‹ Vie de Catherine Tekakwitha, vierge Iroquoise [microforme]Chapitre 7 sur 30 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

Les parents de Catherine pensent à lui donner un époux — Sentiments de Catherine sur ce dessein — Trait admirable de la vertu de Catherine —- Sa patience invincible dans les mauvais traitements — Origine de la Mission Jroquoise de St-François-Xavier à Laprairie.

UOIQU’ÉTANT encore païenne, Catherine, prévenue de la grâce de Dieu, manifesta de bonne heure un amour naturel pour la pureté. Sans doute, elle ne connais-

sait alors ni l’excellence de cette vertu, ni la manière dont la Ste Vierge et #n grand nombre de saints l’ont pratiquée, maïs elle ne se sentait nulle inclination pour le mariage. Telles n'étaient pas les vucs de ses proches qui formèrent le dessein de la marier pour qu’elle ne leur fft pas à charge. Dès qu’ils lui en parlèrent, elle leur répondit par un refus formel, donnant pour prétexte son jeune âge

et demandant du temps pour y réfléchir. Ils n’insistèrent pas pour le moment, mais peu de temps après on revint à ce projet en la prenant par surprise. On fit entrer dans sa cabane un jeune homme à qui on avait donné le mot d’aller s’asscoir auprès d’elle. On dit ensuite à Catherine de donnerde la sagarnité à ce jeune homme, voulant par cette démarche l’obliger de je regarder comme son mari. Mais elle sortit à l'instant de la cabane cet alla se cacher dans les champs, disant qu’elle ne rentrerait que lorsque ce jeune horame serait sorti. Ce refus extraordinaire dans un pays où le célibat est un opprobre lui attira de rudes persécutions de la part de sa famille. En vain lui fit-on des reproches sur son entêtement, sur l’affront qu’elle causait à ses proches ; en vain voulut-on plus tard l’obliger à se marier malgré elle, rien ne put triompher de sa constance ni ébranler la ferme résolution qu’elle avait prise de ne pas se marier. |

Elle fut dès lors traitée comme une esclave, chargée des travaux les plus pénibles et les plus vils ; elle devint l’objet des railleries de tous ses proches, maïs elle souffrait tous ces mauvais traitements avec une patience, une égalité d’Âme et une douceur inaltérable et continua à rendre à tous ceux avec. qui elle vivait tous les services qu’on lui

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CATHERINE TEKAKWITHA 11

demandait, quelque pénibles qu’ils fussent. Ce fut vers cette époque, après la conclusion de la paix entre les Français et les Iroquois, que fut fondée la mission des Agniers. Quelques Sauvages étant allés à la chasse du côté de Montréal vers 1688 furent le noyau qui forma l4 mission de Laprairie, laquelle fut transférée quelques années plus tard au Sault St-Louis. Dans le commencement, ce n’était qu’une petite paroisse composée de Français et de Sauvages, ces derniers ne formant que deux où trois cabanes. Sept Onneiouts dont le principal se nommait Fr. Xavier Tonsahoten et sa femme Marie Gandakteua ! jetèrent les fondements de cette mission. Ils passerent l'hiver de 1667 à Laprairie, vivant avec les Français, sous le même toit, qui n’était, dit le P. Chauchetière, qu’un simple hangar fait de planches droites et appuyées les unes contre les autres. Leur nombre s'étant accru peu à peu, grâce à l’arrivée d’autres Onneïouts, parents des premiers, qui, après avoir été à la chasse pendant l'hiver de 1668, vinrent à Laprairie 1 printemps, le P. Raffcix, Jésuite, les

1—Ce rom de Gandakteua ne semble pas appartenir au dialecte parlé actuellement au Sault St-Louis. La plupart des noms sauvages que je cite en ce livre, diffèrent peu de l’Iroquois moderne parlé au Sault et à St- Régis. Je les ai adaptés à ce dialecte, ce qui fait une différence peu sensible avec ces noms tels que les citent ies Pères Charlevoix, Chollenec et autres,

conduisit à Québec où le P. Chaumont acheva de les instruire. Mgr de Laval leur dunna le baptème et posa ainsi la première pierre de cet édifice spirituel dont la structure est admirable. La bonne odeur des vertus de ces fervents Chrétiens se répandit au loin, même dans le pays des Iroquois. La curiosité les attirait À Laprairie ; quelques-uns y vinrent mème comme suppôts du démon pour débau cher les autres et cependant ils se trouvèrent tous pris par les filets de l'Evangile. En moins dun an il y eut quatre cabanes ; on y vit, entr’autres, celle d’Onontaguè qui a été baptisé en France et à qui le Roi donna son nom et une belle médaille d'argent qu'il à toujours portée h son cou. Tels furent les commencements de ce village chrétien de Laprairie, trar sicré plus tard au Sault St-Louis, sur lequel Ja saint... de Catherine Tekakwitha devait queiques années plus tard répandre un si vif éclat.

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