discours prononcés par les membres de la commission du sénat et de celle du coq)S législatif, quoique ces morceaux soient très-curieux pour l'histoire.
Je vais reprendre la suite des événemens qui amenèrent la chute de l'empire et la fin de la vie politique de Cambacérès. Du reste, celui-ci ne parla plus enpublic, et le seul acte de lui qu'on ait à ci- ,^ ter est œlui a -adhésion aux mesures priri ■ -7
a 46 Vie
9CS par lé sénat pont Ift déchéance <1^
Napoléon, l'en parlerai en son lieu.
«Napoléon était rentré à Paris le 9 novembre i8x3, laissant les débris de son armée se réunir dans les places de Majence, Cologne, Strasbourg, etc.
Ainsi la retraite de Leipsick , encore pins désastreuse, s'il est possible, que celle de la Bérésina, avait, après vingt années de triomphes chez l'étranger, rejeté le théâtre de la guerre sur les frcmtières de l'ancienne France. De nouveaux moyens, de nouvelles forcés encore plUS étendues que jamais , et surtout plus prompteaient organisées, lui étMent indispensables foar continuer une lutte que les alliés ne Tonlaient plus suspendre. L'envahissement de l'empire, l'occupation de sa cajMtale, enfin la chute dé Napoléon , voilà désormais, quelles que soient les négociations, les promesses, les actes de leur diplomatie, voilà leur but invariable : vaincus par lui tour à tour et souvent tous ensemble , -s'ils ont connu sa^rigiieur,' ib (mt aussi trompé sa elémênce*; faeureux
DB c:aiibàg:£&es. a 47
liiie fois par des cbances inespérées, ils' -veulent se garantir d'un retour de la fortune du héros.
» Mais ces nouveaux moyens , ces forces > plus étendues , et qui doivent être indomptables y si la France les possède encore , Napoléon ne peut plus les obteiiir. Sa situation était telle , qu'un soulèvement spontané de la nation pouvait seul le maintenir sur le trône et sauver la France d'un envahissement; et ce mouvement était impossible, autant par l'éducation politique qu'il avait donnée au peuple que par la renaissance des aristocratifs. Le peuple , aussi soumis que l'armée , privé comme elle de toutes ses relations entre citoyens, et d'ailleurs refroidis sur ses intérêts sociaux par une confiance sans bornes dans le gouvernement; le peuple semblait ignorer qu'il eût dei» forces f autres que celles réclamées par la volonté du maître; et Napoléon, jaloux à l'excès de son autorité suprême, n'^iKUiit osé s'exposer à rappeler au peuple le secret de sa toute-puissance.
» Son tràne n'était guère entouré que
i4S. VIS •
d'hommes vains y cupides ut pusUlanùnes, toujours prêts à la supplique au h la louange y incapables de jamais faire entendre l'accent de la vérité. Doués, de talens dociles, ils avaient été de bons, instrumens pendant la prospérité. Quand Napoléon sentit le besoin d'être secondé, il s'aperçut qu'il était seul au milieu de ses conseillers et de ses amis; heureux du moins s'il n'y eût point trouvé des traîtres!
» Déjà plusieurs d'entre eux, effrayés de son agonie politique, calculaient les chances favorables que pouvaient leur offrir sa chute. Ils convenaient qu'il avait fait des fautes y et, prêts à l'abandonner, à peine lui accordaient-ils de ces froids regrets qu'emporte un bienfaiteur dont la perte, dès long-temps prévue, devient une consolation de l'état de crise qui l'a précédée. ,
» D'autres conspiraient directement en faveur de l'ancienne dynastie, dont les agens, sortis enfin d'une longue apathie, se remontraient plus actifs, plus nombreux!: qu'à aucune époque de la révolu-
DE CABIBACÉftSS. l49
tioD ; ils s étaient répandus dans J[|9S rilles^ glissés dans .les administrations; <^jà ils essayaient la corruption sur des chefs de Iroupes en même temps qu'ils assiégeaient les cabinets diplomatiques, suivaient les bataillons de l'étranger, implorant à la fois leur secours et armant leur fureur.
» Napoléon, par son indulgence pour certains- hommes , par sa faiblesse pour les vanités nobiliaires, avait familiarisé ,les- esprits avec les idées de contre-révolution. Dans les salons de Paris, comme à l'époque du i8 fructidor , les anciens titres étaient placés au-dessus des services nouveaux, et de prétendues illustrations historiques recevaient les hommages de cette foule d'individus lâches et vains qui semblent n'avoir de pensée que pour blâmer ce qui est, de joie que pour les malheurs publias. Ces hommes avaient eu le cruel courage d'exercer leur esprit sur la retraite de la Bérésina; ils^ retrouvèrent encore leur gaîté à la nouvelle du désastre de Iieipsiek. La conduite «i moins intempestive du corps lé- ^alif leur parut justifier la leur, et.
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aSo Vit
tandis ^e to«ites les calamités se précipitaient sttr les frontières de l'enapirei dans l'intérieur ils se faisaient gloire d'être de Vopposition; ils demandaieoe k grands cris la paix , lorsqu'un raisonnenément le plus vulgaire indiquait qoe pour obtenir cette paix si désirée il fallait auparavant se préparer à la guerre. • Les républicains aussi n'étaient pas sans mériter quelque reproche. Ils avaient conservé de justes ressentimens^ mais était-ce le moment de les faire éclater? Si Napoléon malheureux ne pouvait désarmer les accusateurs de Napoléon despote^ le îspectacle de la patrie déchirée devait éloigner pour un temps toute idée de vengeance contre un homme. Cependant ks républicains recevaient un grand exemple du plus illustre d'entr'eux : Camot, depuis long^temps rentré dans la vie de simple citoyen, mais confondant alors la chose publique avec l'empereur, vint offrir son dévouement et son génie, il se chargea du gouvernement et de la défense de la ville et du port d'Anvers; et cette importante cité, par un mouvement
0K CAHflACÉUÈS. aSi
de sa reconnaissance 9 ». consacré le soi^ ^enir de Tadministràtion savante et pa* temelie de Caraot.
Ainsi Na{K>léûny au milieu d'un ^Ur ple isolé en soi par la perte de ses droits politiques; entravé dans lamarclie de «on gouvernement par les efforts d'un?
£àctîon ; à là téCe d'une armée toujours dévouée, mais qui était plutôt la sien|i^ que celle de la natioii ; menacé de la tiér deur et même de l'abandon de ses pre^ naiers lieutenans, ches qui les richesseï»
autant que les fatigues avaient amolli le courage 9 ébi^nlé kt fidélité; Napoléon^ apr'ès avoir imposé uoi^ dominatio)^ tutélaire^ tviilahte , maiss absolue, n'allait recueillir que le fruit di& despotisme.
Quand sa poâtion réclamait titm 1^ àé^ vouemenS) il a» pouvait compl#r«que sur' l'obéissance Si {kauple, et devait craindre la défection de ses esclaves ti^ très» Tel est l'écueil des gouvertiem^ns qui se séparent de la masse des citoyen^ pour s'jappuyer sur des aristocraties i
Au dehors tout combattait paiement fiontre lui; la jalousie , la haine et les i«s<r
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éeittimetti deti rois qu'il avait humilia par ses victoires, Tingratituiie et Taveuglement des peuples. Xes défections successives dé la Prusse, de rAutriche, de -laBavière et dés troupes sakonnes, avaient décidé celles des princes de la oonfédé- 'ration. La Suède et la Russie entnû- «naient le Danemarck , dernier alHé de la France dans le Nord. La Hollande proclame son indépendance sous la protec- -tion prussienne, et rappelle la maison d'Orange. La neutralité de la république heivéticj^e est vendue aux Autriehiens par Vàristacrazie suisse, L'Italie, qn« Napoléon a régénéré, est en insurrectioo eontre son bienfaiteur. Mais une défection la plus coupable de toutes , c'est celle -qui annonce à Napoléon un ennemi de plus 'dans mn prince français , son parait ietTun de ses premiers lieutenans, dans ^a personne du roi de Naples , Murât :
soldat intrépide, mais chef incapable, mais mauvais citoyen , il s'est donné à la coalition autant pour satisfaire à des ressentimens personnels, que par des vues ambitieuses. Plusieurs fois il avait mérité
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que Napoléon lui adressât de vifs re^ proches ; son orgueil offensé en fit l'ennemi de son pays. L'Angleterre , qui par les efforts de sa haine est parvenue à cimenter cette monstrueuse coalition, Tap* puie encore par des efforts nouveaux pour elle : elle ne se borne plus à payer se»
alliés , à diriger, à corrompre leurs cabinets ; elle lève des armées, et se montre aussi puissance militaire. Ses troupes, réunies aux insurgens espagnols et portugais, grossies par des tjransfuges de tous les pays, parviennent à se rendre maîtres de la Péninsule que les généraux français, privés d'hommes et dé toute espèce de secours, ont été obligés d'abandonner après cinq années d'une guerre la plus désastreuse , injuste peutêtre de la part de la France, mais signalée du côté de Tennemi par des actes inouis de vengeance et de cruauté. Enfin TEurope entière, enveloppée d'une atmosphère d'intrigues et de trahisons, marchait armée contre la France.
En y comprenant les levées en masse et volontaires des peupks insurgés et fa-
itttîsés, àea% millions de combattan étaient appelés à envahir la France. Napoléon avait levé trois cent milTe hommes, organisé leis gardes -nationales^ mis en ftctivité les cohortes urbaines et toutes ses réserves; il avait autorisé des coq)s 4e partisans^ et provoqué même un mouvement en masse; mais ces différentes mesures ,' lorsqu'elles n'étaient pas cooh primées par la malveillance ou arrêtées par Farrivée de l'ennemi , s'exécutaient généralement avec lenteur, et Ton peut dire avee tropde sagesse : ici le courage des administrateurs semblait être passé tout en tier dans leurs adresses à l'empereur; là 9D aurait pu croire que les commissaires extraordinaires du gouvernement impérial ftvadent été nommés par l'étranger. "Shpoléon pouvait compter un efFectif de einq cent mille hommes , mais répartis sur tous les points menacés , et dont les deux fiers de nouvelles levées. Par une déplotable imprudence, il avait laissé plus de deux cent mille vieux soldats dans les places fortes de rAllemagne , de la Prusse et de la Pologne. Les maréchau:^ Sot^lt et
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Sitcfaet^ avec soixante mill^ honunès en* viron, débris des armées d'Espagne , restaient sur la ligne des Pysénées qu'ils faisaient respeaer. £a Italie, le priaee £ugène se maintenait contre Tinsurrec^ tion avec trente mille Français.
Cependant les armées ennemies, qm.
dès le mois de décembre ont opéré leur passage sur toute la rive gauche du Rhin 9 se sont depuis répandues dans les départemens de l'est ; déjà elles pénètrent au cœur de l'empire. Husieurs villes^ soulevées enfin par la nécessité d'une dé^ Censé directe, opposent une résistanee héroïne ; quelques-unes se rendent sanâ gloire : mais rétranger réserve à toutes uii sort commun. Des propositions captieuses, des capitulations violées, dès défections ont c«asé ces preimers «uccès :
l'invasion est encore marquée par une soif de yengçaace dont on ne croyait pas capables les nations modernes.
Le a6 janvier Napolécm reprit ea personne la direction principale de ses armées; il commande aossiitôt à la victoire, elle k sttk; mais où If n'est pas, laior*-
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tune reste contraire; de sorte qu'en on même jour on peut admirer un brillant succès et déplorer plusieurs défaites.
Cette guerre , sout^iue en partie dans les plaines de la Champagne et presque sous les murs de Paris , présente des faits d'armes qui égalent et mémte surpassent ceux qui ont illustré les premières campagnes de la république et les campagnes d'Italie. Les combats de Brieours , de Champàubert , de Montmirail, de Yauchamp 9 de Montereauy de Craonne, de Saint-Dizier, etc. , etc. , auraient suffi à la réputation d'un chef d'armée , comme à la renommée belliqueuse d'une nation.
En moins de vingt jours Napoléon a dispersé deux cent mille ennemis ; mais ce n'étaient plus des armées , c'étaient des peuples qu'il fallait vaincre.
Cette lutte, quoique inégale , se serait prolongée avec des succès divers; les peuples des départemens, séduits d'abord par les proclamations des alliés , mais cruellement désabusés par la conduite de leurs troupes y allaient enfin rendre la guerre nationale. 'Sout-à-conp un mouve-
DE GAMBACÉRÊS. i^J
ment hasardé a découvert Paris ; rennexoi s'y précipite; il est un moment humilié sous les murs de cette capital^ ; enfin elle est livrée : il y était attendu. La contrerévolution marchait à sa suite; elle triomphe avec lui*
D'un autre côté, le maréchal Gouvion Saint-Cyr, privé de toutes communications , avait rendu la ville de Dresde. La convention portait que la garnison, s'élevant à vingt-trois mille hommes, rentrerait en France , et ne pourrait servir qu'après échange ; mais , par la plus indigne , £omme la plus infâme trahison , la garnison française fut envoyée prisonnière dans les états autrichiens ; c'est Schwartzemberg qui se rendit coupable de cette infamie.
Le prince de Wirtemberg , suivant ce noble exemple y agit de même avec la garnison de Dantzick, lorsque le général Rapp rendit cette ville après la plus brillante défense. Voilà la manière noble et généreuse avec. laquelle se sont conduits les alliés !
. Je ne parlerai pas de tous les combats
qm se Sont livrés , éts eonférenees ck Châlitton y €êla mè mènerait trop loin. Je «lirai seulement en peu de mots que les aînés , battus partiellement , avancèrent toujours forts de leur masse, et enysdûrent la France, secondés en cela par ceux qui voulaient la contre-révolution , et par beaucotip de Français dont Napoléon s'était fait des ennemis par ses guerres continuelles et par les actes aiiiitraires de èeux qui le servaient : car on peut dire que la conduite de beaucoup * de préfets lui fît plus de tort que les armées alliées.
La capitale allait se trouver investie, et cependant on publiait que les alliés ne pourraient y parvehir. €ambacérés fit transférer le &iége du gouvernement à Blois. Cet acte de pusillanimité lut encore une faute grossière : c'était eu montrant de l'énergie, et non de la peur, aux Parisiens, que l'on pouvait les engager à se défendre! Ce fut donc encore une faute de Napoléon d'avoir choisi Cambacérés pour président du conseil de régence.
Certes il avait de grands talens, mais sa conduite vis-à-vis de l'empereur devait
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prouver à cdui-ci ^u'ii lai manquait ks qualités les plus nécessaire» à «m chef de ^rtiy c est-à^dice le eoura^ pour r^ister aux reversevles scffin^iHery ^t le sangfroid qui fait profiter de$ fautes des ad-* yersaires. Il n'y ayait pas besoin d'être homme de guerre pour voir qpuêjQ^, alliés confiaient e^ avoir dans Ja •capitale , et que leur mardbe hasardée étak fondée sur l'espoir que Paris se rendrait à la f>remière sommation; sans cela leur po^ «itipa devenait tnès^ritique ; la capitale tenant seulement trois jours, l'armée se trouvait prise en tête et '^i qu^e, et peu auraient revu leur pays. D'un auti^e côté, est-il supposable que cent cinquante mille hommes euss^it osé entrer dans une ca- (pitale qui renfermait sept cent mille ha- .bitans, qui' avaient, pour seconder leur défense, une armée de trente mille hommes aguerris, et qui devait recevoir par les routes du midi des renforts successifs. Mais lorsque les Parisiens se virent abandonnés par le gouvernement; lorsque Joseph Napoléon leur ayant dit de se défendre avec courage, cpi'il restait
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avec eux , et qu'ils eurent appris qu'immédiatement après cette jiroclamation avait lâchement pris la fuite ^ que l'on refusait des armes et des nlunitions à ceux qui voulaient combattre, sous prétexte qu'on n'en avait pas ; lorsqu'enfin ils virent , à n'en plus douter , que la plupart de ceux qui devaient les protéger trahissaient leur c£^se, le découragement s'empara d'eux, et la ville fut attaquée et rendue sans coup fénr. Lorsqu'on pense après cela que vingt mille fusils neufs et des munilioiK de toute espèce furent rendus aux alliés, on se demande qui peut avoir motivé une pareille conduite.
La conduite de Cambacérès dans cette circonstance fut conforme à sa manière d'agir de tous les temps. Il n'a jamais su résister en face; et du moment que la fortune sembla contraire , il ne sut plus que ^ plier. Quel mérite y a-t-il à conduire le vaisseau de l'état dans une mer tranquille? C'est lorsque la tempête agite les passions que l'on reconnaît le pilote expérimenté à la manière ferme dont il tieut le gouvernail. Cette conduite, du reste,
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fut celle de beaucoup de jfonctîonnaires :
j'en vais prendre un exemple dans beaucoup d'autres. Le 3o décembre i8i3,le général autrichien Budna se présenta devant Genève, chef-lieu du dépai'tement du Léman , avec trois mille homrmes de troupes : le préfet, M. le baron C***, prit la fuite à l'approche de cette colonne ennemie. La bourgeoisie genevoise, abandonnée de son premier magistrat, et dirigée d'ailleurs par ses magnifiques seigneurs , s'affranchit de l'autorité militaire, et ouvrit les portes de la ville aux Autrichiens. Une pareille conduite n'a pas besoin de commentaires, et malheureusement elle fut imitée.
Parmi ces traits de lâcheté je ne puis m'empécher d'en citer un de courage et de patriotisme, bien qu'il n'ait aucun rapport avec l'histoire que j'ai entreprise; mais je crois que le lecteur le trouvera ici avec plaisir, par opposition à la conduite de beaucoup .de personnages influens de cette époque. J'ai déjà dit que Murât voulait se rendre indépendatat 4e Napoléon; le x 4 juin 1810 il rendit
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Vfk décret qui imposait ftux Français résidant à Naples l'obligation de se naturalîser napoUtidns sous peine de pefdrt leurs emplois. Entre autres Français qui regardèrent cet acte comme une invitation au parjure, on doit citer ie général Excelmans, premier grand -écuyer de Murât, et def>uâs douze ans attaché à sa personne : sa noble conduite le peint à la fois anti reconnaissant et patriote inflexible. « Sire, lui dit-il, vou* m'aves comblé de bienfaits qui seront toujours présens à ma mémoire. Je vais mot-méme les retracer. En France je n'ai que le ^ade de générai de i>rigade, «t je n'y possède aucune fortune. Ici , au contraire, vous m*avez nommé lieutenant-général; vous m'avez créé comte; vous avez formé mon majorât ; je suis votre premier grandéctiyer; toute votre maison est, pour ainsi dire^ à mon usage; je puis tous les ans économiser cent mille francs sur mes divers traitecQens. Voilà, sire, ce que je vous dois. Mais avant tout (montrant sa décoration), je «e puis aublier la <ievise que je porte : Honneur et patrie. — Hé
DE CAMBAcéais. aÇ}
bien, partez, » répliqua Murât; et ce fui le dernier ordre qu'Ëxcelaians reçut de luL On aime à citer de pareils traits. Quel dommage qu'ils soient si peu communs!
L'ennemi se trouvait, cooune je l'ai dit, aux portes de la capitale; la résis^ tance vigoureuse qu'il éprouva dans les premiers momens lui faisait déjà accuser les agens de l'intérieur, et îl se disposait à changer son plan d'attaque, lorsque les défenseurs de Paris furent forcés de rester dans YinaiCtkm/aute de munitions! et l'on remit aux alliés des magasins en bon état! Le siège du .gouvernement était à Blois ; le sénat traita avec les alliés : il est vrai que cet acte suivit l'armistice conclu avec l'ennemi par le duc de Raguse qui le premier parla d« capitulation ; ainsi le premier acte de défection vint d'un militaire comblé des bienfaits de Napoléon.
Je n'entrerai pas dans les détails de ces événemens qui sont du domaine de l'hi^ toire générale; je m'abstiendrai surtout des réflexions que font naturellemoit nal* tre les âiits de cette époque de notre his-^, tQii^e. Le sénat traiu donc; et It résultai
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de ces conférences fut la déchéance de l'homme auquel il avait prodigué pendant long-temps, comme je l'ai fait remarcpier, les assurances de son dévouement y de son respect et de sa fidélité : ce doit être une leçon pour les princes qui ont la faiblesse de compter sur de semblahles assurances.
Ce qui surtout ne parait pa« très-^oW?
dans la conduite des nobles de la façon de Napoléon j ce fut l'article principal de son traité qui portait que les dotations, sénatoreries,elc.,lui seraient conservées, et passeraient aux héritiers des sénateurs présens; de sorte que ce traité peut être considéré comme un marché.
La famille impériale, le conseil de régence, les ministres, enfin toute la cour des Tuileries avait quitté Paris le .%g mars, se dirigeant sur la Loire. Le lieutenant général de l'empereur, le roi Joseph, ne tarda pas à la rejoindre : il prit la fuite dans la journée du 3o,- après avoir paru un moment sur la butte Montmartre. La régence s'établit à Blois le a avril; le 8, elle cessa d'exister, autant par la force des circonstances que par la dispersion
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^ de ses membres : déjà plusieurs d'entre ' eux avaient adhéré aux délibérations du ^ sénat. Les derniers momens de ce fantôme ^ du gouvernement impérial méritent à peine une mention, car il n'en est émané - qu'un seul acte remarquable, c'est une ' proclamation faite par Cambacérès et •^ signée par Marie-Louise , c'est ce qui me . fait la rapporter ici.
r. « Français, les événemens de la guerre l: ont mis la capitale au pouvoir de Té- If tranger.
A » L'empereur, accouru pour la défene: dre, est à la tête de ses armées, si souvent victorieuses.
» Elles sont en présence de l'ennemi sous les murs de Paris.
I » C'est de la résidence que j'ai choisie, :? et des ministres de l'empereur, qu'émaneront les seuls ordres que vous puissiez ; reconnaître.
; » Toute ville au pouvoir de l'ennemi cesse d'être libre; toute décision qui en émane est le langage de l'étranger, ou celui qu'il convient à ses vue» hostiles de propager.